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12 avril 2013 5 12 /04 /avril /2013 07:42

Krisztian Ungvary, Battle for Budapest, 100 Days inWorld War II, OB. Tauris, 2003.

 

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Voici un livre d'universitaire qui étudie un sujet largement négligé: la prise de Budapest pat les Soviétiques au tournant de l'année 1944-1945. L'Armée rouge progresse alors de manière irrésistible face à une Wehrmacht qui résiste désespérément jusqu'à sa destruction avec ici comme toile de fond le martyre d'une ville qui est une des capitales historiques de la culture européenne. Remarquons d'abord que le travail de l'auteur repose en grande partie sur les témoignages de participants hongrois qui n'ont pu s'exprimer qu'après la chute du régime communiste en 1989.


La Hongrie a été l'alliée de l'Allemagne et des troupes hongroises sont donc partis dès 1941 se battre en Russie au coté de la Wehrmacht. Quand, après Stalingrad, l'éventualité d'une défaite du IIIe Reich, devient de plus en plus probable, la Hongrie se retrouve alors sur la liste noire de Staline avec la Finlande et la Roumanie. Pourtant quand le front atteint Budapest en décembre 1944, le drame de la Hongrie est en partie déjà joué. En effet au début de l'année, quand les troupes soviétiques se rapprochent de la frontière, le régent Horthy, qui gouverne le pays depuis 1919, songe à négocier avec les Alliés occidentaux. Au courant, les Allemands envahissent alors le pays pour mettre fin à toute possibilité d'une défection hongroise. Les nazis profitent aussi de l'occasion pour déporter la communauté juive hongroise, la dernière qui avait échappé jusque là à la Solution finale. En octobre, quand Horthy tente une dernière fois de s'entendre avec les Alliés pour sortir son pays du conflit, les Allemands le renversent et mettent au pouvoir Ferenc Szalasin le chef du mouvement fasciste des Croix fléchées.


En décembre 1944, la bataille de Budapest se joue donc avec des Hongrois spectateurs du drame qui les touche. Les Allemands sont devenus brutaux avec leur ancien allié. Ils se déchirent également pour la primauté entre Wehrmacht et Waffen SS dans un désordre bureaucratique caractéristique de la fin du nazisme. Les Soviétiques quand à eux se battent avec un mélange d'ingéniosité et de brutalité où domine l'absence de considération pour les pertes humaines. Les quelques troupes hongroises qui défendent la capitale sont sous-équipées et totalement subordonnés aux Allemands, ce qui n'est pas fait pour remonter le moral des hommes.


L'auteur décrit particulièrement bien les opérations militaires qui marquent la prise de Budapest. Après une tentative ratée de pénétrer dans la ville à la fin de l'automne, les Soviétiques mènent avec succès en décembre une opération d'encerclement, modèle classique de l'art opérationnel soviétique. Les tentatives allemandes pour porter secours aux assiégés échouent en janvier, de même que la tentative de sortie de février avant la chute de la ville. La description des opérations à l'intérieur de la ville est très détaillé et nécessite même de consulter régulièrement un plan pour suivre le déroulement des combats.


L'auteur décrit bien aussi la confusion qui s'empare de la population de Budapest pour qui la rapidité de l'encerclement menée par les 2e et 3e fronts ukrainiens interdit toute possibilité d'évacuation. Le million d'habitants se cachent alors dans les immeubles que les armées se disputent. Les habitants sont aussi les victimes des atrocités commises par les Croix fléchées puis par des Soviétiques qui se livrent au pillage et au viol.


Le lecteur peut parfois regretter des longueurs mais le livre est d'importance en réhabilitant un épisode peu connu de la fin du Second conflit mondial en Europe. Les sacrifices d'une armée hongroise qui défendait le sol de sa patrie mais qui en réalité ne faisait que jouer les seconds rôles symbolisent parfaitement le drame des petites nations de l'Europe orientale prises dans un conflit titanesque qui les a dépassés du début à la fin.

 

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")