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22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 09:15

Robert Stephan, Stalin's Secret War: Soviet Counterintelligence Against the Nazis, 1941-1945, University Press of Kansas, 2011.

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C'est une dimension ignorée de la guerre sur le front de l'Est qu’étudie Robert Stephan: les opérations des services de contre-espionnage soviétiques durant la Seconde Guerre mondial et leurs impacts sur le déroulement du conflit. Le détail de ces actions sont ici précisément décrits en s'appuyant sur des sources solides en provenance des archives américaines, allemandes et russes. Si nous savons depuis longtemps que les Soviétiques ont été des maitres dans l’infiltration de l'appareil militaire et politique allemands, pensons au célèbre Orchestre rouge, Stephan privilégie d'étudier ici un combat moins héroïque: la lutte des Soviétiques contre les tentatives d'infiltration allemandes.


L'auteur décrit avec précision l'organisation et les méthodes du contre-espionnage soviétique. Le lecteur apprendra ainsi que le mythe des prisonniers de guerre soviétiques exécutés ou déportés après s'être échappés des griffes allemandes ou ayant rejoint leurs lignes après un encerclement est un mensonge. Après avoir été débriefé par les agents du NKVD, 90% sont renvoyés sur le front, le reste est destiné aux bataillons disciplinaires ou au Goulag.


L'organisation des services de renseignements allemands sur le front de l'Est n'est pas oubliée et un chapitre lui est entièrement consacré. L'auteur relate également les tentatives allemandes pour infiltrer l'armée rouge ou le NKVD par le biais entre autres de prisonniers ce qui pousse les agents de sécurité soviétiques à accroître leurs résultats sous peine d’être soupçonné.


Généralement les agents allemands capturés sont généralement retournés par les Soviétiques et servent à des opérations offensives. Par ce biais les Soviétiques ont intoxiqué le commandement allemand sur la portée, l'ampleur et la direction des offensives de l'armée rouge, notamment au moment de l'opération Bagration à l'été 1944. Mais pour établir la fiabilité des renseignements transmis à l'ennemi les services soviétiques, avec l'accord de Staline, ont parfois donné de vrais renseignements mettant en péril des opérations comme le plan Mars déclenché par le général Joukov en novembre 1942 en direction de Rjiev et qui finit en fiasco. Sabotage et assassinat font aussi partie des modes d'action employés.


Pour l'auteur, les succès du contre-espionnage soviétique jouent un rôle non négligeable dans la défaite finale allemande. Si cette affirmation est extrêmement hardie il n'en reste pas moins que les Soviétiques ont largement démontré leur maîtrise de l'espionnage et des opérations secrètes. Ils ont incontestablement dans ce domaine surpassé de loin leurs adversaires allemands. Pourtant le lecteur ne doit pas oublier que la sous-estimation de la puissance allemande par les Soviétiques est une des causes des désastres de l'été 1941.

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")