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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 09:10

Jacques-René Doyon, Les soldats blancs de Hô-Chi-Minh, Fayard, Paris, 1973, (édition  de poche chez Marabout, 1986).

doyon

Voici un livre relativement ancien, la première édition est de 1973, et dont l'auteur n'est pas un historien mais plutôt un romancier. Pourtant le sujet traité est original et n'a pour l'instant pas été remplacé par une étude plus neuve. Le travail de Doyon repose sur les témoignages de ces soldats de l'armée française qui à un moment de la guerre d'Indochine ont désertés pour se mettre au service de la cause vietminh. Écrit seulement vingt ans après la fin du conflit, la plupart de ces ralliés n'ont pas souhaité que Doyon livre leur véritable identité et se retranchent derrière des pseudonymes, tel ce « Boris » un jeune communiste français qui rallie le Vietminh à la fin de 1950. Derrière ce « Boris » se trouve en réalité Georges Boudarel, qui deviendra plus tard un éminent universitaire, spécialiste du Vietnam, avant que son rôle dans les camps de prisonniers ne provoque une forte polémique au début des années 1990.


Parmi l'ensemble de ralliés au Vietminh il est possible de distinguer trois catégories : il y a d'abord les soldats originaires du reste de l'Empire colonial et qui servent dans le corps expéditionnaire en Indochine. Ces soldats qui viennent d'Afrique du Nord ou d'Afrique sub-saharienne sont particulièrement sensible à la propagande anticolonialiste. Ceux qui désertent estiment qu'ils ont en réalité le même adversaire que les Vietnamiens, c'est à dire le colonialisme français. Ces ralliés n'hésitent pas ensuite à recruter dans les camps de prisonniers des soldats coloniaux.


Une seconde catégorie de ralliés est formée par des soldats de la Légion étrangère. Au sein de cette unité d'élite se trouvent de nombreux antifascistes notamment Allemands, mais aussi Italiens, Hongrois et Espagnols, qui en 1940, ont préféré s'engager et partir dans les colonies plutôt que de connaître les camps d'internement métropolitains. Quand les combats débutent en Indochine, ces légionnaires rechignent à se battre contre une rébellion anti-impérialiste et certains, pour éviter d'affronter ce dilemme, n'hésitent pas à déserter.


La dernière catégorie de ralliés au vietminh est au cœur de l'ouvrage de Doyon dont elle occupe la plus grande partie. Il s'agit des Français métropolitains. La plupart de ces derniers sont des anciens résistants qui sont partis en Indochine afin de combattre le Japon. Mais arrivés sur place, ces anciens maquisards doivent affronter d'autres maquisards qui eux aussi se battent au nom de l'indépendance nationale. Beaucoup s'accommodent de cette situation mais un petit nombre choisit de changer de camps.

 

La situation la plus délicate est celle des militants communistes engagés dans le corps expéditionnaire, notamment les quelques officiers issus des rangs des FTP. Ces derniers, repérés par les autorités militaires, partent en Indochine afin d'éviter une mise au placard au sein de l'armée en métropole. Sur place, leur position est largement inconfortable. Surveillés par le reste des gradés, mais surtout par la Sureté militaire, ils doivent se montrer irréprochables dans les combats afin d'éviter les accusations de trahison alors qu'ils sympathisent et pour certains entretiennent des contacts avec le Vietminh. La désertion peut résoudre ce dilemme mais cela signifit également désobéir aux ordres du PCF. Ce dernier veut en effet à tout prix que les officiers communistes restent dans l'armée. C'est le choix difficile que firent ces hommes pris entre différentes fidélités, écartelé entre les idéaux et la realpolitik que narre Doyon.


Ceux qui choisirent la désertion furent considérés comme des traitres par l'armée mais également avec suspicion par les autres communistes. Seules les légionnaires allemands ralliés au Vietminh furent félicités pour leur action par les autorités de la RDA qui les utilisèrent dans la lutte politique et idéologique.


L'ouvrage de Jacques Doyon, qui se lit comme un roman, éclaire de manière intense un pan encore méconnu de l'histoire du conflit indochinois où la frontière entre l'honneur et la trahison, le bien et le mal est bien ténue.

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communismeetconflits - dans Communisme vietnamien et guerre du Viet-Nam

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")