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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 07:47

Franck Liaigre, Les FTP: Nouvelle histoire d’une Résistance, Perrin, 2015

Les FTP, nouvelle approche de l'histoire de la Résistance communiste

Organisation incontournable dans l’histoire de la Résistance française, objet de dénigrement ou figure de légende héroïque, les Francs-Tireurs et Partisans ont longtemps été les parents pauvres de l’historiographie. La chose est en partie réparée avec l’ouvrage, issu d’une thèse, que leur consacre Franck Liaigre. Nous disons en partie, car l’auteur concentre l’essentiel de son étude sur la création et l’action des FTP dans les villes de la zone occupée durant la période 1941-1943. Le lecteur trouvera donc peu de choses sur les maquis, l’action des FTP dans le sud du pays ou sur la période de la Libération. Il est vrai que traiter ces sujets aurait nécessité de consulter une masse énorme de documents d’archives en plus de l’impressionnant corpus documentaire déjà utilisé par Franck Laigre.

L’auteur montre avec précision le processus de formation des FTP, issus de la fusion entre l’Organisation spéciale (OS) du PC, les Bataillons de la jeunesse et l’OS de la Main d’œuvre immigrée. Loin d’être le fruit d’une spontanéité militante, les FTP naissent de la volonté de la direction du PCF de répondre à la demande de Moscou de mener une lutte de partisans en France contre la Wehrmacht après l’invasion de l’URSS en juin 1941. Les dirigeants du PCF désignent pour cela certains cadres en raison de leur expérience de la clandestinité comme Charles Tillon ou Pierre Georges pour trouver des combattants en région parisienne et en province et former les premiers détachements de la lutte armée. Ces responsables font alors appel à leurs réseaux militants constitués avant la guerre. Ainsi à Dijon, Lucien Dupont fait appel à ses anciens camarades de classe ou aux membres du club sportif qu’il a fréquenté quelques années plus tôt. Ces premiers noyaux FTP se caractérisent par leur grande fragilité, l’étroitesse de leur recrutement les rend en effet particulièrement vulnérables aux coups de la police, le cloisonnement des groupes est sans effet quand la majorité des combattants sont des vieux « copains » dont les identités sont connues de chacun des membres.

Les FTP ne regroupent au final qu’une petite minorité des militants communiste, quelques dizaines dans les villes de province et même pas une centaine en région parisienne. À la peur de la répression s’ajoute souvent le rejet du terrorisme individuel pour expliquer la réticence des militants à s’engager dans les FTP. La direction du PCF en est particulièrement consciente puisqu’elle prend bien soin de ne pas revendiquer certains attentats comme celui du métro Barbés en août 1941 ou celui de Nantes en octobre qui entraîne la fusillade de nombreux otages dont ceux du camp de Chateaubriand. Cette répugnance militante face aux attentats individuels liée à l’efficacité de la répression anticommuniste, essentiellement menée par les Brigades spéciales de la Préfecture de police de Paris et les brigades régionales de la police judiciaire, maintient les FTP dans un état groupusculaire dans les villes.

La faiblesse numérique des FTP, sans oublier la pauvreté de leurs armements, explique en grande partie le peu d’efficacité de la lutte armée urbaine. Selon Franck Liaigre, seulement 75 soldats allemands sont tués à Paris de juin 1941 à la Libération et moins de 500 pour l’ensemble du pays. Les sabotages, s’ils sont plus nombreux que les attaques directes, ne parviennent pas non plus à perturber le fonctionnement de la machine de guerre allemande. La formation des maquis donnera sur ce point un second souffle aux FTP, la guerre de partisans prenant alors le relais d’une guérilla urbaine anémique.

L’auteur n’oublie pas dans son ouvrage de traiter largement du quotidien des résistants communistes mais également de la question des exécutions des collaborateurs et des « traîtres » au Parti, ainsi que des moyens dont les FTP usent pour survivre matériellement avec les braquages de mairies ou de bureaux de poste, flirtant parfois avec le banditisme pur et simple. Il livre ainsi un tableau documenté de la vie quotidienne des FTP, une histoire au ras du sol où se mêlent sacrifice, héroïsme, maladresse, peur, échec et qui a le mérite de rendre aux combattants des FTP une humanité aussi éloignée que possible des légendes noires ou dorées.

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")