Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 08:41

Édith Thomas, Rossel, Gallimard, coll. Leurs Figures, Paris, 1967.

 

9782070262632.jpg

Voici une biographie à l'ancienne écrite à une époque où ce genre était largement décrié et méprisé. Mais l'ouvrage d'Édith Thomas, par son sujet, par son talent d'écriture et par la mobilisation de sources inédites utilisées est un outil indispensable pour connaître l'histoire militaire de la Commune de Paris à travers le parcours de l'un des rares officiers de carrières à s'être mis à son service.


La vie de Louis-Nathaniel Rossel se partage en deux de part et d'autres de l'année 1870. Et le livre d'Édith Thomas reprend cette division en traitant d'abord la vie privée de Rossel, avant 1870 puis sa vie publique, en 1870-1871, où il entre dans l'Histoire.


La vie de Rossel avant 1870 est particulièrement bien connue par le biais des archives conservées par la famille de Rossel qui, après la publication de l'ouvrage, seront donnés aux Archives nationales dont Édith Thomas est alors l'une des responsables. Le lecteur suit l'enfance et la jeunesse de Rossel, élevé dans une famille protestante à la fois originaire des Cévennes par le père et d'Angleterre par la mère. Fils d'un militaire de tendance libérale, le jeune Rossel parcourt la France au gré des affections de son père: Saint-Brieuc, Mâcon, Nîmes avant d'entrer au Prytanée militaire de La Flèche en 1855. Puis il entre en 1862 à l'école Polytechnique dont il sort officier du génie. Mais comme le montre Édith Thomas, Rossel n'apprécie guère le milieu militaire et durant ses études à La Flèche il n'a cessé de détester les adjudants chargés de l'encadrement.


En service, la vie de garnison est ennuyeuse pour Rossel qui ne cesse alors de s'intéresser, en autodidacte, à différents sujets dont la philologie mais également l'histoire. En 1868 alors qu'il est en garnison à Metz il participe aux actions de la Ligue de l'Enseignement de Jean Macé. Rossel est un bon officier, bien noté et apprécié par ses chefs et ses camarades. Cette première partie de l'ouvrage dresse ainsi le portrait d'une famille de militaires et la vie d'un jeune officier sous le Second Empire partagée entre un travail administratif routinier et les mondanités de la vie de province.


La seconde partie de l'ouvrage s'ouvre avec la déclaration de guerre d'aout 1870. Rossel qui est alors en garnison à Tours, menace de démissionner s'il n'est pas envoyé dans la zone des combats. Il obtient satisfaction et rejoint l'armée de Bazaine à Metz. Lors du siège de la ville il mesure l'incapacité et la trahison des généraux. Il parvient à fuir la ville pour éviter la capture au moment de la reddition de la ville. Rossel rejoint alors le gouvernement de la Défense nationale pour se mettre au service de Gambetta et prêcher la résistance à l'envahisseur. Il part d'abord dans le Nord pour faire un rapport sur l'état de l'armée. De retour à Tours il est envoyé au camps de Nevers avec le grade de colonel. Mais à ce moment, le camps de la paix, qui a remporté les élections législatives, prend le dessus au sein du gouvernement et Gambetta démissionne.


Quand il apprend que Paris s'est soulevé contre le gouvernement Thiers, Rossel y voit le signe d'une possible reprise des hostilités contre l'Allemagne. Il décide alors de rejoindre la Commune après avoir bruyamment démissionné de l'armée. Le 22 mars il devient chef de la 17° légion de fédérés puis le 3 avril chef d'état-major de la Commune. Il estime que Paris doit d'abord organiser une véritable armée reposant sur une hiérarchie et une discipline stricte pour vaincre les troupes de Versailles. Il doit faire face à l'indiscipline des troupes, à l'inexpérience d'officiers élus, aux empiétements des diverses factions communardes. Sa nomination au poste de délégué à la guerre ne lui permet pas de redresser la situation et il donne sa démission. Proscrit, il se cache dans un appartement de Paris et assiste de sa fenêtre à la Semaine sanglante. Édith Thomas retrace ici dans le détail l'histoire de l'armée communarde et de son incapacité à se transformer en outil militaire efficace.


Rossel est arrêté début juin par les Versaillais. Jugé à deux reprises il est condamné à mort. Malgré les nombreuses demandes de grâce, le président Thiers refuse la clémence car selon lui il faut faire un exemple et Rossel et l'un des rares officiers d'active à avoir rejoint l'insurrection. Rossel est fusillé à Satory le 28 novembre 1871.


A travers le destin de Rossel, tel que le raconte Édith Thomas, se devine les tensions que vont entretenir par la suite les mouvements révolutionnaires avec la question militaire, notamment sur la nécessité de former un outil militaire classique, gage d'efficacité, mais aux dépens des principes révolutionnaires. Le lecteur songe alors que, peut être, Trotski, grand connaisseur de l'histoire révolutionnaire française, a su tirer les leçons de l'échec de Rossel en 1871 parvenir à bâtir l'Armée rouge victorieuse de 1918-1920.

Partager cet article

Repost 0
communismeetconflits - dans Communisme français

Présentation

  • : Communisme, violence, conflits
  • Communisme, violence, conflits
  • : Blog destiné à publier des articles et travaux historiques concernant les relations entre communisme et violence au XX°siècle. Ce blog est ouvert à ceux qui voudront publier articles, notes, annonces de publications, de colloques ou autres concernant ce champs d'étude historique.
  • Contact

L'autre coté de la colline

bannerfans 6509167

Rigueur historienne et clarté du propos. A ne pas manquer !

Recherche

Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")