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11 janvier 2013 5 11 /01 /janvier /2013 09:35

François Kersaudy, Staline, Perrin, coll. Maitres de guerre, 2012.

 

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François Kersaudy, professeur à Oxford et à Paris I, spécialiste de l'histoire diplomatique et militaire, auteur de biographies sur Churchill, De Gaulle ou Roosevelt livre ici une biographie de Staline. Mais cette biographie est particulière puisqu'elle se concentre sur les relations entre Staline et le fait militaire.


Le lecteur suit donc les pas du jeune Staline dans son Caucase natal où son action révolutionnaire mêle également terrorisme et banditisme. François Kersaudy signale que dès cette époque se laisse deviner deux traits de caractère de Staline : la cruauté et l'aveuglement.


La cruauté explique le déroulement des purges en 1937-1938, qui déciment en particulier les cadres de l'Armée rouge. Durant la guerre, elle s'exprime d'une autre façon par les ordres contradictoires que donne Staline alors que la désobéissance est punie par la mort. L'aveuglement de Staline, son refus d'affronter la réalité est une autre constante de son caractére. Elle est à l'origine de l'effondrement soviétique de l'été 1941 après que le maitre du Kremlin a refusé de croire les avertissements concernant une attaque allemande. Cet aveuglement se voit aussi dans les décisions militaires absurdes que Staline prend et qui coutent la vie à des milliers de soldats par la suite.


Ces traits de caractère déjà bien connus que sont la cruauté et l'aveuglement, dominent donc les relations de Staline avec une sphère militaire où ses interventions sont désastreuses et cela de la guerre civile à la fin de la Grande guerre patriotique. Mais plus que la cruauté et l'aveuglement que met en exergue François Kersaudy, il nous semble que ce qui caractérise le rapport de Staline au monde militaire est un mélange de méfiance et de crainte. Staline, comme l'ensemble des révolutionnaires russes, a été nourri par l'histoire de la Révolution française, et la crainte de l'apparition d'un Bonaparte russe est largement partagée chez les bolcheviks. Le sort de Joukov après 1945 en est la preuve.


Mais plus fondamentalement l'exaltation de la force et d'un militantisme guerrier par l'idéologie bolchevique donne aux communistes qui se sont illustrés dans le domaine militaire une légitimité qui n'émane pas seulement du Parti communiste. Ainsi dans les années 1920 l'incroyable popularité de Trotski ne vient pas seulement de ses idées mais de son image de bâtisseur de l'Armée rouge. Pour Staline, homme de l'appareil, cette légitimité guerrière qui échappe au contrôle du Parti est une menace. Trotski et les généraux de la guerre civile, Joukov le héros de la Seconde guerre mondiale, les responsables des Brigades internationales, Tito et les dirigeants des mouvements de résistance communiste en Europe sont tous à un moment donné, car ils sont porteurs de cette légitimité guerrière, les victimes des purges et procès staliniens.


Le livre de François Kersaudy est d'une lecture agréable et s'appuie sur un ensemble iconographique riche avec notamment de nombreuses cartes qui permettent de suivre les différentes batailles sur le front de l'Est.

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")