Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 07:58

Jonathan D. Smele, Civil War in Siberia : The Anti-Bolshevik Government of Admiral Kolchak, 1918-1920, Cambridge University Press, 1996.

41ZtbU0CF3L. SL500 AA300

 

La guerre civile russe a déjà été l'objet d'une historiographie abondante. Si pendant longtemps les historiens se sont focalisés sur les grands centres comme Petrograd ou Moscou dans le cadre d'études régionales, depuis le milieu des années 1970 une attention accrue pour les régions périphériques de l'Empire russe : l'Ukraine, le Caucase, la Sibérie, l'Extrême-Orient russe s'est faite jour.


Jonathan Smele, maître de conférences en histoire russe à l'Université de Londres, est un spécialiste reconnu de la guerre civile en Sibérie durant la période où l'amiral Koltchak porte les espoirs des blancs. Son livre est donc une somme de plus de 700 pages avec une bibliographie qui ne compte pas moins de soixante-dix pages, un véritable ouvrage de référence.


Il faut pourtant remarquer que l'auteur ne s'appuie que sur des publications issus du mouvement blanc et n'a pas consulté les archives soviétique conservé au GARF à Moscou alors qu'il signale dans le même temps que depuis la fin de l'URSS les historiens russes sont de plus en plus nombreux à s’intéresser à l'étude du mouvement blancs et à l'amiral Koltchak. Pourtant l'auteur privilégie dans ses sources secondaires la littérature soviétique alors que celle-ci est loin d’être partiale.


Le livre de Smele retrace essentiellement la montée au pouvoir puis le déclin de l'amiral Koltchak dont le contrôle de la Sibérie n'a pas été le tremplin espéré pour conquérir l'ensemble de la Russie. A l'automne 1917, si les bolcheviks contrôlent les grandes villes le long de la voie ferrée du Transsibérien, leur pouvoir est plus diffus dans les campagnes où dominent les socialistes-révolutionnaires. Surtout les bolcheviks sibériens sont divisés, certains demandent une alliance avec les SR et les mencheviks, d'autres refusent le centralisme et le régime du parti unique.


Avec l'insurrection de la légion tchécoslovaque en mai 1918, le pouvoir soviétique s'effondre dans la région où apparaissent de nombreux gouvernements antibolcheviks qui ne parviennent pas à s'unifier. Rapidement deux pouvoirs dominent: le Komuch à Samara où dominent les socialistes-révolutionnaires et le gouvernement provisoire de Sibérie à Omsk sous le contrôle du parti cadet. La rivalité entre les deux gouvernements, mais aussi l'incapacité des SR à gouverner efficacement, facilite le coup d'État que conduit Koltchak le 18 novembre.


Trois chapitres sont consacrés au fonctionnement du gouvernement Koltchak. Ce dernier a été confronté à de multiples problèmes. D'abord l'armée blanche était fragmentée autours de véritables seigneurs de la guerre comme l'ataman Semenov ou le baron Ungern-Sternberg qui ne reconnaissent pas l'autorité de Koltchak. Ce dernier ne gagne jamais véritablement la stature d'un dictateur d'autant qu'il est soumis aux volontés des chefs des missions alliées. L'entourage de Koltchak, plus préoccupé de profiter de la douceur de vivre à Omsk plutôt que de combattre l'armée rouge, forme aussi rapidement un écran entre lui et les réalités. Ce cercle qui se complai dans une sorte d'autosatisfaction militaire provoque finalement l'échec du gouvernement blanc en Sibérie.


En juillet 1919, alors qu'à Omsk le gouvernement blanc célèbre avec faste son premier anniversaire, l'armée rouge écrase les troupes de Koltchak en Sibérie occidentale. C'est le moment où le gouvernement blanc paye son incapacité à mettre en œuvre des réformes politiques et sociales. Détestée par les paysans en raison des réquisitions militaires, des impôts élevés et de la corruption, le mouvement blanc ne survit que tant que dure l'appui des forces étrangères.


En 1919 quand les Tchécoslovaques n'ont plus comme seul désir que de retourner dans leur pays et que les gouvernements alliés, face aux critiques de leur opinion publique évacuent leur troupes, le mouvement blanc se dissous dans la panique. Koltchak est arrêté par les SR d'Irkoutsk et livré aux bolcheviks qui le fusillent le 7 février 1920. Il a ainsi disparu aussi rapidement qu'il était apparu.


Le livre de Smele, magistral aperçu du mouvement blanc en Sibérie, est, malgré quelques défauts, incontournable pour appréhender les mécanisme de la guerre civile russe au delà de l'Oural.

 

Partager cet article

Repost 0
communismeetconflits - dans Guerre civile russe.

Présentation

  • : Communisme, violence, conflits
  • Communisme, violence, conflits
  • : Blog destiné à publier des articles et travaux historiques concernant les relations entre communisme et violence au XX°siècle. Ce blog est ouvert à ceux qui voudront publier articles, notes, annonces de publications, de colloques ou autres concernant ce champs d'étude historique.
  • Contact

L'autre coté de la colline

bannerfans 6509167

Rigueur historienne et clarté du propos. A ne pas manquer !

Recherche

Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")