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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 08:49

Arséne Tchakarian, Hélène Kosséian-Bairamian, Les Commandos de l'Affiche rouge, éditions du Rocher, Monaco, 2012.

 

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Le 21 février 1944, vingt-trois membres des FTP-MOI de la région parisienne sont fusillés par les Allemands au Mont-Valérien, dont leur chef Missak Manouchian. Ces hommes sont devenus les symboles de la lutte armée communiste en France grâce à la célèbre Affiche rouge où, sur fond rouge, s'étale la photographie de leur visage, photos prises quelques heures avant l’exécution, et qu'accompagnent des noms imprononçables: Joseph Boczov, Maurice Fingercwajg, Szlama Grzywacz ou Wolf Wajsbrot. Le poème que leur consacre Louis Aragon et que Léo Ferré met en chanson fait définitivement entrer les vingt trois dans la mythologie nationale. De nombreux livres, articles et films sont depuis consacrés au groupe Manouchian, pensons ainsi au film "L'Armée du crime" de Robert Guédiguian sorti en 2009.


Arsène Tchakarian, 95 ans, est, depuis novembre 2011, le dernier membre encore vivant de ce groupe. Il ne livre pas ici un témoignage sur son expérience mais retrace en détail les actions armées de ses camarades en s'appuyant sur ses souvenirs, ses enquêtes et surtout sur les communiqués qu'établissaient Manouchian après chaque attaque.


Déraillements de trains, attaques de pylônes, exécutions de nazis comme de collaborateurs, récupération de documents au domicile de communistes arrêtés, chaque action est ici minutieusement décrite, les participants identifiés ainsi que le mode opératoire utilisé. Le livre ressemble d'ailleurs un peu trop parfois à une liste d'opérations militaires. Sur ce point il ne fait d'ailleurs que reprendre l'essentiel de ce qu'avait déjà écrit Tchakarian dans Les Francs-tireurs de l'Affiche rouge paru en 1986.


Ce livre est également un hommage et, sur ce point, il est évidemment émouvant. Il rend compte avec force du courage de ces résistants, la plupart immigrés ou enfants d'immigrés, le plus souvent de très jeunes gens, qui se sont battu avec de simples pistolets, des grenades et seulement des vélos pour se déplacer.


Mais le livre d'Arsène Tchakarian n'est pourtant pas une simple description des faits d'armes du groupe Manouchian entre avril et novembre 1943, ni un ultime salut pour ranimer les mémoires. C'est aussi un livre de conviction. Depuis 1986, la question des causes de la chute du groupe Manouchian est en effet au centre d'un vif débat. En 1985, le film de Mosco, "Des Terroristes à la retraite", expliquait déjà que la direction du PCF avait délibérément abandonné et sacrifié le groupe Manouchian. Sa diffusion sur Antenne 2 avait à la fois provoqué un vif débat mais également poussé des historiens à examiner de manière scientifique les pièces du dossier. De ses recherches est sorti en 1989 l'ouvrage de Denis Pechanski, Stéphane Courtois et Adam Rayski, Le Sang de l'étranger, qui explique comment le minutieux travail de la police parisienne est à l'origine de la chute du groupe sans qu'intervienne nécessairement la figure du traitre. Mais l'idée d'un sacrifice du groupe par le PCF existe toujours et irrigue les nombreux ouvrages qui cherchent à démontrer la nature intrinsèquement criminelle du communisme.


Arsène Tchakarian livre ici sa vérité. Pour lui le PCF n'a pas abandonné le groupe Manouchian qui fut avant tout victime d'une trahison. Et il cite le nom du traitre: Boris Holban, responsable militaire des FTP-MOI de la région parisienne qui est décédé en 2004. Mais Tchakarian ne livre pas de preuves probantes de cette trahison. Il n'apporte aucun document issu des archives pour la corroborer et se contente seulement de présomptions et de soupçons ce qui apparaît en définitive bien mince.


Signalons pour finir que l'éditeur aurait été avisé de faire relire l'ouvrage par un historien. En effet celui-ci est parsemé d'erreurs historiques, certainement dû à une méconnaissance du sujet par celle qui a collaboré à son écriture puisque Arsène Tchakarian a malgré tout 95 ans. Ainsi le terme franquiste est systématiquement mis à la place de franciste (partisan du parti franciste de Marcel Bucard), tandis que l'on apprend que le colonel Fabien a abattu l'aspirant Hauser au métro Barbusse (en réalité l'aspirant Moser au métro Barbés). Ces erreurs, sans aucune gravité pour le propos du livre, nuisent malgré tout à la lecture et notamment au crédit que l'on peut apporter à l'ensemble de l'ouvrage.


Malgré ces critiques, le livre d'Arsène Tchakarian, magnifique hommage d'un homme au crépuscule de sa vie à ses camarades de jeunesse, reste une mine d'informations sur le groupe Manouchian d'autant qu'il est enrichi par une série de riches annexes. Voici donc un témoignage incontournable sur la lutte armée communiste sous l'Occupation.

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communismeetconflits - dans Communisme français

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9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")