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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 06:56

Le croiseur Aurore, immortalisé en 1928 par Sergueï Eisenstein dans son film « Octobre », reste un symbole de la Révolution d'Octobre, malgré le rôle minime qu'il joua dans l'événement. Ses trois cheminées se dressent depuis des décennies au-dessus de la Néva, au cœur de Leningrad redevenue depuis 1991 Saint-Pétersbourg. Passage obligé pour les touristes qui visitent la capitale de la Révolution russe, l'histoire du croiseur Aurore ne se résume pas à uniquement à l'Octobre Rouge mais raconte aussi l'histoire du 20e siècle russe.

 

Le croiseur Aurore, nommé en l'honneur de la frégate qui défendait la ville de Petropavlovsk-Kamchatski, pendant la guerre de Crimée a été conçu par Konstantin Ratnik, chef du chantier naval de Baltiisk. Sa construction, lancée le 23 mai 1897 à Saint-Pétersbourg, dure prés de 3 ans. Le navire est finalement baptisé dans la capitale des tsars le 11 mai 1900 avant d'entrer officiellement en service en juillet 1903. L'Aurore est un croiseur de 127 mètres de long sur 17m de large pouvant atteindre les 20 nœuds soit près de 40 km/h. L'équipage est alors composé de 20 officiers et 550 matelots.

 

Après un premier voyage en Méditerranée et en mer Rouge, le croiseur rejoint la flotte russe de la Baltique. Après les premières défaites russes lors de la guerre contre le Japon en 1904-1905, l'Aurore fait le voyage de la Baltique à la mer de Chine au sein de la deuxième division de croiseurs de l'escadre du Pacifique sous le commandement du contre-amiral Oskar Enkvist. Durant la bataille de Tsushima des 27 et 28 mai 1905, un désastre pour la flotte russe, l'Aurore, après avoir escorté un convoi, est touché par une torpille. Il est néanmoins l'un des rares navires russes à pouvoir échapper à la destruction sous les coups japonais et parvient à atteindre Manille pour être réparé.

 

A la fin de la guerre contre le Japon, l'Aurore devient un navire-école pour les cadets de la marine. A ce titre il effectue de nombreux voyages, faisant escale en Espagne, en Algérie, en Tunisie, en France, en Italie, en Turquie, en Crète, en Grèce. De l'automne 1909 à l'été 1910, il navigue dans le Pacifique, l'Atlantique, l'océan Indien, la Méditerranée. En novembre 1911 il participe même aux célébrations en l'honneur du couronnement du roi de Siam à Bangkok.

 

En 1914 quand éclate la Grande Guerre, l'Aurore intègre la deuxième escadre de la flotte de la Baltique. Il escorte des convois, réalise des missions de reconnaissance dans les golfes de Finlande et de Botnie, recherche des voies de passage pour contourner le blocus allemand de la Baltique. En 1916, l'Aurore sert une nouvelle fois, provisoirement, de navire-école avant de participer à la défense du golfe de Riga où ses canons servent pour les tirs de barrage à terre. A l'automne, le navire regagne Petrograd pour effectuer des réparations. Au cours de cet hiver 1916-1917 ses machines sont changées et il est armé de 14 canons de 153 mm, 4 canons de 76 mm, 3 lance-torpilles et 35 mines.

 

Stationné à Petrograd, l'Aurore se retrouve au début 1917 au milieu des événements révolutionnaires. Le 12 mars, des matelots se rassemblent pour demander au capitaine la libération de trois ouvriers propagandistes qui sont montés sur le navire. Pour les disperser, le capitaine Nikolski et le premier officier Ogranovitch tirent sur les marins en blessant quelques-uns. Le lendemain, les marins se mutinent et prennent le contrôle du navire. Le capitaine est tué et le premier officier blessé. Un comité révolutionnaire est alors élu où rapidement les bolcheviks dominent. Peu à peu les relations se normalisent entre les officiers et l'équipage. Si les officiers ne se mêlent pas de politique, les marins ne créent pas d'obstacles à la gestion du croiseur pour ce qui concerne le service, la discipline et le fonctionnement du navire.

L'Aurore en Méditerranée avant 1914.

L'Aurore en Méditerranée avant 1914.

En septembre 1917, l'élection du nouveau comité révolutionnaire de l'Aurore donne la majorité aux bolcheviks. Au début novembre, les réparations sur le navire sont terminées et ce dernier doit rejoindre le reste de la flotte. Mais les bolcheviks refusent et le Soviet de Petrograd ordonne que l'Aurore passe sous le commandement du comité militaire révolutionnaire qui prépare alors l'insurrection. Au matin du 7 novembre, les bolcheviks contrôlent les points stratégiques de Petrograd. Seul le Palais d'Hiver, où se trouve le Gouvernement provisoire leur échappe. Antonov-Ovseenko, l'un des dirigeants de l'insurrection, demande alors à l'Aurore de tirer à blanc. A 21h40, le croiseur exécute l'ordre qui donne le signal de l'assaut sur le Palais d'Hiver tout en minant le moral des derniers défenseurs. Pendant ce temps des groupes de matelots se rendent à terre pour assurer l'ordre tandis que la radio du croiseur diffuse sur les ondes un appel de Lénine aux peuples de Russie.

 

Fin novembre 1917, l'Aurore rejoint Helsinki puis Cronstatd en décembre. En juillet 1918, le croiseur et d'autres navires reçoivent la mission de protéger Petrograd contre une éventuelle attaque de la flotte britannique qui soutient le général blanc Youdenitch. Quand il apparaît finalement que les Anglais n'attaqueront pas par la mer, l'Aurore regagne Cronstadt où seulement 40 hommes restent à bord pour entretenir et garder le navire. Au printemps 1919 les 6 canons du croiseur sont même démontés et expédiés à Astrakhan pour armer la flottille de la Volga et de la Caspienne. De décembre 1919 à 1922, l'Aurore mouille à Petrograd dans l'inaction.

 

Après la fin de la guerre civile, quand débute la reconstruction d'une force navale soviétique, les autorités décident juste de rénover le navire dont les travaux de modernisation ont déjà été réalisé en 1916-1917. L'Aurore est alors réarmé et son équipage complété. Le croiseur sert à nouveau de navire-école au sein de la flotte de la Baltique et effectue de nombreux voyages de 1924 à 1930.

 

En 1927, à l'occasion des 10 ans de la Révolution d'Octobre, l'Aurore reçoit l'Ordre du Drapeau rouge pour sa participation à la prise du pouvoir par les bolcheviks mais également pour son rôle dans la formation des officiers de la nouvelle marine soviétique. Le navire retourne alors au chantier naval mais face à l'ampleur des travaux de rénovation nécessaires, l'amirauté soviétique décide qu'il ne naviguera plus. Il sert alors à la formation des cadets de première année de l'Academie navale de Léningrad.

 

Durant la Guerre d'Hiver contre la Finlande en 1939-1940, l'Aurore reprend du service pour effectuer des patrouilles contre les sous-marins. Avec l'invasion de l'URSS par l'Allemagne en 1941, le croiseur, alors ancré dans le port d'Oranienbaum, participe à la défense de Léningrad, mais le 30 septembre 1941 il est gravement endommagé par l'artillerie allemande. Les canons du navire encore utilisables sont retirés et l'Aurore finit la guerre incapable de se déplacer et à moitié couler.

 

Il est néanmoins restauré entre 1945 et 1947 et rejoint de manière permanente son ancrage sur la Néva, au quai Petrogradskaïa, au cœur de Léningrad. Jusqu'en 1961, il est utilisé pour la formation des élèves de l'Ecole navale Nakhimov et fait l'objet de rénovation en 1957-1958, 1966-1968 et 1984-1987 où il retrouve son aspect de 1917. A partir de 1956, il devient un musée flottant et l'une des principales attractions touristiques de Léningrad. En 1968, il est décoré de l'Ordre de la Révolution d'Octobre.

 

Depuis juillet 1992, le drapeau rouge ne flotte plus sur l'Aurore, remplacé par le drapeau de Saint-André, symbole de la nouvelle flotte russe. Bien que musée, le croiseur fait toujours partie de la flotte militaire et possède un équipage qui assure sa garde, son entretien et participe aux cérémonies militaires. En septembre 2014, l'Aurore, le plus ancien navire russe encore en service et symbole de la Révolution d'Octobre, lève l'ancre une fois de plus pour rejoindre Cronstadt afin de subir une nouvelle révision. Il doit retrouver son ancrage sur la Néva en 2016, prêt pour le centenaire de la Révolution russe.

Le croiseur Aurore de nos jours

Le croiseur Aurore de nos jours

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9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")