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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 07:08

Patrick Fort, Après nous, Editions Arcane, 2016.

Un « Espagnol rouge »

Ce n’est pas sans une certaine appréhension que nous avons ouvert le livre que Patrick Fort consacre à Celestino Alfonso. Depuis quelques années, en effet, la fiction s’est emparée des combattants FTP-MOI de la tristement célèbre Affiche rouge. Ainsi depuis 2009, ils ont été les protagonistes d’un film de Robert Guédiguian, d’un polar de Didier Daenincks, du livre d’Alain Blottiére sur Tomas Elek, de celui de Marie-Florence Ehret sur Olga Bancic, d’une bande dessinée sur Marcel Rayman. Cette profusion pouvait laisser craindre l’apparition dans le domaine éditorial d’un « filon » charriant le bon grain mais surtout le mauvais ivraie, celui qui naît de la facilité et de la caricature. Tel n’est heureusement pas le cas du livre de Patrick Fort, ni d’ailleurs des auteurs cités précédemment.

 

L’auteur retrace les derniers mois de la vie de Celestino Alfonso, de son arrestation à sa mort le 21 février 1944. Chaque chapitre est donc l’occasion de décrire une nouvelle étape du chemin qui mène le résistant à sa fin mais également d’analepses qui racontent son parcours avant son arrestation. Et ce destin possède quelques singularités peu connues que l’auteur met en lumière. Ainsi, si Celestino Alfonso est bien né en Espagne, il n’arrive pas en France à la fin de la guerre civile espagnole comme de nombreux compatriotes qui s’engageront dans la Résistance, mais au début des années 1930, avec sa famille, alors qu’il n’est encore qu’adolescent. Il découvre alors la banlieue ouvrière de Paris, en l’occurrence Ivry-sur-Seine, et s’intègre en trouvant un travail et en militant au sein de la Jeunesse communiste à partir de 1934. Mais quand son Espagne natale devient la proie de la guerre civile, Alfonso se porte volontaire dans les Brigades internationales. Quand il rentre définitivement en France, en février 1939, il est interné au camp de Saint-Cyprien dont il s’évade pour rejoindre sa famille.

 

Quand il s’engage dans la Résistance, Alfonso est en effet marié et père d’un petit garçon. S’il n’est pas le seul dans ce cas, cette situation semble plutôt minoritaire au sein des groupes FTP-MOI de la région parisienne. Patrick Fort raconte alors les ennuis d’Alfonso qui, pour cacher ses activités clandestines, doit mentir à son épouse, provoquant ainsi disputes et suspicions. En effet, Alfonso n’est pas un clandestin, il mène une double vie, partagé entre son emploi et ses activités résistantes. Son arrestation a ainsi lieu au moment où il rentre de son travail pour retrouver sa famille, ce qui permet à Patrick Fort d’offrir au lecteur le récit poignant de l’instant où Alfonso aperçoit les siens pour la dernière fois sans même pouvoir leur faire un signe ou leur lancer un au revoir.

 

Loin de tomber dans la facilité de l’héroïsation de son personnage, l’auteur nous dépeint un Celestino Alfonso profondément humain, plein de doutes et d’angoisses, meurtri de ne pas voir les siens, ni de recevoir de leurs nouvelles quand il est en prison. Il revient également sur les différentes actions d’Alfonso dans la lutte armée, notamment l’exécution de Julius Ritter et prend soin de ne pas donner une image totalement négative des Allemands. La bonté de l’abbé Stock « l’archange des prisons » et le courage du sous-officier qui a pris, à la dérobée, des photos de l’exécution des membres de l’Affiche rouge répondent à la brutalité des policiers français qui torturent Alfonso pour montrer que la barbarie et l’humanité n’ont pas de patrie.

 

Au final, voici un livre à la fois sobre, émouvant et bien documenté sur cet « Espagnol rouge » qui donna sa vie pour la France le 21 février 1944 au côté de 21 de ses camarades.

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")