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10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 07:29

Frédéric Charpier, L'agent Jacques Duclos. Histoire de l'appareil secret du Parti communiste français (1920-1975), Le Seuil, 2015.

Jacques Duclos et la face cachée du PCF

La vie de Jacques Duclos se confond avec l’âge d’or du communisme français. Adhérent du PCF dès le congrès de Tours en 1920, il suit la première école des cadres du Parti à Bobigny en 1924 avant d’être élu député de la Seine et membre du comité central en 1926. À partir de ce moment-là il ne quitte plus la direction du PC jusqu’à sa mort en 1975.

 

Jacques Duclos effectue son premier voyage à Moscou en 1930 où il est remarqué par la direction du Komintern. Il devient dès le début des années 1930, le second de Maurice Thorez mais surtout l'homme du Komintern en France. Fidèle stalinien, il entérine et fait appliquer au sein du PCF les différents tournants politiques imposés par Moscou. Il est à la manœuvre lors du Front populaire avant de soutenir le pacte germano-soviétique et de diriger le PCF clandestin durant la guerre. Après la Libération il appuie successivement la politique d'ouverture du PCF puis le tournant de la guerre froide. Il atteint l'apogée de son influence entre 1950 et 1964 quand la maladie de Thorez oblige celui-ci à de nombreux séjours en URSS. Après 1964, Duclos perd quelque peu de son poids dans le PC avant de se retrouver candidat à l'élection présidentielle de 1969 où il obtient plus de 20 % des suffrages ! Sa mort en 1975 est l'occasion d'une des dernières grandes manifestations communistes en France puisque son cercueil est suivi par une foule de plus de 200 000 personnes et par l'élite du communisme international.

 

Frédéric Charpier, s'il suit les étapes de la carrière de Duclos, met en avant la face cachée de son action politique. Homme de confiance du Komintern, rompu à l'art de la clandestinité, il joue un rôle central dans l'organisation de l'action antimilitariste communiste, dans la formation des groupes de combat, dans la lutte contre le trotskisme puis le titisme après guerre, dans le financement du PCF, dans l'organisation de l'aide à l'Espagne républicaine. Pendant l'occupation, il supervise les négociations avec les Allemands pour la reparution de l'Humanité, puis après l'invasion de l'URSS la lutte armée qui débute avec l'attentat du métro Barbés. Il est également au cœur des purges qui frappent la direction du PCF, notamment dans les années 1950, avec les exclusions de Marty, Tillon et Lecoeur. Œil de Moscou au sein du PCF, l'auteur rappelle que Duclos a lui-même failli être victime des purges stalinienne à la fin des années 1930.

 

Le livre de Frédéric Charpier aurait pu être la biographie de référence sur Jacques Duclos. Hélas presque aucune source n'est citée. Si l'auteur tient à remercier ceux qui lui ont donné accès à des archives des services de renseignements français, britanniques et américains, les documents utilisés ne sont pas signalés et quant à de rares exceptions ils le sont, le plus souvent issu des Archives nationales ou des archives de la Préfecture de police de Paris, il ne prend jamais le soin d'indiquer leur cote. Plus gênant à notre avis, à aucun moment il ne semble que l'auteur a effectué des recherches au sein des fonds du Komintern à Moscou ou même au sein des archives du PCF consultable aux archives départementales de Bobigny.

 

La bibliographie utilisée est quant à elle largement datée, la moitié des titres cités datent d'avant 1990. Pas une mention n'est faite aux travaux de Roger Bourderon, de Franck Liaigre et Jean-Marc Berlière, que l'auteur semble néanmoins connaître, pour la période de l'Occupation ni aux carnets de Marcel Cachin ou au journal de Dimitrov.

 

Ceci est d'autant plus dommageable que Frédéric Charpier fourni des informations sures, c'est le cas notamment pour un sujet que nous connaissons particulièrement bien, les groupes de défense antifascistes et le Front rouge. Il pointe également le projecteur sur des personnages importants de l'histoire du communisme mais qui reste encore dans l'ombre comme Rosa Michel.

 

En ne citant pas ses sources, l'auteur empêche que son ouvrage puisse servir de point de départ pour d'autres chercheurs. A titre personnel, concernant les groupes de combat communistes, que ce soit dans les années 20 ou au temps du Kominform, cela nous interdit d'aller à notre tour consulter ces documents. La recherche historique est essentiellement un travail d'accumulation de connaissances où le chercheur s'appuie sur les travaux de ses prédécesseurs pour aller plus loin, explorer de nouveaux domaines ou interroger les documents déjà connus avec de nouvelles questions. Pour cela, le livre de Frédéric Charpier conduit, hélas, à une impasse.

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")