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14 mars 2013 4 14 /03 /mars /2013 07:39

Ronald Radosh, Mary R. Habeck, Grigory Sevostianov, Spain Betrayed. The Soviet Union in the Spanish Civil War, Yale University Press, 2001.

 

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Dans l'imaginaire collectif la guerre civile espagnole se résume bien souvent à un conflit entre le communisme et le fascisme. A gauche, elle a renforcé l'aura et le prestige des communistes qui sont alors apparus comme les plus fermes combattants de l'antifascisme, les seuls à chercher, les armes à la main, à arrêter l'ascension du fascisme en Europe. Spain Betrayed est un livre qui démonte ce mythe Il repose sur 81 documents issus des archives soviétiques, notamment de celles du Komintern, la plupart étant des rapports rédigés par des agents et des conseillers soviétiques en Espagne et qui relatent au quotidien le déroulement de la guerre civile. Chaque document est replacé dans son contexte par les auteurs de l'ouvrage. Ronald Radosh est un ancien communiste qui, après avoir brûlé ce qu'il a adoré, a rejoint les rangs de la droite dure américaine. Les deux autres responsables de cette édition sont des universitaires, Mary Habeck de l'université de Yale et Grigory Sevostianov de l'Institut d'histoire de Moscou.


L'ensemble documentaire présenté vise à montrer que la politique de Staline avait seulement pour but de faire de l'Espagne un satellite soviétique. Pour parvenir ses fins Moscou s'appuie d'abord sur le Komintern qui organise la formation des Brigades internationales mais également sur le ravitaillement en armes et munitions d'une République espagnole victime de la politique de non-intervention initiée par la France et la Grande-Bretagne. Mais pour superviser et matérialiser l'influence soviétique en Espagne, Staline y envoie dans la péninsule ibérique des centaines de conseillers et techniciens.


Le Komintern nomme d'abord l'Argentin Vittorio Codovilla comme son représentant en Espagne avant de le remplacer à la mi-1937 par le secrétaire du Parti communiste italien Palmiro Togliatti. Les Brigades internationales sont alors dirigées par le kominternien français André Marty secondé par des spécialistes militaires comme Manfred Stern, alias le général Kleber ou Mate Zalka, alias le général Lukacs. Des consuls et l'ambassadeur soviétiques complètent le dispositif stalinien.


La plupart des hommes de Staline en Espagne sont compétents et possèdent de vrais talents politiques. Mais ils semblent qu'ils ont vite compris la situation désespérée de l'Espagne républicaine, ce qu'ils ont essayé de cacher à Staline au moment où la Terreur faisait rage en URSS. D'ailleurs pour beaucoup l'invitation à rentrer à Moscou était synonyme d'une condamnation à mort. A ce titre l'un des documents les plus fascinants de Spain betrayed est un rapport de décembre 1937 rédigé par le général Kleber ou ce dernier dénonce les querelles, intrigues et jalousies qui expliquent selon lui les défaillances au sein des Brigades internationales. Entre les lignes le lecteur sent bien que derrière ces justifications, Kleber plaide pour rester en vie. Peu après il est pourtant rappelé à Moscou et envoyé au Goulag.


Les documents présentés confirment que Staline ne voulait pas de la révolution en Espagne. Pour cela, comme le montrent des documents du début 1937, ses conseillers forgent l'accusation d'une collusion entre les anarchistes espagnols et les trotskistes. Ils ont également délibérément poussé aux affrontements de mai 1937 à Barcelone entre les anarchistes et les forces gouvernementales comme le montre un rapport d'un agent de Staline. Les conseillers soviétiques intriguent aussi de manière habile afin de renverser le gouvernement de Largo Caballero et de le remplacer par Juan Negrin plus aisément contrôlable.


L'Espagne apparaît, à travers les documents ici présentés, comme une sorte de laboratoire où l'impérialisme soviétique expérimente les mesures qu'il mettra plus tard en pratique dans les démocraties populaires. Si Spain betrayed apporte peu au niveau de l'analyse fournie, il illustre, par le large échantillon documentaire publié, les méthodes politiques en vigueur au sein du monde stalinien.

 

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communismeetconflits - dans Guerre d'Espagne

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")