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18 novembre 2014 2 18 /11 /novembre /2014 07:57

La révolte des Tchécoslovaques.

Le 14 mai 1918 à la gare de Tcheliabinsk un convoi de légionnaires tchécoslovaques croise un convoi de prisonniers de guerre austro-hongrois. Une querelle survient, un Hongrois, qui a mortellement blessé un légionnaire, est lynché par les Tchécoslovaques. Les Gardes rouges interviennent et arrêtent les Tchécoslovaques impliqués mais ceux-ci sont libérés de force par leurs camarades qui en profitent pour reprendre les armes qu'ils ont précédemment rendues. La légion tchécoslovaque entre en révolte. Une révolte qui n'est pas politique mais répond à de graves inquiétudes. Les Tchécoslovaques réalisent en effet que sur les 450 000 prisonniers de guerre se trouvant en Russie, un grand nombre collabore avec les bolcheviks tandis que le Transsibérien est la victime de raids menés par des rebelles armés. Dans ces conditions si les Tchécoslovaques continuent à être désarmé, ils deviendront vulnérable et il sera facile aux bolcheviks de les bloquer pour les remettre ensuite aux autorités austro-hongroises.

 

Après l'incident de Tcheliabinsk, Trotski ordonne le désarmement des Tchécoslovaques ajoutant que ceux qui refusent doivent être abattu. Simon Aralov, chef de la section des opérations aux Commissariat du peuple à la guerre, considérant les Tchécoslovaques comme un encombrant héritage de l'armée tsariste, donne alors les instructions nécessaires pour faire appliquer les décisions de Trotski.

 

Les Tchécoslovaques se retrouvent alors éparpillés de Penza à Vladivostok, le long d'une voie ferrée coupée en de nombreux endroits. Du 21 au 23 mai 1918 un congrès des légionnaires se tient à Tcheliabinsk qui suspend temporairement l'autorité du quartier général du corps au profit d'un collège élu qui décide que les légionnaires doivent rejoindre Vladivostok en armes. Quand, obéissant aux ordres de Trotski, les Rouges essayent de stopper et de désarmer les Tchécoslovaques des affrontements armés éclatent.

 

Le plan qu'établissent les Tchécoslovaques consiste alors à établir une liaison entre les différentes gares où les légionnaires sont bloqués afin de sécuriser la voie ferrée. Une fois le Transsibérien sous contrôle, les unités pourront prendre le chemin de Vladivostok pour embarquer sur des navires alliés à destination de la France. Quand les premiers légionnaires parviennent finalement à Vladivostok, ils y trouvent les Alliés mais pas de navires. Ces derniers souhaitent en effet que les Tchécoslovaques restent en Russie pour reconstituer un front oriental. Cela doit permettre selon eux d'éviter l'infiltration allemande en Sibérie et surtout d'empêcher les Allemands de transférer des troupes de Russie vers le front occidental. Les Tchécoslovaques acceptent et reprennent position sur l'Oural. Ils sont alors conscients qu'en fixant des troupes allemandes en Russie ils soulagent la pression à l'Ouest où les Américains arrivent et cette contribution ne peut que servir les desseins du Conseil national tchécoslovaque. En chemin, alors qu'ils manquent de réserves et de renforts, ils parviennent à recruter 15 000 prisonniers de guerre tchécoslovaques.

 

Encouragé par l'annonce que deux armées alliées arrivent en renfort, une armée française venant de Vologda et une armée japonaise venant de Vladivostok, les forces russes et tchécoslovaques repartent en avant. La légion est alors divisée en 3 groupes, le groupe de Penza commandé par Cecek, celui de Tcheliabinsk sous les ordres de Syrovy et le groupe de l'Est dirigé par Dieterichs. Le 26 mai, les légionnaires s'emparent de Tcheliabinsk et de Novosibirsk et dans les semaines suivantes de Mariinsk, Kansk, Penza, Syzran, Petropavlovsk, Tomsk et Kurgan. Pour assurer les liaisons entre les différents groupes, celui de Tcheliabinsk s'empare de Omsk le 10 juin et rejoint le groupe de l'Est. Le groupe de Penza marche vers l'est et s'empare d'Oufa et de Samara où se sont installés les représentants des partis modérés russes. A l'Est les légionnaires prennent le contrôle de Vladivostok.

 

Pour parvenir à vaincre des adversaires, le plus souvent bien supérieur en nombre, les Tchécoslovaques développent une tactique originale. Des petits groupes de combattants s'infiltrent dans les lignes ennemies pour provoquer le panique puis le gros des troupes lance une attaque surprise cherchant à déborder l'adversaire. L'utilisation de la cavalerie et des trains blindés leur fournit en outre un haut degré de mobilité permettant des attaques rapides sur des forces soviétiques statiques, le plus souvent enterrés dans des tranchées. Les Tchécoslovaques possèdent également une petite force aérienne mais aussi navale qui s'illustre sur le lac Baïkal.

 

Le 7 aout, les légionnaires prennent Kazan où se trouvent le trésor des tsars. Le butin, représentant plusieurs milliards de roubles, est chargé sur 5 wagons qui prennent la direction de l'est. Le général Cecek prend alors le commandement du front de la Volga. Les succès tchécoslovaques ont pour effet de galvaniser les Russes antibolcheviks alors que Kuzneck, Kazan et Irkoutsk tombent également et que des détachements prennent Iekaterinbourg, provoquant l'assassinat de la famille impériale. A la fin aout 1918 les Tchécoslovaques ont ainsi réussi à prendre le contrôle de l'ensemble du Transsibérien de Penza à Vladivostok.

 

Les forces blanches s'organisent, se renforcent et deviennent à même d'affronter les Rouges. Mais leur principale faiblesse réside dans le fait qu'elles ne sont ni coordonnés, ni homogènes. Alors que Samara, où se trouve le quartier général tchécoslovaque, est gouverné par les SR, à Ouralsk et Orenbourg ce sont les cosaques qui dominent. A Omsk se forme un gouvernement autonome sibérien tandis que Tchita est sous la coupe de l'hetman Semionov. Pour remédier à cette anarchie, SR, mencheviks et partis nationaux se réunissent en congrès à Oufa en septembre 1918 et élisent un Directoire de 5 membres où se trouvent 3 proches de Kerenski. Ce Directoire nomme un gouvernement d'Union nationale où l'amiral Alexandre Koltchak est nommé ministre de la Guerre.

Le Transsibérien

Le Transsibérien

Naissance d'un nouveau front de la guerre civile.

Malgré leur rapide succès le moral des Tchécoslovaques se détériore rapidement. Ils attendent en effet d'être relevé ou de recevoir des renforts des Alliés mais ces derniers n'envoient en Russie que de maigres contingents, qui ont plus souvent une valeur symbolique que militaire. Seule les Japonais déploient des troupes en nombre mais uniquement dans l'espoir de former des protectorats en Mandchourie, en Mongolie et en Sibérie orientale. Ils n'ont donc aucun intérêt à voir se reconstituer une Russie forte et unie et les 70 000 soldats japonais, n'ayant donc pas l'intention de soutenir les Tchécoslovaques, ne s'aventurent à l'ouest pas plus loin que Irkoutsk.

 

La mission de constituer un nouveau front oriental repose donc sur les épaules des Tchécoslovaques. Ils reçoivent néanmoins des Alliés 200 canons, 1 300 mitrailleuses, 140 000 fusils, 25 avions et 240 000 obus. Pour tenir le front l'ensemble des unités tchécoslovaques du Baïkal à Vladivostok est donc mobilisé. Ils ne reçoivent l'aide que des petits bataillons serbes et roumains et de détachements lettons.

 

Pendant que les Blancs s'organisent avec peine, Trotski met sur pied l'Armée rouge qui fait son apparition sur le front oriental à l'été 1918 et s'empare de Kazan le 9 septembre. Sans renforts japonais ou français et face à un ennemi 10 fois supérieur, le front russo-tchécoslovaque se disloque rapidement. Simbirsk, Volsk et Syrzan tombent. Le 15 octobre, les Tchèques abandonnent la ligne de défense Samara-Oufa.

 

Les légionnaires commencent aussi à échapper au contrôle des officiers et se livrent aux pillages des villages qu'ils traversent. La fin de la guerre le 11 novembre 1918 enlève définitivement aux légionnaires toute raison de se battre en Russie tandis que l'annonce de l'indépendance de la Tchécoslovaquie exacerbe leur désir de rentrer chez eux. Désormais chaque fois qu'ils entrent en contact avec les Rouges, les Tchécoslovaques décrochent vers l'est et s'emparent pour cela de plusieurs centaines de locomotives et de milliers de wagons pour se frayer un chemin vers Vladivostok. Mais le Transsibérien est une ligne à voie unique où les trains ne peuvent se croiser qu'à quelques embranchements, les trains tchécoslovaques provoquent des embouteillages et empêchent l'arrivée de munitions et de renforts pour les forces blanches.

 

A Omsk où il a installé son quartier général, l'amiral Koltchak s'inquiète de cette situation. Les Rouges ne cessent en effet de progresser à l'ouest tandis que des agitateurs communistes apparaissent dans la région d'Irkoutsk sur les arrières blancs. Le trafic ferroviaire est quand à lui paralysé par les Tchécoslovaques tandis que le Directoire contrecarre le plus souvent les décisions de l'amiral. Dans l'espoir de mettre fin à cette décomposition, ce dernier organise, le 18 novembre 1918, un coup d'État. Il fait arrêter les membres du Directoire, dissout l'Assemblée et se fait nommer Régent et Gouvernant suprême de toute la Russie. Les Tchécoslovaques craignant alors que Koltchak ne veuille les incorporer de force dans l'armée blanche, des régiments se préparent à marcher sur Omsk pour le renverser. Koltchak qui ne souhaite pas combattre les légionnaires, ni avoir de complications avec les Alliés convoque alors le général Sirovy qui lui répond que les Tchécoslovaques resteront neutres dans la guerre civile.

 

A l'annonce du coup d'État de Koltchak, le général Janin et le général tchèque Stefanik se rendent à Omsk. Stefanik, après avoir essayé difficilement de rétablir l'ordre dans la légion, est contraint de rentrer en Tchécoslovaquie. Il reste alors à Janin, qui manque d'envergure, à maitriser une situation qui le dépasse largement. Finalement en janvier 1919 le commandant des forces alliées en Russie, retire les Tchécoslovaques du front, où ils sont remplacés par des unités russes blanches et leur donne comme mission de garder le ligne du Transsibérien de Novosibirsk à Mysovaïa près du Baïkal pour permettre de sécuriser l'approvisionnement des forces blanches en matériel allié. Cette mission, loin du front, s'avère néanmoins de plus en plus difficile alors que le nombre de groupes de partisans rouges ne cesse d'augmenter. Surtout les légionnaires sont utilisés contre les populations locales et servent à réprimer les insurrections contre le gouvernement blanc, ce qui ne permet pas de relever leur moral. Cette fonction policière ne fait donc qu'aggraver l'animosité contre Koltchak d'autant que la majorité des légionnaires sont des partisans de la démocratie et se montrent très méfiants envers la dictature de Koltchak, jugé monarchiste et réactionnaire.

Légionnaires tchécoslovaques

Légionnaires tchécoslovaques

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")