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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 07:18

Le 31 juillet 1937, l’armée impériale japonaise se lance à la conquête de la Chine et débute une guerre qui ne s’achève qu’en 1945 à la suite des bombardements atomiques sur Hiroshima et Nagasaki. Malgré la création d’un front uni entre les communistes de Mao Tsé-toung et les nationalistes de Tchang Kaï-chek, les Chinois sont en position de faiblesse devant la supériorité technique des troupes nippones. Pour résister, ils ont besoin d’une aide extérieure. À partir de 1942, cette aide est essentiellement américaine, mais dès les premiers mois de la guerre et jusqu’en 1941, la Chine reçoit principalement l’aide de l’Union soviétique, une aide qui privilégie paradoxalement les nationalistes plutôt que les communistes chinois.

 

 

L'occupation japonaise en Chine en 1940

L'occupation japonaise en Chine en 1940

Retournement d’alliances.

Tout au long des années 1930, la politique étrangère de l’URSS est marquée par la crainte devant les ambitions japonaises en Extrême-Orient. La conquête de la Mandchourie en 1931 par l'armée impériale inquiète à Moscou qui n’a pas oublié l’intervention japonaise en Sibérie durant la guerre civile russe. L’Empire du Japon demeure donc une menace sérieuse pour l’URSS comme elle le fut jadis pour l’Empire tsariste.

 

Quand les Japonais attaquent la Chine en juillet 1937, l’Union soviétique décide d’apporter son aide aux Chinois. Mais Staline qui se méfie des communistes chinois et de Mao Tsé-toung en particulier se tourne vers les nationalistes de Tchang Kaï-chek. Privilégiant l’intérêt national russe, il cherche ainsi à affaiblir le Japon, mais surtout, conscient des faiblesses militaires chinoises, il veut éviter un effondrement rapide de la Chine qui laisserait à l’armée japonaise les mains libres pour se tourner vers la Sibérie.

 

Ce rapprochement avec Tchang Kaï-chek représente un tournant dans la politique étrangère soviétique puisque à la suite de la rupture entre le parti nationaliste du Kuomintang et le Parti communiste chinois en 1927, les relations sino-soviétiques sont rompues. Elles ne recommencent officiellement qu’en décembre 1932 après des années d’hostilité marquées par le conflit armé de 1929. L’invasion japonaise accélère le processus. La Chine et l’URSS signent un pacte de non-agression le 21 août 1937 et mettent en place une coopération militaire. Les premières négociations entre militaires des deux pays débutent à Moscou en septembre 1937 et dès octobre les Soviétiques acceptent de fournir 225 avions de combat aux Chinois. Alors que les accords sur l’aide militaire ne sont officiellement signés que le 1er mars 1938, à cette date, les Soviétiques ont déjà livré 282 appareils aux troupes de Tchang Kaï-chek. Le poids de cette aide est loin d’être insignifiante puisque si à la fin de 1937 les Chinois ne disposent que de 20 avions en état de vol, ils en possèdent, grâce aux Soviétiques, près de 500 au début 1938.

 

L’aide militaire soviétique aux nationalistes chinois marque aussi un tournant dans la politique militaire chinoise. Depuis le début des années 1930, l’armée chinoise nationaliste bénéficie en effet de l’expérience d’experts militaires allemands comme les généraux Hans von Seekt ou Alexander von Falkenhausen. Ces derniers sont d’abord venus individuellement en Chine mais en 1937 ils sont officiellement reconnus comme appartenant à la mission militaire de la Wehrmacht à Pékin qui comprend alors prés de 70 militaires. Par la suite, le rapprochement entre l’Allemagne et le Japon et surtout la reconnaissance par Hitler de l’État du Mandchoukouo, un satellite du Japon installé en Mandchourie, enveniment rapidement les relations entre la Chine et le Reich. Au début de 1938, prenant comme prétexte l’arrivée en Chine d’experts soviétiques, l’Allemagne rappelle sa mission militaire. La place est désormais libre pour que les Soviétiques deviennent les tuteurs de l’armée nationaliste chinoise.

 

 

Conseillers militaires et blindés soviétiques en Chine.

En 1937-1938 ce sont prés de 300 experts et 5 000 techniciens soviétiques qui se succèdent en Chine. Il y a des pilotes, des tankistes, des spécialistes en armement, des médecins, des officiers d’État-major. Parmi les experts les plus importants se trouvent des généraux comme Pavel Rybalko, Vassili Kazakov, Vassili Tchouïkov ou Andreï Vlassov. Le poste de conseiller militaire en chef auprès du commandement chinois est confié au général Mikhaïl Dratvine qui est également de novembre 1937 à août 1938 attaché militaire à l’ambassade soviétique. Par la suite, lui succède le général Alexandre Cherepanov d’août 1938 à août 1939, Kouzma Kachanov de septembre 1939 à février 1941 et Tchouïkov de février 1941 à février 1942. Au poste d’attaché militaire se retrouve en 1938-1940, Nikolaï Ivanov et Rybalko et en 1940-1942 le général Tchouïkov.

Le général Vlassov, conseiller soviétique en Chine en 1938-1939

Le général Vlassov, conseiller soviétique en Chine en 1938-1939

L’aide soviétique est acheminée vers les ports chinois via l’Indochine et la Birmanie, c'est la route dite du sud, ainsi que par voie aérienne depuis Alma-Ata, la route du nord. Les deux premiers navires de matériel quittent Sébastopol à la mi-novembre et n’atteignent Haïphong et Hong-Kong que fin janvier. L’URSS expédie ainsi à la Chine nationaliste 985 avions, 82 chars de type T-26, 1 317 pièces d’artillerie, 1 550 camions, 30 tracteurs, 14 000 mitrailleuses, 164 millions de cartouches, près de 2 millions d’obus et plus de 80 000 bombes. Avant 1941, ce sont prés de 265 avions et d’autres matériels militaires qui sont livrés à la Chine, un soutien indispensable pour maintenir les capacités de combat de l’armée chinoise, notamment dans l’aviation ou les unités mécanisées.

 

En août 1938, les 82 chars T-26 livrés par Moscou permettent la formation de la 1ere division mécanisée dirigée par le major Chesnokov. Cette division se transforme par la suite en 5e armée mécanisée, renforcée par des véhicules blindés de type BA de fabrication soviétique, qui participent aux combats dés octobre 1938 sous les ordres du major Belov. Les instructeurs soviétiques jouent également un rôle important dans la formation technique des officiers d’artillerie chinois et l’entraînement des officiers d’infanterie. Ils sont aussi nombreux à participer aux combats surtout dans les unités blindées et l’artillerie. Mais c’est dans le domaine aérien que l’aide soviétique se révèle d’une grande importance.

T-26 soviétiques livrés à la Chine

T-26 soviétiques livrés à la Chine

L’opération Z.

L’industrie aéronautique chinoise est embryonnaire dans les années 1930 et les appareils en service dans l’armée nationaliste sont de différents modèles étrangers et le plus souvent obsolètes. À l’été 1937, les Chinois possèdent 600 appareils dont 300 chasseurs mais seulement la moitié est en état de combattre. Si les pilotes chinois se battent courageusement, leurs pertes sont très élevées face à des Japonais dont les appareils sont techniquement largement supérieurs. Ainsi, durant les premières semaines de guerre, les Chinois perdent la plupart de leurs bombardiers. En octobre, ils n’ont plus que 130 appareils en état de marche et moins d’une cinquantaine en novembre.

 

C’est dans cette période critique pour l’aviation nationaliste que l’opération Z, l’envoi de volontaires soviétiques en Chine, débute. Le commissaire du peuple à la Défense, Kliment Vorochilov, réunit alors les meilleurs pilotes volontaires et envoie en Chine une escadrille de 62 Polikarpov I-16 et une escadrille de 31 bombardiers Tupolev SB. La plupart des volontaires pensent alors qu’ils vont partir pour l’Espagne. Le 21 octobre, ils quittent Moscou en train, habillés en civil, pour se rendre à Alma-Ata.

 

Les Soviétiques vont livrer aux Chinois dans les années à venir des bombardiers rapides SB, des chasseurs Polikarpov I-15 et I-16, des bombardiers lourds Tupolev TB-3, des bombardiers à longue distance Iliouchine DB-3. Ces appareils permettent de contrer et de répondre aux attaques aériennes japonaises avec du matériel de qualité et des équipages expérimentés, composés de pilotes soviétiques ayant servi en Espagne et possédant donc une expérience du combat supérieurs à celle des Japonais.

 

Le 23 septembre 1937, Vorochilov ordonne d’organiser le convoyage des bombardiers par une « route spéciale » depuis Irkoutsk en passant par Oulan-Bator et Dalandzadagad en Mongolie jusqu’à Lanzhou en territoire chinois. Trente et un SB sont dispersés depuis Irkoutsk le long du Transsibérien, où l’usine d’aviation n° 125 est chargé de leur assemblage. L’ensemble de ce groupe doit être acheminé en Chine par la 64e brigade aérienne sous les ordres du colonel Tkhor. La liaison entre Alma-Ata et la Chine est particulièrement difficile dans les régions montagneuses et désertiques du nord-ouest chinois. Les quelques terrains d’aviation improvisés qui s’y trouvent, incapables d’accueillir les bombardiers lourds SB, manquent de moyens de communication et sont dépourvus de services météorologiques pour aider les pilotes.

 

Une fois arrivée en Chine, les avions soviétiques, le plus souvent chargés à l’excès de personnels et de matériels, font face au manque d’installation technique nécessaire pour les réparations ou l’approvisionnement. Ainsi les bombardiers DB-3 qui ont besoin de 1 500 litres de carburant nécessitent la mobilisation de 200 à 300 paysans locaux pour porter les bidons d’essence nécessaire à leur ravitaillement. Les conditions climatiques posent également des problèmes entre les fortes pluies sur des terrains non drainés qui se transforment en marécages ou les chutes de neige qui empêchent les atterrissages normaux. Les bases chinoises disposant de pistes en dur, de hangars, de dépôts d’essences et d’ateliers de réparation sont connus des Japonais qui ont pris soin de les bombarder pour les rendre inutilisables.

Chasseurs I-16 soviétiques

Chasseurs I-16 soviétiques

Les 10 premiers SB partent de Moscou le 17 septembre suivis par 16 autres appareils le 24 et 5 le 27. Les conseillers soviétiques dans le domaine aérien envoyés en Chine sont alors les colonels Grigori Tkhor, Pavel Rychagov et Fiodor Polynine. Ils dirigent une mission qui se compose de 447 militaires : des pilotes, des techniciens, des ingénieurs, des mécaniciens, des opérateurs radio, des météorologues, du personnel au sol, des médecins. En février 1939 ce sont près de 700 pilotes soviétiques qui servent en Chine avec le statut de volontaire.

 

L’aide aérienne soviétique ne cesse de se renforcer jusqu’à la fin de 1937. Fin octobre, 4 TB3 partent pour la Chine. Au 7 novembre, 27 SB et 6 TB3 quittent Alma-Ata. L’escadrille d'I-15 sous les ordres du capitaine Blagoveschenski rejoint la Chine en trois groupes de novembre à décembre. À son arrivée, elle est intégrée dans le 4e groupe aérien chinois stationné à Shanghaï puis à Nankin. Les pilotes chinois du 4e groupes abandonnent quant à eux leur vieux Curtiss Hawk 3 américains au profit de I-16 à la fin septembre 1937. La formation de ces pilotes ne débute à Lanzhou que début décembre. Dans d’autres villes chinoises s’ouvrent également des écoles d’aviation et de mécanique où enseignent les spécialistes soviétiques. Parfois ce sont des pilotes de chasse eux-mêmes qui dans les périodes de calme assurent l’enseignement sur des I-16. Au printemps 1938, 200 pilotes chinois se rendent également en URSS pour être formé dans des écoles de pilotage. Les Soviétiques forment aussi des communistes depuis l’hiver 1937. Zhu De, commandant des troupes communistes, envoie ainsi 43 soldats de la 8e armée rouge à l’école de pilotage du Xinjiang. Ces derniers formeront à partir de 1949, les cadres des forces aériennes de l’Armée populaire de libération.

Bombardiers TB-3

Bombardiers TB-3

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9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")