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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 08:00

Alexander Statiev, The Soviet Counterinsurgency in Western Borderlands, Cambridge University Pres, 2010.

 

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Voici une étude sur un sujet largement ignoré en France: l'histoire des mouvements nationalistes armées des régions occidentales de l'Union soviétique. L'histoire de ces mouvements débute en 1939-1940 quand l'URSS, à la suite de la signature du pacte germano-soviétique, envahit l'est de la Pologne, c'est à dire la Biélorussie et l'Ukraine occidentale, puis en 1940 les trois États balte : Estonie, Lituanie, Lettonie. Même si l'occupation soviétique est de courte durée des mouvements de résistance voient alors le jour, malgré la surveillance impitoyable du NKVD. Alexander Statiev analyse ensuite l'évolution de ces mouvements sous l'occupation allemande puis exposent les différentes facettes de la politique soviétique dans ces régions après 1945 à travers les questions des déportations, des amnisties, de la politique agraire et religieuse mais également des politiques paramilitaires et de sécurité. Il donne ainsi un excellent aperçu des processus d'intégration au sein de l'espace soviétique des régions frontalières occidentales.


La résistance nationaliste n'est pas uniforme dans ces régions et l'auteur montre que la lutte est particulièrement âpre en Ukraine et en Lituanie au contraire de la Biélorussie occidentale. Il démontre surtout qu'au sein des organisations nationalistes, une seule, l'organisation nationaliste ukrainienne possède une idéologie propre, qu'il n'hésite pas à qualifier de proche du fascisme, mais surtout qui peut s'appuyer sur un réseau clandestin étendu dans la société.


Alexander Statiev met en évidence que les habitants des régions frontalières ont, à l'exception des Biélorusses, accueilli de manière favorable les envahisseurs allemands. Si les résistants polonais de l'AK (Armée de l'intérieur) sont farouchement anti-nazis, dans les pays baltes et en Ukraine certains mouvements espèrent que les Allemands vont permettre la création d'armées nationales pour combattre les Soviétiques. Mais les nazis n'acceptent finalement que la constitution d'unités nationales de la Waffen SS.


L'auteur montre avec pertinence que les relations entre les nationalistes et les occupants nazis sont particulièrement complexes. Ainsi quand les nationalistes ukrainiens forment un gouvernement à Lvov le 30 juin 1941, les leaders sont arrêtés et Stepan Bandera passe la plus grande partie de la guerre dans un camps de concentration. Les Allemands n'acceptent finalement que la création d'une division de Waffen SS galicien qui est d'ailleurs envoyée en Italie. A contrario la Lettonie est le pays qui donne, par rapport à sa population, le plus grand nombre de volontaires au sein des troupes allemandes. Beaucoup de ceux qui rejoignent alors les unités de police participent aux atrocités contre les Juifs et certains se retrouvent par la suite dans les unités de partisans nationalistes. Statiev met en évidence qu'à l'exception des Ukrainiens, les nationalistes accordent une confiance trop grande aux Allemands et oublient de créer une alternative politique à la collaboration avec l'occupant. Cet aveuglément n'est pas partagé par tous puisque les Lituaniens et les Ukrainiens se détournent rapidement des nazis pour installer des infrastructures clandestines destinées à affronter les Soviétiques.


Avec le retour de l'armée rouge, la résistance nationaliste ukrainienne se développe et regroupe rapidement entre 25 000 et 40 000 combattants. Statiev analyse en détail les politiques de répression et de pacification soviétiques utilisées contre cette dernière. Cette stratégie contre-insurrectionnelle se traduit surtout par la multiplication des brutalités contre les civils, les partisans capturés et leurs familles. Seule les Biélorusses échappent à cette vague répressive et aux déportations de masse en raison de la faiblesse du nationalisme dans cette région.


Les mouvements nationalistes reçoivent quand à eux peu d'aide de la part des Occidentaux. Ces derniers sont plutôt intéressés par le renseignement et se montrent donc généralement opposés à la stratégie de guérilla. Sans aides extérieures entre 1950 et 1952 les mouvements nationalistes armés disparaissent et laissent la place à la résignation et à la passivité parmi les populations avant que les bouleversements de la fin des années 1980 ne réveillent un nationalisme seulement en sommeil dans ces régions occidentales de l'URSS.

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")