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6 août 2014 3 06 /08 /août /2014 07:13
L'offensive soviétique d’août 1920.

L'offensive soviétique d’août 1920.

L'offensive soviétique.

Le 5 juin, la cavalerie rouge de Boudienny s'élance sur les lignes polonaises au sud de Kiev. Les unités à cheval s'infiltrent derrière les lignes polonaises pour coupes les communications. La lutte est féroce et quand sur sa route les cavaliers soviétiques s'emparent d'un hôpital militaire rempli de soldats polonais blessés, ils l'incendient. Les troupes polonaises, incapable de contre-attaquer sont obligés de reculer vers l'ouest, vers la Volhynie. Ils abandonnent Kiev le 11 juin, emportant dans leurs fourgons le gouvernement de Petlioura qui laisse définitivement l'Ukraine derrière lui.

 

Mais l'attaque soviétique sur l'Ukraine n'est qu'un aspect de l'assaut soviétique contre la Pologne qui comprend un second volet. Si la cavalerie rouge de Boudienny a pour mission principale de chasser l'armée polonaise d'Ukraine, au nord, les Soviétiques ont rassemblée 4 armées (4°, 15°, 3°, 16° du nord au sud) soit près de 160 000 hommes dont 11 cavaliers, soutenu par prés de 700 canons et 3000 mitrailleuses. Ce front est commandé par le jeune général Mikhail Toukhatchevski alors agé de 27 ans mais déjà auréolé par ses victoires lors de la guerre civile. Il a pris soin de concentrer ses troupes sur quelques secteurs décisifs afin de bénéficier de l'avantage du nombre qui est alors de 4 contre, puis de progresser selon la l'axe Smolensk-Brest Litovsk.

 

Le 4 juillet il lance son flanc droit, commandé par l'arménien Gayk Bzhishkyan, le long de la frontière lituanienne et prussienne et 3° corps de cavalerie caucasien déborde des Polonais obligés de fuir. Les 4°, 15° et 3° armée rouges progressent vers l'ouest soutenu au sud par la 16° armée rouge et le groupe Mozyr. Si les Polonais se battent bravement, ils manquent de ravitaillement, surtout en munitions et ne peuvent donc stopper l'avance soviétique. Pendant trois jours le sort de la bataille paraît incertain mais la supériorité numérique soviétique parvient à l'emporter, non sans mal. Ainsi deux bataillons du 33° régiment d'infanterie polonais parviennent à bloquer pendant une journée deux divisions de l'armée rouge empêchant ces dernières de déborder par le nord le front polonais. Cette défense opiniâtre empêche Toukhatcheski de réaliser son plan initial: pousser les Polonais au sud-ouest dans les marais de Pinsk. Le 12 juillet, Minsk, la capitale de la Biélorussie tombe au main de l'armée rouge.

 

Les Polonais se retranchent finalement sur la ligne dite « des tranchées allemandes », un ensemble de fortifications de campagne construit pendant la Grande Guerre et qui donne une opportunité de stopper l'avance soviétique. La bataille de Vilnius qui se déroule de 11 au 14 juillet montre rapidement les limites de ce système défensif. Les troupes polonaises qui sont toujours en nombre insuffisant pour tenir l'ensemble du front ne peuvent empêcher que les Soviétiques, qui concentrent leur attaques sur les points les moins défendus, finissent par percer obligeant l'ensemble du dispositif polonais a reculé. Le 14 Vilnius est prise par les Soviétiques et les Lituaniens, qui rejoignent à ce moment les Russes dans la guerre, puis c'est au tour de Grodno de tomber le 19. Le 1° aout, Brest-Litovsk est aux mains des Soviétiques. Dans le sud, les troupes de Boudienny continuent à progresser s'emparant de Brodno et s'approchant de Lvov et Zamosc.

 

La route de Varsovie s'ouvre devant l'Armée rouge qui a alors chassée les Polonais d'Ukraine et de Biélorussie. Le 20 juillet, plein de confiance, Toukhatchevski lance son célèbre ordre du jour: « Le sort de la révolution mondiale se décide à l'ouest; la route de l'incendie mondial passe sur le cadavre de la Pologne ! A Varsovie ! » Le sort de la Pologne indépendante est en jeu.

 

 

Une bataille pour l'Europe ?

Face à l'attaque polonaise, les autorités soviétiques se sont appuyées sur le traditionnel patriotisme russe, ralliant à leur cause certains de leurs adversaire, notamment d'anciens officiers tsaristes comme le général Broussilov le dernier commandant en chef de l'armée russe. Mais dès que l'Armée rouge quitte la Biélorussie et l'Ukraine en direction de l'ouest, les dirigeants bolcheviks commencent à croire en la possibilité de vaincre la Pologne, de la transformer en république soviétique. L'armée rouge se retrouverait alors sur la frontière allemande, à environ 200 km de Berlin. Et l'Allemagne, patrie de Marx et nation la plus industrialisé d'Europe, est pour Lénine, le cœur de la Révolution mondiale. Son Parti communiste est d'ailleurs le plus puissant au monde après celui de la Russie soviétique. Le pays se relevant difficilement de sa défaite de 1918, reste encore la proie de troubles. En mars 1920 à la suite d'un putsch ratée organisée par l'extrême-droite contre la république de Weimar, une grève générale a paralysé le pays. Dans le bassin de la Ruhr, une armée rouge composée d'environ 80 000 ouvriers a été organisée et a contrôlée rapidement l'ensemble du bassin minier avant d'être battu par l'armée régulière. Pour Lénine, l'entrée de l'armée soviétique en Pologne ne peut que rallumer les feux de la révolution allemande et si, Varsovie prise, le prolétariat allemand demande la fraternelle assistance des Soviétiques, rien n'empêchera la cavalerie rouge de déferler sur le Reich et pourquoi pas d'atteindre le Rhin. Cela signifierait inévitablement l'instauration du communisme à l'ensemble de l'Europe.

 

Cet espoir révolutionnaire enfièvre le second congrès de l'Internationale communiste qui s'ouvre à Petrograd le 19 juillet. Dans la salle où se déroule les séances du Komintern, une immense carte a été dressée où chaque délégué peut suivre, par le biais de petits drapeaux, l'avance des unités de l'armée rouge en Pologne, et espérer que l'Europe sera soviétique avant Noël.

 

Pourtant à la direction du Parti bolchevik des dissensions se font entendre. Trotsky et Staline refusent en effet l'idée de Lénine, de marcher sur l'Allemagne. Ils bénéficient dans leur opposition du soutien de Karl Radek qui avance l'argument que les populations polonaises et allemandes ne sont pas préparé à accepter le communisme. Mais pour Lénine, c'est le sort de la Révolution en Europe qui se joue sur le front polonais. Appuyé par Kamenev et Zinoviev il l'emporte finalement.

 

La victoire de Lénine se traduit par la création à Byalistok d'un comité révolutionnaire polonais, embryon du futur pouvoir soviétique en Pologne, dirigé par Felix Dzerjinski, le créateur et dirigeant de la Tcheka, Julian Marchlevski et Felix Kon. Le 3 aout ce comité publie un « Manifeste au peuple travailleur polonais des villes et des champs » et se proclame gouvernement révolutionnaire socialiste et se charge d'administrer les territoires polonais conquis par l'armée rouge. Mais il rencontre peu d'écho car il n'a aucun lien avec le monde ouvrier polonais. Bien au contraire, face à la menace russe, les ouvriers polonais se portent volontaires pour défendre Varsovie. Malgré les avis prédisant qu'aucune insurrection prolétarienne dans Varsovie n'est probable ni d'ailleurs n'importe où en Pologne, Lénine exige que la capitale polonaise soit prise le plus rapidement possible. Il ne tient surtout pas compte de l'avis de Trotski qui lui fait remarquer que la prise de Varsovie ne peut se réaliser que par un étirement extrême des lignes de ravitaillement soviétique, étirement qui peut se révéler rapidement dangereux.

 

Face à la perspective d'une chute de Varsovie qui semble inéluctable et qui signifie la mort de la Pologne indépendante, le nouveau chef du gouvernement Wladislaw Grabski se rend à Spa demander l'aide du Conseil suprême des forces alliés. Les critiques envers l'action des Polonais sont sévères et les conditions mises pour une aide sont drastiques. Le protocole de Spa signé le 10 juillet impose que la Pologne se plie enfin aux décisions du Conseil allié concernant ses frontières avec la Tchécoslovaquie et la Lithuanie et qu'elle retire toute ses troupes derrière la ligne Curzon jusqu'à ce qu'un armistice puisse être signé.

 

Malgré cette sévérité les Alliées sont inquiets. Ils craignent que les Soviétiques traversent le Bug et s'emparent de Varsovie. Ils ne peuvent donc rester sourd aux appels à l'aide des Polonais qui réclament des armes et des munitions et n'ont d'autre choix que de les aider. Le gouvernement britannique demande aux Soviétiques de cesser les hostilités et d'accepter la ligne Curzon comme frontière sinon la Grande-Bretagne soutiendra la Pologne par tous les moyens. Sans réponse de la part des Soviétiques, Britanniques et Français envoient en Pologne une mission interalliées qui arrivent à Varsovie le 25 juillet. En son sein se trouve le général Maxime Weygand, le chef d'état-major du maréchal Foch pendant la guerre, accompagné de son aide de camp le capitaine Charles de Gaulle. Les Britanniques sont représenté par le vicomte Edgar d'Abernon et le major-général Percy Radcliffe. Cette mission renforce les importantes missions militaires britanniques et françaises installées en Pologne depuis 1919. En 1920 ce sont prés de 400 officiers français qui sont alors en Pologne en tant qu'instructeurs. Les experts militaires occidentaux se mettent au travail pour aider les Polonais a arrêté les Soviétiques.

 

Cette aide militaire ne fait pas l'unanimité. L'opinion occidentale est en effet généralement hostile aux Polonais, notamment à gauche. Le parti travailliste britannique demande ainsi aux ouvriers anglais de ne pas prendre part au conflit du coté des Polonais. En France, L'Humanité demande que la Pologne réactionnaire ne reçoivent aucun soutien français. En Europe, les organisations communistes appellent les ouvriers à empêcher le départ d'armes et de munitions pour la Pologne. Cheminots allemands et tchèques mais aussi des dockers anglais refusent de charger le matériel destiné aux Polonais. A Dantzig, seul port où peuvent débarquer des cargaisons pour la Pologne, ce sont les dockers allemands qui entravent les déchargements car la propagande nationaliste les a convaincu qu'une victoire des Soviétiques permettrait de rattacher la ville à l'Allemagne. L'infanterie de marine française est donc envoyée dans le port de la Baltique pour accélérer le déchargement des armes et munitions. Seul les Hongrois envisage d'envoyer un corps de cavalerie de 30 000 hommes soutenir les Polonais. Mais ce projet échoue devant le refus du gouvernement tchécoslovaque de laisser ces hommes traverser son territoire.

 

A la mi-aout l'arrivée du matériel allié s'accélère. A l'aéroport Mokotow, les mécaniciens polonais travaillent sans cesse pour assembler d'ancien avions de la RAF destinés à empêcher les reconnaissances aérienne soviétiques.

 

Début août 1920, la situation semble désespérée pour les Polonais. Avançant de prés de 30 km par les jour les soldats de Toukhatchevski traversent le Bug le 22 juillet et pénètrent en territoires indiscutablement polonais. Pilsudski, qui semble surpris que les Soviétiques osent ainsi bafouer la ligne Curzon, comprend alors que leur objectif n'est autre que Varsovie. Il est vrai que le 1° aout les Soviétiques en s'emparant de Brest-Litovsk ne se trouvent plus qu'a 200 km de Varsovie. Et ils continuent à avancer. Le font soviétique du nord-ouest traverse la Narew le 2 août tandis que le front sud-ouest approche de Lvov, important centre industriel du sud de la Pologne.

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")