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26 janvier 2016 2 26 /01 /janvier /2016 07:13

La Révolution cubaine débute en 1953 avec l’attaque de la caserne de la Moncada par Fidel Castro. Cinq ans plus tard, la guerre d’usure que les révolutionnaires mènent contre le gouvernement de Fulgencio Batista porte ses fruits. Après une campagne d’été désastreuse, le dictateur cubain se trouve en difficulté et Castro sent que le moment est favorable pour lui porter le coup de grâce. Mais sur le chemin qui doit le mener à La Havane se trouve la ville de Santa Clara avec sa forte garnison bien armée. Castro confie alors à l’un de ses plus fidèles lieutenants, Ernesto Che Guevara, la tache de s’emparer de la ville. La bataille de Santa Clara devient la plus importante de toute la Révolution cubaine, ouvrant la route de La Havane à Castro et faisant entrer le Che dans le panthéon des révolutionnaires victorieux sur le champ de bataille.

Che Guevara et Fidel Castro

Che Guevara et Fidel Castro

La colonne de Guevara.

Les dirigeants de la révolution cubaine, après le piteux échec de la Moncada en 1953, rentrent clandestinement à Cuba en 1956 à bord du navire « Granma ». Après un débarquement raté, les survivants se cachent dans les montagnes de la Sierra Maestra au sud de l’île et organisent une guérilla qui se développe peu à peu. En 1958, Batista lance une vaste offensive contre les rebelles mais l’opération tourne à la catastrophe et démontre la faiblesse de la dictature. À la fin de 1958, le dictateur craint tellement pour son pouvoir qu’il n’hésite plus à appeler à des élections. Mais Castro, qui possède désormais l’initiative, est prêt à donner le coup de grâce au régime.

 

Castro envoie alors 3 colonnes sous les ordres de Jaime Vega, Camilo Cienfuegos et Che Guevara à la conquête du pays. La colonne de Guevara se met en marche le 28 décembre 1958 depuis le port côtier de Caibarién et prend la route en direction de Camajuani, qui se trouve entre Caibarién et Santa Clara. Le voyage se fait au milieu d’une foule de paysans en liesse et la prise de Caibarién, en seulement une journée, renforce la conviction des rebelles que leur victoire est imminente. Les troupes gouvernementales de la garnison de Camajuani ont en effet déserté leurs postes sans combattre permettant à la colonne de Guevara d’atteindre sans encombre Santa Clara. Les rebelles atteignent l’université, à la périphérie de la ville au crépuscule.

 

Le rapport de forces est en défaveur des insurgés. La garnison de Santa Clara compte 2 500 hommes et dix chars tandis qu’un millier de soldats sont également dispersés dans la ville. En outre un train transportant 400 soldats bien armés est en route pour la ville depuis La Havane. Face à ses forces gouvernementales, Guevara ne dispose que de 300 combattants épuisés par leur marche depuis les montagnes et les nombreuses escarmouches avec les troupes de Batista. Mais il peut compter sur le soutien de la population et sur la démoralisation des soldats du camp adverse.

 

Arrivé dans la ville, Guevara divise ses forces en deux colonnes. La colonne du sud est la première à rencontrer les forces gouvernementales commandées par le colonel Casillas Lumpuy. Le train blindé, envoyé par Batista pour renforcer la garnison locale en munitions, armes et effectifs arrive alors au pied de la colline de Capiro, au nord-est de la ville. Guevara dépêche là-bas son « escadron-suicide », commandé par Roberto Rodríguez, "El Vaquerito", pour capturer la colline, à l’aide de grenades à main et ainsi empêcher qu’elle ne devienne un point d’appui pour les soldats venant de la capitale. Les défenseurs de la colline se retirent rapidement mais le train blindé parvient à se déplacer et rejoint le centre de la ville.

 

Les rebelles qui ont pris position dans la ville sont quant à eux attaqués par des soldats et un char. L’aviation les mitraille, les obligeant à rester à couvert. La deuxième colonne rebelle, dirigée par Rolando Cubela, qui reçoit l'aide de civils qui fabriquent des cocktails Molotov, se lance dans une série d’escarmouches. Les deux garnisons militaires, celle de la caserne Leoncio Vidal et celle du régiment de la Garde rurale se retrouvent assiégées par les forces de Cubela malgré le soutien de l’aviation, des tireurs d’élite et des chars. De nombreux soldats sont alors démoralisés et certains ressentent de la sympathie pour les guérilleros.

Roberto Rodriguez, "El Vaquerito"

Roberto Rodriguez, "El Vaquerito"

La prise du train blindé.

Guevara sait que le succès de sa mission repose sur trois facteurs : le maintien de la garnison dans les casernes, la neutralisation des troupes arrivées par le train blindé et dont les soldats montrent une volonté de se battre, l’implication de la population civile. Dans la nuit du 28 au 29, les rebelles se déplacent dans la ville et prennent position pour le lendemain notamment afin de mettre hors d’état la voie ferrée. Ils reçoivent le soutien de la population qui élève des barricades afin d’entraver le déplacement des forces gouvernementales.

 

Le 29, les officiers qui dirigent le train de renforts décident de poursuivre leur route jusqu’à la caserne Leoncio Vidal pour se mettre à l’abri. Mais les rebelles ont saboté la voie, notamment avec l’aide des tracteurs de l’école d’agronomie, provoquant un déraillement qui renverse sur la voie trois wagons. Les hommes du Che se précipitent alors, tirent sur le train et l’attaquent avec des cocktails Molotov. Des wagons prennent feu. Les hommes prisonniers à l’intérieur se rendent rapidement.

 

La capture du train gouvernemental permet d’approvisionner les rebelles en armes notamment en bazookas, en mitrailleuses, en mortier. Ils mettent aussi la main sur un canon de 20 mm, 600 fusils et environ un million de cartouches. C’est une prise déterminante pour des rebelles mal armés et qui leur permet d’armer une partie des étudiants arrivés la veille en renfort. Les 350 soldats et officiers fait prisonniers se montrent surtout soulagés d’être en vie et n’hésitent pas à fraterniser avec les révolutionnaires. Par la suite, Batista affirmera que le train blindé a été livré par les officiers en échange d’argent, une version partagée par le chef rebelle Eloy Guttiérrez Menoyo.

 

Les militaires qui restent dans les casernes apprennent la capture du train blindé ce qui ne fait que miner leur volonté de se battre. Les demandes de renforts restent sans réponse car Batista veut conserver des troupes à La Havane pour défendre la capitale contre l'arrivée inéluctable des troupes de Castro.

Le train blindé après son déraillement

Le train blindé après son déraillement

La garnison capitule.

Les combats reprennent le 30 décembre, quand les hommes du Che, sous un feu nourri, s’emparent de la préfecture de police. Les policiers se défendent avec acharnement, car ils craignent la population, les semaines précédants l’arrivée des rebelles, la répression s’est déchaînée sur ceux suspectés de les soutenir entraînant emprisonnements et tortures. Le lendemain, l’ensemble des postes de police sont aux mains des rebelles qui ont alors le contrôle de la ville. Ne reste que la caserne Leoncio Vial à la périphérie de la ville où les soldats de Batista se sont retranchés.

 

Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, alors que La Havane fête le nouvel an, Batista quitte le pays après avoir pris connaissance de la situation à Santa Clara. Le 1er janvier 1959, la garnison, démoralisée, capitule sans conditions après que le Che a promis aux soldats et aux officiers qu’ils pourraient rentrer chez eux une fois désarmés. La bataille de Santa Clara prend fin et ouvre la route de La Havane aux barbudos.

Les séquelles des combats dans Santa Clara

Les séquelles des combats dans Santa Clara

La bataille de Santa Clara, engagement que l’on peut juger mineur, tant par le nombre de combattants engagés que par la faible intensité des combats, marque néanmoins un tournant dans la prise de pouvoir des rebelles. Elle démontre que les jours de Batista à la tête de Cuba sont comptés puisqu’un groupe de 300 rebelles, mal armé, parvient alors à briser sa ligne de défense la plus importante en dehors de La Havane. Le dictateur sait alors qu’il n’a plus aucun espoir de retourner la situation et le succès improbable des hommes du Che ne fait que hâter son départ en exil.

 

Les armes saisies par le Che à Santa Clara jouent également un rôle décisif dans les luttes de pouvoir qui suivent l’entrée des rebelles à La Havane. Au début de 1959, la Révolution cubaine agrège en effet différents groupes de mécontents qui pour certains ont des vues divergentes de celles de Castro concernant l’avenir du pays. Avec les armes prises à Santa Clara, le Che, qui est totalement fidèle à Castro, lui offre la force militaire la mieux équipée du pays lui permettant de prendre la direction du pays en position de force.

 

La prise de Santa Clara tient aussi une place importante dans la vie de Che Guevara. Elle contribue en effet largement à asseoir sa réputation chef militaire qui lui assure un certain prestige durant les années suivantes à Cuba et à l’étranger. Une réputation largement exagérée comme le montrera tragiquement par la suite ses fiascos militaires au Congo en 1965 puis en Bolivie en 1968.

Che Guevara lors de la bataille de Santa Clara

Che Guevara lors de la bataille de Santa Clara

Bibliographie.

-Dosal, Paul, Comandante Che: Guerrilla Soldier, Commander, and Strategist, 1956-1967, Pennsylvania State University Press, 2003.

-Bonachea, Ramon, Marta San Martin, The Cuban Insurrection: 1952-1959, Transaction Books, 1974.

-Kalfon Pierre, Che, Ernesto Guevara, une légende dans le siècle, Seuil, 1998.

-Paco Ignacio Taibo II, Ernsto Guevara connu aussi comme le Che, 2 volumes, Métallié-Payot, 2001.

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Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")