Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 10:17

Gary Kern, A Death in Washington: Walter G. Krivitsky and the Stalin Terror, Enigma Books, 2004.

 

a-death-in-washington-gary-kern-hardcover-cover-art.jpg

Walter Krivitsky est une légende dans le monde de l'espionnage et l'un des plus célèbres transfuges de l'avant-guerre. Le livre de Gary Kern est une biographie de ce personnage et décrit de manière minutieuse le parcours de ce maitre espion nait dans une famille juive de Galicie et qui pendant la guerre civile russe intègre les renseignements militaires soviétiques afin de servir la cause communiste. Krivitsky, véritable bourreau de travail, s'élève dans la hiérarchie du renseignement de l'armée rouge jusqu'en 1937 où il devient le chef du GRU pour l'Europe occidentale. Gary Kern décrit avec précision les différents postes qu'il occupe et les missions qui lui sont confiées lors de ses séjours dans différents pays d'Europe.


Krivitsky parvient à survivre aux purges staliniennes qui sont particulièrement impitoyables au sein de l'armée. En poste à La Haye depuis mai 1937, il essaye alors de retenir son ami d'enfance Poretsky qui, face aux ravages du stalinisme, veut faire défection. Poretsky, de son vrai nom Ignace Reiss, est lui aussi originaire de Galicie et comme Krivitsky il a rejoint le renseignement militaire au début des années 1920 par idéal politique. Le destin des deux est intimement liés jusque dans la mort. Reiss fait défection et le 17 juillet 1937 envoie à Staline une lettre fracassante où il dénonce les crimes du régime. Par ce geste il signe son arrêt de mort. Reiss est assassiné prés de Lausanne par le NKVD en septembre 1937.


Le meurtre de Reiss touche profondément Krivitsky qui décide à son tour de faire défection à Paris en octobre 1937. Il se rapproche alors des trotskystes dont le propre fils de Trotsky, Léon Sedov. Mais le milieu trotskyste parisien est largement infiltré par les agents du NKVD et Krivitsky échappe de peu à des tentatives d'assassinat ou d'enlèvement en France. A la fin de 1938 il se rend aux États-Unis. C'est là avec l'aide de Isaac Don Levine qu'il écrit ses souvenirs qui paraissent en 1939. Krivitsky devient alors la bête noire des communistes mais également d'une partie de l’intelligentsia progressiste, qui le dénoncent comme traitre au socialisme.


Bien qu'il reste un fervent communiste, Krivitsky décide de collaborer avec les autorités américaines. Il est auditionné par la commission Dies de la Chambre des Représentants qui deviendra par la suite la commission sur les activités antiaméricaines en octobre 1939. Au début 1940, il se rend à Londres auprès du MI5 à qui il aurait donné le nom de prés d'une centaine d'agents soviétiques en activité dans le monde dont une soixantaine en Grande-Bretagne ainsi que des indices qui auraient permis de faire tomber le célèbre réseau de Cambridge dirigé par Kim Philby.


Krivitsky est de retour à New-York en novembre 1940. Il envisage alors de s'installer paisiblement en Virginie mais il est retrouvé mort, tué d'une balle dans la tempe, dans son hôtel, le 10 février 1941. Meurtre ou suicide ? Kern cherche à établir la vérité et conclu que la thèse du suicide paraît la plus fondée.


Gary Kern parvient à rendre palpable l'angoisse des transfuges de la génération de Krivitsky, cette première génération du renseignement soviétique qui a mis en place un ensemble de réseaux particulièrement performants, et dont certains membres ont néanmoins acceptés de détruire ce travail parce que Staline a trahi leur espérance dans le communisme. Il parvient ainsi à donner vie, de manière très documentée, à un destin où l'idéalisme se heurte au machiavélisme dans une des périodes les plus dangereuses de l'Histoire.


Les lecteurs que fascine ce jeu du chat et de la souris qu'est l'espionnage ne seront pas déçu par ce livre foisonnant. Quand à ceux qui désireraient aller plus loin ils peuvent lire le compte-rendus des entretiens de Krivitsky avec le MI5 dans Walter Krivitsky, Gary Kern, MI5 Debriefing & Other Documents on Soviet Intelligence, Xenos Books, 2004. En français le lecteur peut se tourner vers le livre de Krivitsky, J'étais un agent de Staline, Paris, Champ Libre, 1979, mais également vers les souvenirs de la veuve d'Ignace Reiss, Elisabeth K. Poretski, Les nôtres, Actes Sud, 1997.

Partager cet article

Repost 0
communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie

Présentation

  • : Communisme, violence, conflits
  • Communisme, violence, conflits
  • : Blog destiné à publier des articles et travaux historiques concernant les relations entre communisme et violence au XX°siècle. Ce blog est ouvert à ceux qui voudront publier articles, notes, annonces de publications, de colloques ou autres concernant ce champs d'étude historique.
  • Contact

L'autre coté de la colline

bannerfans 6509167

Rigueur historienne et clarté du propos. A ne pas manquer !

Recherche

Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")