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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 09:31

Ben Shepherd, War in the Wild East: The German Army and Soviet Partisans, Cambridge MA., Harvard University Press, 2004.

 

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Le livre de Ben Shepherd s'inscrit dans une lignée déjà solide, celle des monographies sur les forces d'occupation allemandes en Russie durant la Seconde Guerre mondiale en s'appuyant sur l'étude d'une unité militaire particulière. Christopher Browning a ainsi étudié le 101° bataillon de police et, en France, Christan Ingrao s'est penché sur la brigade Dirlewanger. Ici c'est la 221° division de sécurité anti-partisane qui est auscultée.


A travers cette unité du groupe d'armée Centre, qui est perçue comme une micro-société, l'auteur analyse la formation, l'évolution et l'application de la doctrine contre-partisane de l'armée allemande, mais également les motivations des soldats qui ont appliqué les ordres brutaux reçus. A la croisée des travaux de Christopher Browning et d'Omer Bartov, pour Shepherd l'étude des actions de cette unité est un moyen d'analyser et de comprendre les ressorts de l'escalade de violence et de brutalités des forces allemandes envers les populations civiles.


Il montre comment dans la tradition militaire allemande, la guerre de partisans, que ce soit en France en 1871, en Afrique au moment de la conquête coloniale ou en Belgique en 1914, est considérée comme criminelle et doit donc être traitée d'une manière exclusivement brutale. Le Kommissarbefehl de 1941 et l'influence de l'idéologie nazie renforcent cette tendance et donc la propension des militaires allemands a utilisé la force contre les combattants irréguliers, favorisant les atrocités contre les civils.


L'auteur décrit ensuite l'activité anti-partisane de la 221° division à travers trois périodes. La première correspond à l'été 1941 où, dans la perspective d'un conflit de courte durée, l'armée ne cherche qu'à sécuriser ses voies de communication et d'approvisionnement. Mais les moyens consacrés à cette mission sont faibles. Quand la 221° division se voit donc confier la tache de sécuriser un territoire immense autour de Gomel ses effectifs sont insuffisants. Pour pallier cette faiblesse, elle déclenche alors des vagues de violences dans un seul but de prévention. La seconde période que met en évidence l'auteur débute à l'hiver 1941-1942 quand il devient évident que la guerre sera longue. Les cadres de la division mettent alors en place une politique de répression plus sophistiquée, notamment à travers une sorte d'action psychologique, pour reprendre un terme qui fera florès en Indochine ou en Algérie. Les réquisitions de bétails sont limitées tandis que ceux qui désertent les rangs des partisans sont dorénavant considérés comme des prisonniers de guerre et non plus comme des bandits. La dernière période étudiée débute après les défaites de Stalingrad et Koursk et se distingue caractérise par la mise en place d'une politique de terre brûlée systématique. Les forces allemandes balayent alors les zones contrôlées par les partisans, confisquent les ressources disponibles, déportent la main-d'œuvre et détruisent les bâtiments et les infrastructures.


Pour Ben Shepherd, si l'antisémitisme, le mépris des populations slaves, l'anti-bolchevisme déterminent l'attitude allemande, il montre que des facteurs plus matériels influent également sur les comportements. La faiblesse des moyens pour tenir de vastes étendus oblige progressivement les Allemands à élaborer une politique plus constructive que la simple répression brutale. Il montre également le rôle fondamental joué par l'encadrement: si les officiers issus de l'Allemagne orientale sont souvent les plus brutaux, ceux issus des provinces occidentales ou les anciens officiers de l'armée impériale font preuve de plus de retenue dans la répression. Il met également en évidence l'existence d'autres acteurs que l'armée dans la politique d'occupation et les brutalités commises en URSS que ce soit la SS mais aussi les services de la main-d'œuvre de Sauckel dont l'action doit être prise en compte.


Le livre de Shepherd est bien écrit et prend en compte l'historiographie la plus récente. L'auteur a également consulté un nombre important de documents issus des archives allemandes. C'est ici aussi l'un des reproches que l'on peut faire au livre, l'absence d'un point de vue soviétique que ce soit par le biais de témoignages ou de documents d'archives. Le paradoxe de l'ouvrage est en effet que les partisans en sont, à nos yeux, les grands absents.

 

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9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")