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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 17:49

LatourMilitant communiste durant les années 1920-1930, Armand Latour a joué un rôle fondamental dans l'organisation et la direction des différentes structures de combat mises en place par le PCF, des Jeunes gardes antifascistes au groupes d'autodéfense.

La courte biographie qui suit vise à mieux faire connaitre un personnage resté longtemps inconnu de l'historiographie du communisme français. Cet oubli est d'ailleurs en partie réparé avec la publication dans le tome 7 du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et social français, le fameux Maitron, d'une substantielle notice sur Latour co-écrite pas Claude Pennetier, Marc Giovaninetti et David François. Nous nous inspirons de celle-ci pour la biographie que nous présentons ici.

Le lecteur pourra constater que les historiens connaissent peu de choses de la vie de Latour entre la fin des années 1930 et son décès en 1982, c'est à dire la majeure partie de son existence. Nous appellons donc tous ceux qui pourraient avoir des renseignements sur  Armand Latour à nous les faire parvenir pour enrichir nos connaissances sur ce militant typique d'une certaine génération communiste.

       

 

  


  Armand Latour naît à Guérande, en Loire Atlantique, le 24 avril 1900 dans une famille de la petite-bourgeoisie. Son père, fils d'un gendarme de Rochefort-en-Terre dans le Morbihan, travaille pour le compte d'un négociant en bois de Guérande, qui le fait venir dans cette ville au moment où la région connaît un essor économique avec la construction des stations balnéaires, comme La Baule, Le Pouliguen ou Le Croisic, et dont il devient le représentant, avant de s'établir à son compte en tant que marchand de vin. La mère de Latour est la fille d'un plâtrier qui a réussi à s'enrichir en profitant de l'essor des constructions sur la côte. Propriétaire de plusieurs maisons à Guérande, il devient un notable conservateur, adjoint au maire, « c'était un chouan » dira plus tard Latour.

La couple Latour ne semble pas avoir été heureux. Le commerce de vin du père se développe, mais ce dernier n'a pas, selon son fils, « l'esprit d'un capitaliste » et se trouve très souvent en désaccord avec son épouse. Selon son fils, il finit sa vie épuisé physiquement par son travail et déprimé moralement ce qui, selon lui, explique son suicide en décembre 1919. Dans ce climat de mésentente conjugale, l'enfance d'Armand Latour ne semble pas avoir été heureuse. Son père le frappe à la moindre faute et il prend aussi les coups destinés à son jeune frère Jean. Sa mère, qui a reçu une éducation conservatrice, lui interdit de lire des livres « défendus ». Le jeune Latour fugue de chez lui à l'âge de 13 ans. Sa scolarité semble aussi affecter par cet environnement familial difficile. Il fait des études secondaires d'abord dans un collège religieux de Renne, puis à Redon d'où il est renvoyé, pour se retrouver à Vannes avant de travailler avec son père.

Latour est incorporé au 106ème puis au 94èmerégiment d'infanterie. Si, avant son service militaire, il affirme déjà lire l'Humanité et des journaux de gauche comme le Journal du Peuple de Fabre, c'est au sein de son régiment où se trouvent de nombreux ouvriers du Nord qu'il intègre un groupe de lecteurs de l'Humanité et deClarté, et qu'il commence à lire les œuvres de Lénine. À la fin de son service militaire, il se rend à Paris où il retrouve Victor Coissac, lui aussi un membre du groupe de lecteurs de l'Humanité au 94èmerégiment d'infanterie, qui le fait adhérer au groupe Connaître. C'est au sein de ce dernier, dirigé par Henry Marx, qu'il fait la connaissance de Joseph Ducroux et Robert Blache avec qui il adhère à la Jeunesse communiste (JC) en novembre 1923.

Militant à la section du 16èmearrondissement de Paris, il devient rapidement secrétaire adjoint puis, en 1924, secrétaire du 13èmerayon de la JC qui comprend le 18 et 9èmearrondissement, ainsi que la commune de Saint-Ouen où Latour réside. Il travaille alors comme chauffeur puis inspecteur-élève à la compagnie d'assurances « La Paix ». Il prend rapidement des responsabilités au sein de la direction régionale des JC, la 4èmeentente, dont il devient le secrétaire administratif avec André Ferrat et Paul Maertens, puis Paul Valières et Chavannes, et où il s'occupe de l'agit-prop, de l'organisation, mais surtout du travail antimilitariste. Il est pourtant renvoyé à la base quelques temps en raison d'insuffisance dans son poste de secrétaire administratif et devient chauffeur, avant de retrouver son poste de permanent de la JC. En octobre 1925, après avoir fait un rapport devant le comité exécutif de l'Entente sur le congrès des conscrits, il entre au comité exécutif comme secrétaire au travail antimilitariste où il s'occupe plus particulièrement de la création des amicales de conscrits, puis devient membre du comité central des JC en 1926 et du bureau national de la Fédération.

Il est arrêté en juin 1925, peu après le congrès des jeunes de la région parisienne, alors qu'il porte sur lui la liste des participants. Dans un questionnaire de 1931, il place cet épisode en mai et donne, comme motif de son arrestation, la distribution de tracts dans les casernes. En 1926, Latour est également mis en cause par Chapuis pour sa participation au groupe Connaître d'Henry Marx, ce qui provoque la création d'une commission par le comité exécutif de la 4èmeEntente, tandis que Latour se défend en indiquant qu'il a rompu depuis son emprisonnement en 1925 avec ce groupe et qu'il en a informé aussi bien la direction de l'Entente que celle de la JC.

Au moment où la JC décide de mettre en place les Jeunes Gardes antifascistes elle confie à la commission des adversaires de la 4ème Entente, composée de Maurice Déglise et de Latour, le soin de superviser leur création dans la région parisienne. En mars 1927, la direction de la JC désigne ce dernier pour prendre la tête des JGA en remplacement de Déglise. Il se rend alors en Allemagne, en juin 1927, en compagnie de Gundram, secrétaire de l'ARAC pour la Moselle, pour participer à la 4ème concentration du Front rouge allemand. Il travaille aussi avec Francis Desphellipon avec qui il rédige un rapport sur la question de la création d'un front rouge international pour le congrès de l'ARAC en août 1927. Lors du congrès des JGA, les 14 et 15 août 1927, il est élu secrétaire général de cette organisation.

À la fin de 1927 ou au début 1928, il est transféré au PC pour occuper le poste de responsable pour les questions d'autodéfense, sous la direction de Pierre Célor. Il partage ses responsabilités avec Georges Beaugrand chargé, à la fin de 1927, de mettre sur pied le Front rouge. Après l'échec de ce dernier et son départ, Latour prend la direction de cette organisation qu'il doit réorganiser sur la base du concept de l'autodéfense prolétarienne, dont il apparaît comme le principal théoricien en France, notamment au travers de la brochure qu'il rédige alors Probléme de l'autodéfense. Comme responsable du Front rouge, il participe à la préparation de la manifestation prévue à Ivry le 5 août 1928 où il est arrêté. En octobre 1928, il part organiser des piquets de grève dans le Nord.

En 1929, il organise la protection du congrès du PC à Saint-Denis en 1929, puis celui de la CGTU à Magic-City. Il est également chargé d'apporter son assistance concernant les questions d'autodéfense lors de grèves. Il prend ainsi part à celle du textile à Halluin, à celle des mineurs de Saint-Étienne et enfin à celle des usines Peugeot à Montbeliard. Il participe activement à la préparation des journées d'action organisées par le PCF dans le cadre de la stratégie classe contre classe. Il tente ainsi d'organiser des manifestations de rue à Saint-Ouen le 1er mai 1929 et prend part, peu après, à la manifestation organisée lors d'un meeting aérien à Vincennes. Il joue surtout un rôle actif dans la préparation du 1er août 1929 qu'il doit diriger avec Corentin Rampi. Mais, après l'intervention policière à Villeneuve-Saint-Georges, il reçoit pour instruction de passer dans la clandestinité tout en continuant à diriger le Front rouge. Il est pourtant arrêté, le 6 août 1929, pour complot contre la sûreté de l'État et passe neuf mois en prison. À sa sortie, en mars 1930, il reprend ses activités dans le domaine de l'autodéfense.

C'est peut-être à ce moment-là qu'il part en Union soviétique suivre une formation dans une école spéciale sous le nom d'Emile Baert, où il apprend les techniques de l'action clandestine.

En 1931, il continue à organiser les manifestations communistes en région parisienne, mais il est également envoyé en province, notamment dans le Nord, au moment de la grève des mineurs puis de celle du textile qui aboutit à l'épisode des barricades de Roubaix. Lors de la grève des mineurs, il effectue avec Camille Froment un travail spécial afin d'infiltrer les gardes mobiles. Cette mission, qui a peut-être un lien avec son séjour en URSS, semble devenir un autre pan des responsabilités dévolues à Latour. Il constitue un appareil chargé du travail en direction des forces de l'ordre qui comprend notamment Pierre Pivin.

Avec l'éclatement de l'affaire Barbé-Célor, Latour, qui a travaillé sous la direction directe de Célor, se retrouve sur la sellette. Il doit s'expliquer sur ses relations avec le groupe devant la commission Marty. En janvier 1932, il entre à l'Humanité comme gardien, poste qu'il occupe encore en juin 1932. Il continue à militer à Saint-Ouen dont il devient le secrétaire de rayon en juillet 1933.

Malgré sa disgrâce, il continue à s'occuper du travail d'autodéfense. À la fin 1931, il participe ainsi à l'enquête sur Charles Loret, militant accusé d’appartenir à la police, mais en réalité proche de l'opposition trotskiste. Latour rencontre aussi Duclos pour rendre compte du travail d'autodéfense et de pénétration au sein de la police et des gardes mobiles. Dans une note de 1934, une série de reproches tombe sur Latour, notamment ses liaisons avec Célor avec qui il a travaillé, l'appartenance passée de son frère à la police des chemins de fer de l'État. Concernant ce sujet, Latour écrit à Thorez , dès 1931, pour demander à être relevé de ses fonctions afin d'éviter que cette appartenance ne nuise au parti. Il lui est aussi reproché d'avoir fait embaucher à l'Humanité en 1927 un certain Le Gloannec qui s'est révélé être un escroc. L'auteur de la note demande qu'il soit relevé de ses responsabilités à l'autodéfense et de tout travail spécial, pour le mettre au travail de masse où il sera surveillé. Derrière ces accusations, se cachent des désaccords politiques plus sérieux, les positions de Latour semblant, en effet, proches de celles de Doriot. Ainsi, lors du comité central du 24 janvier 1934, Lepreux, dirigeant de la région Paris-Nord, expose les problèmes rencontrés par le parti à Saint-Ouen et annonce qu'ils sont en voie de liquidation, après avoir démasqué l'existence d'un groupe opposé à la ligne, groupe dirigé par Armand Latour qui s'est opposé, dans la pratique, aux consignes concernant le front unique et la lutte contre les municipalités pupistes de Seine et Oise, et propose, lors des réunions des militants, des actions en désaccord avec la ligne. La direction de Paris-Nord mène alors un travail auprès des militants qui estiment que Latour a les capacités pour gérer le rayon, afin de l'isoler, tandis qu'une commission d'enquête est désignée pour proposer des sanctions. L'influence de Latour semble particulièrement importante parmi les jeunes, obligeant la direction de Paris-Nord à reconstituer une nouvelle JC, après avoir liquidé l'ancienne sous l'influence de Latour.

Après cette épisode, le destin de Latour devient de plus en plus imprécis. Son nom réapparaît pourtant sur la liste noire n°2 de 1943 « vivant six passages des Écoles à Paris XVème. Libéré de Pithivier après son adhésion au PPF ou POP. Traître au Parti et à la France ». Cette note laisse à penser que Latour serait resté membre du PCF jusqu'au moment où il aurait été arrêté au début de la guerre. Il ne fait plus parler de lui par la suite et le reste de sa vie est plongé dans une obscurité quasi-totale. Les seuls renseignements disponibles sont fournis par son acte de décès qui mentionne un premier mariage le 9 février 1935 avec Léa Bourreau et un second, le 20 septembre 1947 à Paris, avec Léonie Lavergne dont il divorce en 1975, avant de mourir le 25 avril 1982 à Saint-Nazaire.

 

Sources principales: Centre des Archives contemporaines (Fontainebleau): 1994057 art 176; Archives d'Etat russe d'histoire politique et sociale (RGASPI-Moscou): 495/270/4479, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et du mouvement social, Tome 7, éditions de l'Atelier, Paris, 2011.

 

Illustration: Latour croqué dans l'Humanité du 5 mai 1925.

 

David François.

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9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")