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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 11:45

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   Le parcours de Georges Beaugrand apparait comme une illustration du concept de "brutalisation" de la politique européenne décrit par l'historien Georges L. Mosse. Le destin l'a en effet conduit de l'hécatombe guerrière de l'été 1914 à la Révolution allemande de 1918-1919 puis, de retour en France, au PCF où son expérience, à la fois militaire et révolutionnaire, le désigne alors pour superviser les différentes formations incarnant succesivement l'aile paramilitaire du communisme français.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


            Georges Beaugrand naît le 24 octobre 1893 à Paris. Son père travaillant aux abattoirs, il devient ouvrier moutonnier des Abattoirs de la Villette. Il fréquente alors les Jeunesses socialistes, lit l'Humanité et se montre particulièrement sensible à l'hérvéisme. Il participe alors aux manifestations dirigées contre les nationalistes et les retraites militaires. Il fait son service militaire à partir de novembre 1913 au 152ème puis au 72ème régiment d'infanterie quand la guerre éclate. Il participe alors au combat en Belgique et à la retraite des armées françaises. Fait prisonnier durant la bataille de la Marne le 6 septembre 1914, il est envoyé en Bavière dans un camp de prisonniers puis travaille dans une mine de lignite. Après une tentative d'évasion qui échoue, il est interné à Bayreuth puis à Nuremberg. Durant sa captivité, il apprend l'allemand, fréquente des socialistes allemands, des prisonniers de guerre russes et français, dont des mineurs du Pas-de-Calais qui lui décrivent l'organisation et les luttes ouvrières du Nord. Il est présent à Nuremberg quand éclate la Révolution allemande en octobre 1918 et il assiste à la constitution du conseil des ouvriers et soldats. Il préfère alors rester clandestinement en Bavière plutôt que de rentrer en France. Considéré comme déserteur par les autorités françaises, il est emprisonné lors de son retour, mais se voit acquitté par un conseil de guerre et se retrouve démobilisé en septembre 1919.

             Beaugrand devient militant à la section socialiste du Pré-Saint-Gervais et à l'Association républicaine des anciens combattants. Ouvrier dans une usine de chaussures, il est renvoyé à la suite d'une grève en avril 1920 et retourne travailler aux Abattoirs de la Villette. En 1921, il devient secrétaire de la section syndicale CGT des travailleurs de la viande de la Villette et milite dans la minorité syndicale au sein des Comités syndicalistes révolutionnaires. Avec sa section syndicale, il adhère à la CGTU en 1922 et devient, en 1925, membre de la commission exécutive de la fédération CGTU de l'alimentation.

            Au sein de la SFIO, il vote la motion d'adhésion à l'IC avant le congrès de Tours. En 1923, il participe à la création de la cellule communiste des Abattoirs et devient, fin 1924, secrétaire du 1er rayon de la région parisienne. Il conserve cette responsabilité jusqu'en 1927, moment où, en conflit avec Doriot, il est mis à l'écart. Il est également membre du bureau régional de 1926 à 1928 et participe, en 1924, à la première école communiste de Bobigny.

Après un séjour à Moscou en 1927, il est élu député du 19ème arrondissement de Paris. Trésorier du groupe parlementaire communiste, il soutient les candidats du PCF lors d'élections partielles et se rend également en tournée en Espagne ou en Algérie. Il perd son mandat lors des élections législatives de 1932 et devient membre du comité central de l'ARAC en 1933. En 1934, il est élu maire de Gentilly, réélu en mai 1935, année où il est également élu conseiller général de la Seine.

            Dès 1924, il participe au service d'ordre du PCF, notamment lors de la campagne pour les élections législatives, et il en devient le responsable pour la région parisienne en 1925, la police le qualifiant alors de chef des groupes de combat. Il participe à la campagne contre la guerre du Maroc en 1925, notamment à Marseille où il organise une manifestation à la fin du congrès ouvrier et paysan, manifestation qui se termine par des affrontements avec la police. Selon Jan Valtin, pseudonyme du militant allemand Richard Krebs, Beaugrand aurait été élève d'une école militaire en URSS. Il ne fait pas mention de cet épisode dans son autobiographie où il indique seulement que c'est à son retour de Moscou, où il est membre de la délégation envoyée pour le 10ème anniversaire de la Révolution russe, qu'il se voit confier la responsabilité du Front rouge. En novembre 1927, le bureau politique le charge en effet de l'organisation des groupes de défense. Il doit mettre sur pied le Front rouge mais il est, selon lui, perçu comme gauchiste par la direction, notamment par Pierre Sémard. Quand ce dernier met en doute, lors de la conférence de la région parisienne, les conditions de son élection législative, Beaugrand adresse une lettre de démission au bureau politique qui, s'il refuse sa démission de député, le décharge en mai 1928 de ses responsabilités au Front rouge. Beaugrand continue néanmoins, dans les mois qui suivent, à s'occuper de cette organisation. Il est également membre du comité exécutif du Front rouge allemand de Hambourg. Il prend à ce titre la parole lors des réunions de cette organisation à Stettin et Berlin. En 1931, selon Jan Valtin, il héberge chez lui Edgar André, un des dirigeants du Front rouge allemand et possède des contacts avec l'ambassade soviétique en vue d'assurer la protection des délégués de l'IC. En 1933, il est de nouveau chargé de former des groupes d'autodéfense dans la région parisienne pour faire face aux ligues d'extrême-droite et conserve cette responsabilité jusqu'en juin 1934 et son élection à la mairie de Gentilly.

           Il est déchu de ses mandats de maire et de conseiller général en février 1940 et se réfugie dans l'Yonne où il se met au service des militants de la région. Il est arrêté et interné au camp de Pithiviers en septembre 1942. Libéré le 10 août 1944, l'Humanité le dénonce en octobre comme « traître au parti et à la France ». S'estimant victime d'un complot, Beaugrand essaye en vain de se défendre, mais reste exclu du PC.

           De retour en région parisienne en 1947, il milite au Secours populaire, au Mouvement pour la paix et au Syndicat des retraités. Il est même élu conseiller municipal à Chaumes-en-Brie de 1963 à 1965 où il siège aux côtés d'élus communistes. À la fin des années 1960, il revient dans l'Yonne avant de s'établir dans le Cher. Il est réintégré dans le PC en 1977 et décède le 13 septembre 1981 à Vesdun dans le Cher.

 

Sources: Archives d'Etat russe d'histoire politique et sociale (RGASPI-Moscou): 495/270/8478; Centre des Archives contemporaines (Fontainebleau): 19940434 art 165 dos 13651; noice de Jacques Girault dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, CD-Rom, 1997. 

 

Illustration: L'Humanité du 20 mars 1929. 

David FRANCOIS

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Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")