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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 06:40

Christian Chevandier, Été 44. L’insurrection des policiers de Paris, Vendémiaire, 2014

Des policiers insurgés.

L’histoire de la police est au cœur de nombreux ouvrages traitant de l’Occupation en France. Instrument de répression au service des autorités de Vichy mais aussi des Allemands, l’institution policière apparaît ainsi fortement compromise. Pourtant à l’été 1944, ce sont les policiers parisiens qui sont les fers de lance de la libération de la capitale.

 

Christian Chevandier montre que cet étonnant retournement s’inscrit dans une évolution souterraine : l’hostilité des policiers contre les Allemands ne cessent de grandir et s’exprime de nombreuses façons. Certains font preuves de mauvaises volontés lors des rafles des Juifs, d’autres n’interviennent pas lors des manifestations du 14 juillet 1944. La Résistance se développe au sein de la police. Des policiers entrent en clandestinité tandis que le 14 août, les représentants des trois principaux mouvement de résistance policier, dont le Front national de la police proche des communistes, lancent une grève générale pour le lendemain, grève qui est largement suivie. Le 19, environ 2 000 policiers en grève occupent la Préfecture de police de Paris et hissent le drapeau tricolore en plein Paris. La police vient de lancer l’insurrection qui conduit à la Libération de la ville. Une course de vitesse s’engage alors entre gaullistes, plutôt hostiles à l’insurrection, et partisans de cette dernière. Chaban-Delmas presse le général Koenig d’envoyer des troupes régulières sur Paris tandis que Parodi, représentant du général de Gaulle, intronise Charles Luizet comme nouveau Préfet de Police.

 

Les policiers combattent aux cotés des FFI puis des soldats français de la division Leclerc. Les combats pour la Libération de Paris font environ 5 000 morts dont 3 200 Allemands et un millier de FFI. La police compte ainsi 152 tués. Le 31 août, le gouvernement s’installe à Paris et a besoin de la police pour asseoir son autorité et mettre au pas les groupes armés issus de la Résistance et souvent proche du PCF.

 

Après la description du rôle de la police dans la Libération de Paris, l’auteur analyse ce groupe particulier, en en dressant un portrait sociologique et politique à travers l’étude des dossiers individuels des 152 policiers résistants tués durant les combats. La plupart sont né dans le nord de la France, dans des familles modestes. Ils sont entrés jeune dans la vie active et ont pour la plupart connu d’autres professions avant d’intégrer la police. Il montre ainsi que ce sont les gardiens de la paix et les petits gradés qui s’engagent le plus massivement dans la résistance, bouleversant au passage les hiérarchies traditionnelles. Leurs motivations ne sont pas idéologiques, la plupart ont subi la défaite et l’occupation comme une humiliation. L’insurrection leur apparaît donc comme un moyen de retrouver une dignité perdue.

 

L’auteur retrace également la mémoire de cette participation policière à la Libération, une mémoire mise à l’honneur par les autorités. De Gaulle a en effet besoin de la police pour assurer le maintien de l’ordre dans un pays en convalescence et cela nécessite d’effacer le souvenir du rôle de la police sous l’occupation pour lui substituer l’image de policiers combattants. La réhabilitation de la police passe par cette exaltation du rôle des policiers dans la Libération.

 

Les policiers français servirent donc à quelques mois d’intervalles à la fois Pétain et de Gaulle et si l’institution policière a collaborée, il est indéniable que des policiers ont résisté. Loin des stéréotypes et des anachronismes, Christian Chevandier met en perspectives et éclaire cette apparente contradiction qui fut alors celle de nombreux Français.

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communismeetconflits - dans Seconde Guerre mondiale Résistance

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")