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28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 07:00

Marcus Klingberg, Le dernier espion, Nouveau Monde, 2015

Klingberg, le savant israélien au service de l’URSS

Marcus Klingberg est certainement le plus important agent soviétique ayant opéré en Israël. Ses mémoires sont parus en France en avril 2015, quelques mois seulement avant son décès à l’age de 97 ans en novembre de la même année, sont un témoignage précieux pour comprendre ce qu’a pu représenter le communisme pour les générations nées au début du 20e siècle.

 

Klingberg est né en 1918 dans une famille juive orthodoxe de Varsovie. En réaction à l’antisémitisme qu’il découvre concrètement lorsqu’il entame ses études de médecine en 1935, il se positionne politiquement à gauche. En 1939, il fuit la Pologne occupée par la Wehrmacht pour rejoindre l’URSS et poursuivre ses études à Minsk. C’est dans cette ville qu’il est surpris par l’attaque allemande du 22 juin 1941. Le jour même, il s’engage dans l’Armée rouge comme médecin militaire avant d’être blessé en octobre. Il reprend ses études et devient épidémiologiste en 1943. À la fin de la guerre il est capitaine de l’Armée rouge et chef du département d’épidémiologie de la République soviétique de Biélorussie.

 

De retour en Pologne où il apprend que sa famille a disparu dans le camp de Treblinka, il se marie et devient un responsable du département d’épidémiologie du ministère de la Santé. Son épouse, survivante du ghetto de Varsovie, ne souhaitant plus vivre en Pologne, le couple s’installe dès 1946 en Suède. Deux ans plus tard, il part pour Israël où il sert comme médecin dans l’armée. En 1957, Klingberg devient le directeur adjoint de l’Institut de recherche biologique qui travaille en particulier sur les armes chimiques et biologiques. Scientifique reconnue, il devient professeur à l’Université de Tel-Aviv et participe à des commissions internationales de chercheurs.

 

Cette brillante carrière est soudainement interrompue en 1983 par son arrestation par le Shin Beth, le service israélien de contre-espionnage, à la suite des révélations d’un agent double. Longuement interrogé, Klingberg craque et reconnaît son activité d’espionnage au profit de l’URSS. Il a été contacté à la fin des années 1950 par le KGB par un certain Victor qui devient son agent traitant. Jusqu’en 1967, Klingberg livre des renseignements ultra-secrets aux Soviétiques sur le programme d’armement biologique et chimique en Israël. Il perd le contact avec le KGB après la guerre des Six-Jours qui entraîne la rupture des relations diplomatiques entre Moscou et Tel-Aviv. Il renoue avec les Soviétiques au début des années 1970 lors de différents voyages en Europe dans le cadre de l’Organisation mondiale de la Santé.

 

Jugé par la Cour Suprême d’Israël, Klingberg est condamné à 30 ans de prison. Pendant une dizaine d’années, il est au secret sous un faux nom dans une prison de haute sécurité. En 1998, il est libéré mais assigné à résidence. Il ne retrouve sa liberté qu’en 2003 et quitte alors Israël pour s’établir auprès de sa famille à Paris où il termine ses jours.

 

Le livre de Marcus Klingberg ne se lit pas comme un roman d’espionnage, car la réalité de l’espionnage est bien plus prosaïque que la fiction. C’est d’ailleurs ce qui fait la force de ce livre. L’auteur raconte ainsi en détail les étapes de son recrutement qui se déroule de manière progressive sur plusieurs années alors que Klingberg n’a pas encore accès à des secrets d’État. Il révèle également les différents procédés de communication utilisés entre lui et son agent traitant, procédés qui peuvent parfois apparaître rudimentaire mais qui n’en sont pas moins efficaces. En effet si dès 1963, le Shin Beth soupçonne Klingberg de travailler pour l’URSS, il n’aura assez d’élément pour l’arrêter qu’au début des années 1980.

 

L’aspect le plus intrigant de l’ouvrage de Klingberg concerne les motivations de son auteur. Citoyen israélien ordinaire et scientifique de renommée internationale, il est un modèle de réussite sociale au-dessus de tout soupçon. Il n’espionne pas pour l’argent, n’est l’objet d’aucun chantage, ni n’agit par haine de son pays. À l’instar des grands espions comme Kim Philby ou Klaus Fuchs, Klingberg a agit par idéalisme et par reconnaissance envers une Union soviétique qui a vaincu le nazisme et qui, lui offrant un abri en 1939, lui a sauvé la vie. Cela au risque de tout perdre mais sans regret, ni remords.

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9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")