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27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 14:30

damien1.jpg Voici la biographie d'un des responsables des groupes de combat du PCF durant les années 1920-1930. Plus connu par son pseudonyme de Damien, Pierre Philippe incarne le type du militant inconnu du grand public mais dont le role est fondamental lorsque la politique du PCF s'aventure aux marges de la légalité. Responsable des groupes d'autodéfense et du Front rouge, il appartient également à l'appareil clandestin du PCF, celui qui est chargé de la protection de la direction communiste, comme le montre son rôle lors du comité central d'Achères en 1929 mais également des liens avec l'appareil clandestin du Komintern, l'OMS, voire les services spéciaux soviétiques. Il faut également souligner la fidélité de ce proche de Jacques Duclos qui, contrairement à de nombreux autres responsables des groupes de combat du PCF, est resté communiste jusqu'à sa mort.

 

 

 

 


           Pierre Philippe, fils d'un laboureur breton qui s'installe en région parisienne, naît à Bougival le 16 avril 1899. Issu d'une famille de catholiques fervents, il est membre d'un patronage jusqu'en 1914. Après avoir obtenu son certificat d'étude, il commence à travailler à Nanterre puis, après un séjour dans les régions libérées, notamment à Calais où il travaille dans un camp de l'armée britannique, il est embauché chez Citroën où il devient tourneur. Il adhère au PC en juin 1924 à la 10ème section de la région parisienne, à laquelle appartient Jacques Duclos, mais également sa compagne Alice Burdeau alias Alice Duschesne. En 1925, au moment de la grève du 12 octobre, il est secrétaire de la cellule des TCRP et membre du bureau du 5ème rayon. Il suit alors les cours d'une école du soir dirigée par Paul Marion. Par la suite, il est affecté au 6ème rayon et se retrouve secrétaire de la cellule de l'usine Houston-Thomson. Il devient peu après permanent et participe, en juin 1928, à la conférence internationale des correspondants ouvriers à Moscou où il représente les usines Citroën.

           Au début de 1928, il participe activement à la création des groupes d'autodéfense de la région parisienne, sous le pseudonyme de Damien. En mars 1929, il est arrêté à la suite de la mort d'un policier tué par le service d'ordre communiste, dans la nuit du 23 au 24, près de la salle à Clichy où se tient la conférence régionale du PC. Le 9 juin 1929, il fait partie de l'équipe chargée de la sécurité de la réunion clandestine du comité central à Achères. Malgré les mesures de précautions prises, la police fait irruption dans la maison où se tient cette réunion, arrêtant Maurice Thorez et passant à tabac Philippe afin qu'il avoue où se cachent les autres dirigeants. Le 20 août 1929, il est nommé responsable du travail antimilitariste dans la région parisienne. Parallèlement, il continue de diriger le Front rouge. Selon la police, il serait même permanent à la commission d'autodéfense de la région parisienne. À ce titre, il organise l'attaque ratée contre la réunion socialiste, salle Japy. Cet échec lui est imputé et il se voit alors retirer ses responsabilités, à l'exception de l'action antimilitariste. Néanmoins, en février 1930, il est désigné pour siéger au bureau fédéral de la région parisienne puis, peu après, à la commission exécutive de la Fédération nationale de la céramique, des industries chimiques et parties similaires de la CGTU.

           À la suite de la publication, par le bureau fédéral de la région parisienne, d'un manifeste pour le 1er mai 1930, Pierre Philippe est poursuivi par la justice et passe dans la clandestinité. Il rejoint alors l'URSS où il suit, de juin à novembre, les cours d'une école spéciale de formation à l'action clandestine. De retour en France en juin 1932, il se voit confier la tâche de s'occuper de l'action illégale sous la direction de Vassart. Mais Eugen Fried demande alors de ne pas confier de responsabilités aux proches de Pierre Célor comme Pierre Philippe, qui est envoyé en Bretagne et Touraine s'occuper de l'appareil-antimilitariste. Par la suite son nom apparaît régulièrement en 1934 dans l'Humanité quand le PC organise à Paris de grandes manifestations et qu'il convoque par le biais de son quotidien les responsables chargés d'assurer le service d'ordre.

           Mobilisé en 1939, il retourne à la vie civile après la défaite et se retrouve au chômage. Au moment où sa femme passe dans la clandestinité en 1942, il participe à l'activité illégale à Paris jusqu'à la Libération. Après la guerre, il travaille à l'Humanité et s'occupe des problèmes de sécurité jusqu'à son départ en retraite, en 1965.

Pierre Philippe décède le 14 février 1969 à Belmont dans l'Ain.

 

Sources: Archives d'Etat russe d'histoire politique et sociale (RGASPI-Moscou): 495/270/1376-- Notice de Claude Pennetier dans le Dictionnaire biographique de l'Internationale communiste, Paris, Editions de l'Atelier, 2001.

 

Illustration: Photographie de Pierre Philippe parue dans L'Humanité du 30 mai 1929.

 

  David FRANCOIS

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9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")