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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 08:50

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C'est à Tunyogmatolcs dans l'est du royaume de Hongrie que nait le 23 avril 1896, Bela Frankl. Fils d'aubergiste il grandit au sein d'une famille représentative de la petite-bourgeoise juive. Après l'école primaire il part étudier dans la ville proche de Mateszalka au sein d'une école de commerce dont il sort diplômé. Mais quand la guerre éclate à l'été 1914, ce sujet de l'empereur et roi François-Joseph se porte volontaire pour servir dans la cavalerie austro-hongroise. Il est alors versé chez les hussards et devient, en raison de ses études secondaires, sous-officier.


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Bela Frankl est alors envoyé sur le front italien etse bat dans le secteur de l'Isonzo et plus particulièrement à Doberdo del Lago. La violence des combats dont il fait l'expérience dans ce secteur à la limite de l'Italie et de la Slovénie le marque si profondément qu'il en tirera des années plus tard matière à l'écriture d'un roman. Bela Frankl ne continue pas la guerre sur le front italien puisqu'en 1916 il est envoyé sur le front oriental pour combattre les Russes. C'est en Ukraine, prés de Lutsk, qu'après avoir été blessé il est capturé par les troupes russes en juin 1916.

 

_wsb_630x392_AHDoberdo.jpg             Carte postale austro-hongroise sur les combats à Doberdo


Bela Frankl est envoyé comme prisonnier de guerre dans un camp prés de Khabarovsk en Sibérie oriental. Après la révolution de février 1917, lui et d'autres prisonniers hongrois se rapprochent des bolcheviks. Ces prisonniers forment en février 1918 une unité de garde rouge internationaliste et éditent un journal.


En mai 1918, la Légion tchécoslovaque s'établit en Sibérie afin de pouvoir, par le biais de la ligne de chemin de fer du Transsibérien, rejoindre Vladivostok et, de ce port sur le Pacifique, embarquer sur des navires en direction de la France pour continuer la lutte contre les Empires centraux. Mais les difficultés de ravitaillement ralentissent le départ des Tchèques et l'hostilité s'installe entre eux, la population russe et les bolcheviks. Le 25 mai 1918, à Tcheliabinsk des heurts éclatent entre les Tchèques et un convoi de prisonniers hongrois rapatrié dans leur pays. Les Tchèques tuent un soldat hongrois et Trotski ordonne alors le désarmement de la Légion. Mais les troupes rouges sont trop faibles pour faire appliquer cette mesure qui provoque la révolte des Tchèques.


Les Tchécoslovaques s'emparent sans difficulté d'une grande partie de la Sibérie le long du Transsibérien dont Mariinsk et Tomsk mais des combats se déroulent à Irkoutsk et Krasnoyarsk. Pour combattre les Tchèques, les Soviétiques organisent alors deux fronts, celui de Mariinsk à l'ouest et le front de Klyuchevsky à l'est. Selon certains témoignages, repris dans les biographies éditées sous la période communiste, c'est à ce moment que Bela Frankl, en prenant la direction d'une unité soviétique du front de Mariinsk contre les Tchèques en révolte, est devenu Máté Zalka. Toujours selon ces sources, une fois les bolcheviks vaincus dans la région, Zalka aurait été emprisonné à Krasnoïarsk par les Blancs. Mais un historien soviétique a, dans les années 1970, réfuté cette version des faits. Selon Poznanzky, au moment de l'insurrection tchécoslovaque, Zalka n'aurait pas été sur le front de Mariinsk mais à Novo-Nikolayevsk où il aurait reçu une blessure. D'ailleurs pour appuyer sa démonstration il ajoute que dans la liste des prisonniers de la prison de Krasnoïarsk il n'y a aucune trace en 1918 d'un Máté Zalka ou d'un Bela Frankl. Il semble selon lui plus vraisemblable que Zalka soit parti de Novo-Nikolaïevsk pour se diriger vers l'est, certainement dans l'espoir de rejoindre la région du lac Baïkal où des troupes soviétiques se trouvaient, et qu'il ait été fait prisonnier par les troupes blanches durant son voyage.


Máté Zalka, qui reste aux yeux des autorités blanches un prisonnier hongrois, se retrouve interné dans un camp. En juin il est transféré dans un autre camp où il retrouve un certain Ivan Kusnetzov, un ancien garde rouge qui lui confie être en mission clandestine pour les Soviétiques. Il lui apprend alors l'existence dans les environs de bandes de partisans commandées par Alexandre Kravchenko et Pierre Schetinkine.


A l'été 1919, Zalka prend la tête d'un petit groupe de Hongrois que la direction du camp de prisonniers a envoyé à l'extérieur afin de préparer le bois nécessaire à l'entretien du chemin de fer. Le petit groupe parvient à désarmer les gardes russes et, conduit par Zalka, il se transforme en groupe de partisans rouges qui parcourt la taïga. Armé d'une mitrailleuse et de grenades, le groupe de Zalka parvient à Kemchug dans la région de Krasnoïarsk. Mais la petite troupe n'arrive pas à rejoindre les partisans de Kravchenko et Schetinkine qui, après avoir été battu, fuient vers la région d'Uryankhai dans l'actuelle république de Tuva.


Sur les bords de la Mana la troupe que conduit Zalka rencontre d'autres groupes de partisans auxquelles elle s’agrège. Ils mènent alors la vie des partisans, nomadisant sur les bords de L'Ienisseï autour de Kemchug, affrontant les Blancs et même à une occasion, selon Zalka, un détachement de soldats italiens, alors que ces derniers ont quitté la région de l'Ienissei en août 1919. A la fin novembre 1919, les armées blanches de Sibérie que dirige l'amiral Koltchak sont en déroute devant l'offensive de l'Armée rouge. Sur les arrières du front blancs les partisans entrent alors en contact avec les soldats de Koltchak en fuite et les désarment. A Krasnoïarsk les anciens soldats blancs hissent le drapeau rouge. Le groupe de partisans de Zalka est l'une de ses multiples formations qui continuent la lutte contre les Blancs dans le district d'Achinsk entre décembre 1919 et janvier 1920. La légende soviétique veut d'ailleurs que Zalka ait fait partie de ceux qui ont défendu les armes à la main au printemps 1920 le train contenant l'or de Koltchak. Il s'agit des réserves d'or de l'Empire russe, soit 409 millions de roubles-or prit en 1918 à Kazan, détenus ensuite par l'amiral blanc et qui tombent aux mains des Tchécoslovaques en janvier 1920 qui rendent ce trésor aux Soviétiques à Irkoutsk. Ces derniers expédient l'or par voie ferré en direction de Kazan.

 

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                                                   Máté Zalka durant la guerre civile russe


Le convoi d'or ne fut jamais victime d'aucune attaque surtout de la part des troupes blanches qui se trouvaient alors bien plus à l'est. Zalka fit néanmoins partie des convoyeurs au sein de la brigade III° Internationale fondée en avril 1920 à Krasnoïarsk et qui regroupe environ 2500 soldats dont les 2/3 sont des Hongrois mais qui comptent également des Autrichiens et des Allemands. La brigade a pour mission d'assurer la protection du convoi d'or qui quitte alors les bords de l'Ienissei. Une fois arrivée à Kazan et la mission confiée à la brigade accomplie, Zalka poursuit sa route jusqu'à Moscou puis l'Ukraine où il participe à quelques combats contre les forces de l'anarchiste Nestor Makhno.


Pendant la guerre contre la Pologne Máté Zalka commande un bataillon d'infanterie composée là encore d'une majorité de volontaires étrangers puis en septembre-décembre 1920 il est envoyé sur le front sud contre les dernières troupes blanches du général Wrangel. En 1921-1923, Zalka commande un régiment de cavalerie de la Tchéka chargé de combattre en Ukraine les rebelles et paysans révoltés.


Il semble qu'en 1923, Máté Zalka retourne à la vie civile et qu'il travaille au commissariat du peuple aux Affaires étrangères. Parallèlement il entame une carrière d'écrivain en devient membre de l'Association internationale des écrivains révolutionnaires. Il publie, aussi bien en russe qu'en hongrois, quelques romans, Rattrapage en 1924 puis Raid de cavalerie en 1929, Les Pommes en 1934 et Doberdo en 1936. L'ensemble des œuvres de Zalka a pour décor soit la Grande Guerre soit la guerre civile russe. Son dernier roman, Doberdo, raconte ainsi les combats contre les Italiens à Monte-Clara. De 1925 à 1928 Zalka est directeur du Théâtre de la Révolution de Moscou, qui deviendra plus tard le Théâtre Maïakovski. A partir de 1929 Zalka travaille pour le comité central du Parti communiste soviétique. Il devient également membre du bureau du Secours rouge international, une organisation fondée en 1924 par le Komintern pour venir principalement en aide aux prisonniers politiques.

2A35C773B31840E59F90EF0740B58DBA-500                                           Máté Zalka dans les années 1930


Peu après la sortie de son dernier livre, Máté Zalka arrive en Espagne sous le nom de général Lukacs. Il s'installe d'abord à Albacete, la base des Brigades internationales où il devient le commandant de la 12° brigade internationale avant de se diriger sur Madrid, le 10 novembre, afin de soutenir les troupes républicaines face à l'armée nationaliste qui tente de prendre la capitale espagnole. Il déclare alors le 22 novembre au journal El Socialista « La 12° Brigade défendra votre capitale comme si elle était sa ville natale ». Il joue alors un rôle important dans les combats à la Cité Universitaire à la tête de sa brigade qui comprend trois bataillons appelés respectivement Thälmann, Garibaldi et André Marty. Son unité appartient alors à la 14° division sous les ordres de l'anarchiste Cipriano Mera. Zalka est secondé dans son travail par le commissaire politique de la brigade, l'écrivain allemand Gustav Regler. Durant la bataille de Madrid, Zalka acquiert une grande popularité parmi la population mais également auprès de ses soldats.


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Avec sa brigade le général Lukacs participe ensuite à la bataille de la Jarama, qui empêche que les communications de Madrid ne soient coupées par les nationalistes, puis à la bataille de Guadalajara où les troupes républicaines remportent la victoire contre les troupes italiennes envoyées en Espagne par Mussolini.

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                                                        Le général Lukacs


En juin 1937 Máté Zalka prend la route de Huesca que les Républicains veulent occuper. Il s'agit également lors de cette opération de soulager le front du nord puisque les nationalistes ont lancé une grande offensive en Biscaye. Zalka planifie minutieusement l'offensive qui doit démarrer le 12 juin. La veille, le 11 juin il se rend avec Regler sur le front pour une inspection au volant d'une Packard décapotable verte. La voiture se dirige vers vers Barbastro où se trouve le général Sebastian Pozas, le chef de l'armée de l'Est. C'est lors de ce trajet alors qu'il est près du front qu'il trouve la mort au Monte Fragon lors d'un bombardement de l'artillerie nationaliste.

zalka_mate.jpg                                 Sur le front


Mais les circonstances de la mort de Zalka apparaissent obscures. Joaquin Morato, chef d'une escadrille nationaliste, affirme, qu'après plusieurs combats aériens contre des appareils républicains, il a remarqué sur la route une grosse voiture noire qu'il a miraillé. Une heure après il a appris que l'offensive républicaine sur Huesca avait cessé tandis que la radio diffusé la nouvelle que Lukacs avait été tué lors du mitraillage de sa voiture par un avion. Pour Morato il ne fait pas de doute que c'est lui qui a tué Zalka. Pourtant cette mort n'a pu arrêter une offensive qui n'a débuté que le lendemain. L'hypothèse, hautement improbable, a été également émise que la voiture de Zalka aurait pu sauter sur une mine ou être l'objet d'une bombe déposée par le NKVD pour éliminer un général devenu trop populaire. Aucun élément ne vient appuyer ces affirmations.

172_001.jpg                               Carte postale hongroise en l'honneur de Zalka (1956)


La mort de Zalka le transforme en héros de la lutte antifasciste et le gouvernement de Valence décide de lui accorder des funérailles solennelles. Selon Valentin Gonzales, le célèbre El Campesino, cet enterrement est organisé par le NKVD qui avait, peu avant sa mort, donné l'ordre d’arrêter Zalka pour l'interroger. Dans le contexte des purges staliniennes qui n'épargnent pas les Soviétiques qui se trouvent en Espagne, qui sont rappelés à Moscou pour être liquidé, si Zalka avait été arrêté par le NKVD il aurait sans doute connu ce sinistre sort à moins d’être envoyé au goulag à l'instar de Manfred Stern, le général Kléber de la 11° brigade internationale. Quelle que soit la vérité, les funérailles de Zalka à Valence réunissent une foule nombreuse ainsi que l'ensemble des responsables politiques et militaires du camp républicain.


Le corps de Máté Zalka reste inhumé en Espagne jusqu'à la fin de la période franquiste. A ce moment son neveu est invité par la famille royale espagnole afin de célébrer la mémoire de la guerre civile. Peu après il fut autorisé à transférer la dépouille à Budapest afin de l'enterrer dans le carré militaire du cimetière de la capitale hongroise.

zalka-m.jpg                                        La tombe de Máté Zalka à Budapest

 

Bibliographie:

-В.С.Познанский, Очерки вооруженной борьбы Советов Сибири с контрреволюцией в 1917-1918 гг, Наука, Новосибирск, 1973. (Vassili Poznianski, Esquisses sur la lutte armée en Sibérie soviétique et la contre-révolution, 1917-1918, Science, Novosibirsk, 1973)

-О. С. Рябухина, А. А. Ходак, Венгерские интернационалисты в Октябрьской революции и Гражданской войне в СССР, Volume 2, Политиздат, Москов, 1968, (O Ryaboukina, A Hodak, Internationalistes hongrois dans la Révolution d'Octobre et la guerre civile en URSS, éditions Polit, Moscou, 1968).

Moscou,1968) .

-Бела Франкл, Матэ Залка — писатель, генерал, человек, Сов. Писатель, Москов, 1968, (Bela Frankl, Máté Zalka- un écrivain, un général, un homme, Les écrivains soviétiques, Moscou, 1968).

-Россиянов О. Матэ Залка Критико-биогр, Худож. лит , Москов , 1964, (O Rossianov, Máté Zalka, biographie critique, Moscou, 1964).

-Peter Foeldes, Zalka Máté élete, Móra Könyvkiadó, Budapest, 1966.

-Anthony Beevor, La Guerre d'Espagne, Calmann-Lévy, Paris, 2006.

 

David FRANCOIS

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9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")