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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 11:33

Skoutelsky Rémi, L'Espoir guidait leurs pas. Les volontaires français dans les Brigades internationales, 1936-1939, Grasset, 1998.

 

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Les Brigades internationales sont entrées dans la légende de la gauche presque dès leur naissance et ce phénomène n'a cessé de s'amplifier au point qu'elles sont vite devenu objet de polémiques politiques. Quand les communistes écrivaient à leurs sujets des chansons de geste, d'autres dénonçaient la répression sanglante dont elles avaient été le cadre.


Il a fallu attendre les années 1990 pour qu'apparaissent enfin des universitaires soucieux de revisiter ce monument de l'antifascisme. En France, il revient à Remy Skoutelsky d'avoir ouvert la voie. En 1998, il publie une adaptation de sa thèse soutenue en 1996 sur les volontaires français des Brigades internationales. La force de son travail est de reposer sur un ensemble archivistique impressionnant: archives espagnoles, archives françaises mais également archives de l'Internationale communiste et notamment le fond spécifiquement consacré aux Brigades et dont une partie est maintenant consultable sous forme de microfilms à la BDIC à Nanterre.


Dans son livre il décrit d'abord les réactions de la gauche française à l'annonce du soulèvement nationaliste en Espagne en juillet 1936 et le départ des premiers volontaires. Au début ces initiatives sont individuelles et spontanées. André Malraux met sur pied son escadrille España tandis que des inconnus rejoignent les différentes milices qui se forment en zone républicaine. Des dizaines d'anarchistes français s'intègrent ainsi aux milices libertaires de la CNT.


Si des communistes partent alors en Espagne ils le font encore de manière autonome car jusqu'en septembre les consignes du PCF s'alignent sur la politique de non-intervention acceptée par Staline. En septembre, ce dernier décide, devant les ingérences italiennes et allemandes en Espagne, d'intervenir sous couvert du Komintern. Les Brigades naissent officiellement en septembre 1936 alors que les nationalistes sont déjà aux portes de Madrid. Remi Skoutelsky décrit bien l'improvisation et la pagaie qui entoure la formation des Brigades en Espagne tandis qu'en France se mettent en place les réseaux de recrutement et d'acheminement des volontaires pour l'Espagne.


Rémi Skoutelsky dresse ensuite le portrait des volontaires français, qui forment d'ailleurs le contingent le plus nombreux soit environ 9000 hommes sur les 30 000 que comptent l'ensemble des brigades. Ces Français sont presque tous des ouvriers et viennent pour la plupart des régions les plus urbanisées. La majorité est membre du PC et, en ajoutant les sympathisants, cette sensibilité représente 80% des volontaires, une proportion qui est pourtant moins forte que dans d'autres contingents nationaux.


Cette diversité politique des volontaires français est certainement le résultat de la force d'un antifascisme alors largement développé dans la France du Front populaire. C'est d'ailleurs un mobile largement avancé pour justifier le départ pour l'Espagne. Mais Rémi Skoutelsky présente également d'autres raisons qui poussent à l'engagement: la soif de révolution, la solidarité ouvrière mais aussi, comme pour la Légion étrangère le goût de l'aventure et de l'action, le besoin d'une insertion sociale.


Remi Skoutelsky décrit également la participation aux combats des volontaires français qui sont opérationnelles des novembre 1936 pour défendre la capitale espagnole. Ils participent par la suite à toutes les grandes batailles de la guerre d'Espagne et se couvrent particulièrement de gloire à celle de Guadalajara en 1937. Troupes d'élite, les militaires républicains espagnols ont tendance à utiliser les brigadistes comme chair à canon. Se battant dans des conditions matérielles souvent difficiles les volontaires ont rapidement conscience d’être envoyé dans les zones les plus dangereuses du front. Et Rémi Skoutelsky ne cache pas que sur le front il y eut des désertions et des refus d'obéissance.


En 1938, le gouvernement républicain espagnol accepte, pour des raisons diplomatiques, le départ des brigadistes. Le 28 octobre, les volontaires sont acclamés lorsqu'ils défilent une dernière fois dans Barcelone. Quand ils repassent la frontière française, si les volontaires français ont un sort plus enviable que leurs camarades étrangers, dont beaucoup sont internés, ils sont néanmoins confrontés aux difficultés de la réinsertion dans la société mais aussi au sein du PCF pour les militants.


Très vite les anciens volontaires affrontent de nouveau la guerre et beaucoup vont s'engager dans la Résistance. Après la Libération de nombreux anciens brigadistes dirigeants de la MOI durant l'Occupation rejoignent les démocraties populaires où ils vont être les premières victimes des purges comme ce fut le cas pour Artur London à Prague. En France, André Marty, ancien dirigeant des Brigades est chassée du PCF en 1952 sous l'accusation infamante d'être un indicateur de police. Le passage par l'Espagne est devenue suspect aux yeux des appareils staliniens.


Avec la chute du communisme dans les pays de l'Est et le développement d'une historiographie polémique, largement hostile au communisme, on aurait pu craindre que se développe en retour une vision des Brigades unanimement défavorable, comme c'est le cas d'ailleurs dans le Livre noire du communisme. Heureusement le livre de Rémi Skoutelsky, qui n'est pas seulement une sociologie des Brigades, est passé par là pour redonner chair à ces volontaires et à leur histoire. Loin de l'épopée romantique il montre au contraire le destin de combattants qui se battirent pour beaucoup par idéal et donnèrent leur vie pour un pays qui n'était pas le leur.


Depuis sa sortie en 1998, l'ouvrage de Remi Skoutlsky est une référence incontournable sur la question.

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communismeetconflits - dans Guerre d'Espagne

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")