Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 08:59

Simon Sebag Montefiore, Le jeune Staline, Calmann-Levy, Paris, 2008 (réédition au Livre de poche, 2010).

51fHDXRTmoL._SL500_AA300_.jpg

Après avoir raconté dans un précédent opus (La cour du Tsar rouge) la vie de Staline et de son entourage entre la fin des années 1920 et la mort du dictateur en 1953, l'historien britannique Simon Sebag Montefiore s'attache à un aspect assez méconnu de la vie du Petit père des peuples, sa vie d'avant Staline, quand il n'était encore que Joseph Djougachvili, ou Sosso ou Koba, entre 1878 et 1917. Et si cette biographie est une somme aussi bien au niveau du fond que de la forme c'est que la vie de Joseph Djougachvili dans ses quarante premières années fut mouvementée.


Staline est le fils d'un cordonnier alcoolique de Gori en Géorgie qui abandonne rapidement sa famille. Élève doué à l’école, il entre au séminaire mais perd rapidement la foi pour se donner tout entier au marxisme et à l'action politique. Après le séminaire, il se retrouve employé au service météorologique de Tiflis, une couverture commode pour son activité « révolutionnaire », puisqu’il est devenu en août 1898 membre du parti marxiste russe, le POSDR, et devient un révolutionnaire professionnel. Souvent arrêté et déporté, il partage alors le sort de la plupart des militants de l'époque oscillant entre périodes de clandestinité, les arrestations et les déportations.


Cette vie nécessite du jeune Djougachvili qu'il change sans cesse de nom, de domicile et d'apparence physique. Peu à peu il devient le spécialiste de l'organisation et de la direction des coups de main et attaques armées pour alimenter les finances du parti de Lénine. Organisant ceux-ci de Tiflis à Bakou, en passant par Batoumi où il travaille pour la compagnie pétrolière détenue par les Rothschild.


Pour réaliser ces expropriations, véritables opérations militaires, il s'entoure de militants qui ne répugnent pas à l'usage de la force, tel Kamo, un genre de psychopathe, ami d’enfance et totalement dévoué à Staline, qui devient son homme de main. Arrêté en 1908, Kamo, pour échapper à la peine capitale, simulera pendant quatre ans la folie avant de s'évader et de reprendre du service.


Homme d'action qui se pique alors peu de théorie, Staline est pourtant un familier de Lénine puisque les deux hommes échangent une correspondance abondante et se rencontrent régulièrement à partir de 1905. Staline devient alors un homme clé dans le dispositif léniniste, notamment parce qu’il organise les expropriations armées qui contribuent au financement du Parti bolchevik. Mais ce dernier a aussi une profonde admiration pour Lénine dont il révère le charisme, l'autorité et la volonté tout entière tendue vers la conquête du pouvoir.


Staline apparaît tout au long de l'ouvrage comme un personnage complexe, mélange de courage physique et de rouerie, nouant des intrigues et dressant les uns contre les autres. Montefiore examine aussi longuement la thèse de Staline « agent de l’Okhrana »,  thèse qui a fait couler beaucoup d'encre depuis des décennies, pour la rejeter, même si les relations de Staline avec la police apparaissent pour le moins complexes.


Cette vie d'avant la Révolution, où l'ombre l'emporte sur la lumière, Staline souhaitera la gommer. Dans la seconde moitié des années 1930, pendant la Terreur, il ordonne l'assassinat des témoins gênant de son passé mais la destruction de tout document compromettant. Heureusement il échoua dans cette tache et c'est sur ces documents que s'appuie l'ouvrage de Simon Montefiore qui a écumé les archives récemment ouvertes de Moscou, Tbilissi, Batoumi ou Saint-Petersbourg mais également de Berlin, Londres et Paris, Il a ainsi exhumé des documents inédits, des versions non expurgées de mémoires et correspondance parfois méconnus, confrontés des témoignages contradictoires ou subjectifs.


Pour ceux qui s'intéressent aux relations entre communisme et violence cet ouvrage est une mine, notamment sur l'organisation des groupes de combat bolcheviks avant 1917, le système des expropriations armées et la duplicité de Lénine concernant cette pratique qu'il dénonce publiquement mais encourage en sous-main.


Le Jeune Staline est un ouvrage incontournable pour qui veut comprendre Staline mais surtout la genèse d'un système idéologique qui s'étendit sur une grande partie de la planète.

Partager cet article

Repost 0
communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie

Présentation

  • : Communisme, violence, conflits
  • Communisme, violence, conflits
  • : Blog destiné à publier des articles et travaux historiques concernant les relations entre communisme et violence au XX°siècle. Ce blog est ouvert à ceux qui voudront publier articles, notes, annonces de publications, de colloques ou autres concernant ce champs d'étude historique.
  • Contact

L'autre coté de la colline

bannerfans 6509167

Rigueur historienne et clarté du propos. A ne pas manquer !

Recherche

Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")