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23 décembre 2014 2 23 /12 /décembre /2014 07:22

Benoit Rayski, Stèle pour le sous-lieutenant Grunberg, Éditions du Rocher, 2014.

Grunberg, un lycéen guillotiné.

Si les fusillés de l'Affiche rouge, sur lesquels s'est penché Benoit Rayski il y a quelques années, tombèrent sous les balles allemandes, des résistants furent exécutés directement par Vichy au moyen d'un procédé typiquement français, la guillotine. A travers le parcours d'Isidore David Grunberg, le plus jeune résistant décapité par Vichy le 8 août 1942 à l'age de 19 ans, Benoit Rayski rappelle que la répression contre la Résistance fut loin d’être l'apanage des autorités d'occupation.

 

Le parcours d'Isidore David Grunberg est à la fois emblématique d'un milieu qui fournit en nombre les rangs des premiers combattants de la lutte armée communiste mais il est également singulier en raison des circonstances de sa fin tragique. Grunberg n'est pas né en France. C'est un jeune juif polonais dont les parents ont quitté Lvov pour échapper à l'antisémitisme. Installé à Paris, le jeune Isidore David est un élève brillant. Il adhère à la Jeunesse communiste et se fait renvoyer du lycée Voltaire en novembre 1940 pour avoir distribué des tracts dénonçant le gouvernement Pétain.

 

Avec l'invasion de l'URSS par la Wehrmacht en juin 1941, Grunberg intègre l'Organisation spéciale du PC. En janvier 1942, lors d'un contrôle d'identité, il tire sur un policier français pour éviter l'arrestation. La mort du brigadier Lécureuil est l'occasion de funérailles nationales où se pressent les autorités et l'occupant. Grunberg poursuit sa vie de clandestin jusqu'à son arrestation au métro Barbès. Il tombe, non sans se défendre puisqu'il est blessé par balles, après que son nom fut donné par un de ses camarades sous la torture. La descente aux enfers commence alors pour Grunberg. Les interrogatoires, les coups, la prison, la parodie de justice face à la section spéciale du tribunal de la Seine. Et finalement la guillotine au petit matin du 8 août 1942.

 

Survient ensuite l'oubli pour la mémoire de ce jeune résistant. Un oubli à la fois collectif mais aussi individuel. Collectif dans la mesure où, à la Libération, le PCF jette un voile sur les combattants de l'OS, les auteurs des premiers attentats communistes contre les Allemands. Individuel puisque Grunberg fut condamné pour avoir tué un policier français dont les collègues furent ensuite célébrés pour leur participation à la libération de Paris. Et puis Grunberg faisait moins français que Mocquet ou Fabien pour un PCF devenu ultra-patriote en 1944.

 

Ce fut le combat du père d'Isidore David Grunberg de se battre pour que soit reconnu le sacrifice de son fils. Ce dernier est fait sous-lieutenant à titre posthume en 1962 et reçoit la médaille de la Résistance en 1968.

 

Le livre de Benoit Rayski a le grand mérite de rappeler le rôle du régime de Vichy dans la traque des résistants, qu'il n'hésita pas à en exécuter certains, à l'instar de Marcel Langer à Toulouse. Il est aussi un réquisitoire contre la politique du PCF qui tourna volontairement le dos aux combattants de l'OS, jetant leurs mémoires à l'oubli. Avec ce livre justice est rendue à celle de David Isidore Grunberg.

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communismeetconflits - dans Résistance Communisme français

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")