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28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 07:56

Les opérations militaires.

Au matin du 25 août la canonnière britannique HMS Shoreham attaque et coule dans le port d'Abadan le navire iranien des gardes-cotes Palang tandis que les petits patrouilleurs s'enfuient ou se rendent. Protégés par les appareils de la RAF, deux bataillons d'infanterie de la 8e division indienne traversent alors le détroit de Chatt al-Arab lors d'une opération amphibie sans rencontrer d'opposition et s'emparent de la raffinerie et des nœuds de communication d'Abadan. Rapidement le terminal pétrolier et les infrastructures portuaires sont sécurisés tandis que les unités indiennes de l'armée britannique continuent à avancer dans le Khouzistan au nord-ouest de Bassorah. Les 18e, 25e et 10e divisions indiennes entrent également et progressent de Bassorah vers Ahvaz. Au soir du 25 août, l'armée du Shah se retire lentement vers le nord-est sous le harcèlement des avions de la RAF. Les Hurricanes attaquent ainsi l'aérodrome d'Ahvaz détruisant une bonne partie de l'aviation iranienne. Les Britanniques contrôlent donc Abadan et Khorramshahr où une partie de la 6e division iranienne a opposé une certaine résistance.

Plus au nord, sous le commandement du major-général William Slim, huit bataillons progressent le long de la route de Khanaqin à Kermansha. Le 27 août, les Britanniques se heurtent au verrou du col de Paytak ou se sont retranchés les forces iraniennes. Mais après les bombardements de ces positions par des Blenheims, les Iraniens se replient sur Kermanshah. La prise du col Paytak permet alors aux soldats britanniques de s'emparer du champ pétrolifère de Nafti Shah.

A la frontière soviétique le coup principal est porté par la 47e armée du général Vladimir Novikov qui compte plus de 37 000 hommes. Cette armée est composée de la 63e et 76e divisions de montagne, du 236e régiment d'infanterie, de la 23e division de cavalerie, des 6e et 54e régiments blindés et de deux bataillons motocyclistes. C'est l'armée soviétique la mieux préparée pour cette opération puisque son personnel s'est entraîné sur un terrain similaire à celui du nord de l'Iran. Elle s'est également adaptée aux conditions climatiques locales. La 44e armée quand à elle, avec plus de 30 000 hommes, borde la Caspienne prés d'Astara. A l'ouest pour couvrir la frontière avec la Turquie se trouvent les 45e et 46e armées qui rassemblent ensemble plus de 100 000 combattants.

A l'aube du 25 août, les 44e et 47e armées qui le 24 ont pris position le long de la frontière se mettent en marche. Les gardes-frontières entrent sans difficulté en action et coupent les lignes de communications des Iraniens. La flotte aérienne soviétique apparaît aussi dans le ciel de l'Iran où elle largue des tracts alors que le président du parlement iranien prétend qu'elle bombarde Tabriz, Mashhad, Ardabil, Rasht et d'autres villes.

L'armée qui stationne en Arménie soviétique, la 47e, progresse le 25 août de 70 km sur les axes Djoulfa (Azerbaïdjan soviétique)-Khvoy et Djoulfa-Tabriz. Sur ce dernier la 76e division de montagne s'empare de Tabriz dès le 26 août. L'armée et la gendarmerie iranienne n'opposent aucune résistance et reculent. Dès le 26, les hommes de la 47e armée descendent vers le sud le long du chemin de fer Trans-iranien jusqu'à l'ouest de Qavzin.

A l'est du Caucase l'opération la plus délicate dans les premières heures de l'invasion est le contrôle du passage de la rivière au sud d'Astara qui est retardé à cause des pluies. La flotte soviétique de la Caspienne soutient l'avancée des troupes au sol soit les unités de la 44e armée qui prennent Ahmadabad et Ardabil. La 15e division d'infanterie iranienne qui défend le secteur se retire si rapidement que lorsque l'armée rouge s'empare d'Ardabil elle y trouve les autorités et les force de gendarmerie qui n'ont pas eu le temps d'évacuer. Au même moment les Soviétiques lancent une opération amphibie pour débarquer prés de Bandar-e-Pahlavi, le plus important port iranien sur la mer Caspienne. Mais les conditions météorologiques sont là aussi mauvaises et si le 105e régiment d'infanterie de montagne parvient à débarquer ce n'est pas le cas du 563e bataillon d'artillerie qui doit rebrousser chemin avant de pouvoir débarquer ultérieurement. Cette opération amphibie est si mal préparée que des navires de transports sont confondus avec des vedettes iraniennes et deviennent les victimes de tirs amis.

Le ciel de l'Iran est entièrement dominé par la RAF et les forces aériennes soviétiques. Le 28 août l'armée de l'air iranienne est complètement détruite surtout en raison de l'action de la RAF. L'aviation soviétique, outre le lancer de tracts, mène principalement des opérations de reconnaissance et de bombardement d'objectifs militaires. Certaines villes sont également la cible de l'aviation rouge notamment la ville de Maku tandis que les chasseurs ont pour mission d'empêcher l'aviation adverse de menacer Bakou ce qui d'ailleurs ne se produit jamais.

1941, l'invasion de l'Iran (2nde partie)

 A la fin du 27 août les forces soviétiques tiennent la ligne Khvoy-Tabriz-Ardabil au nord-ouest de l'Iran. Ce même jour la 53e armée du général Trofimenko qui stationne en Asie central pénètre en Iran. Cette armée est divisée en trois groupes, à l'ouest agit le 58e corps d'infanterie, au centre la 8e division de montagne et à l'est quatre corps de cavalerie. Le nord-est de Téhéran est défendu par les 9e et 10e divisions d'infanterie iraniennes. Face à l'attaque soviétique, la 10e division, victime de désertions de masse, s'évapore tandis que la 9e recule et se retire pour prendre position sur les lignes de défenses dans les montagnes de Mashhad et Gorgan qui bordent la capitale iranienne. Mashhad est néanmoins prise le soir du 27 par les troupes soviétiques.

Au sud de l'Iran les Britanniques continuent à avancer. Le 28 août la 18e brigade de la 10e division indienne occupe Ahvaz. Plus au nord le major-général Slim s’apprête à s'emparer de Kermanshah le 29 mais le commandant de la garnison dépose les armes sans combattre. Ce qui reste de l'armée iranienne rejoint alors Téhéran pour organiser la défense de la capitale. Les Britanniques continuent à avancer depuis Kermanshah et Ahvaz tandis que les unités soviétiques tiennent la ligne de Mahabad-Quavzin-Sary-Damghan-Sabzevar, c'est à dire l'ensemble du nord-ouest du pays et la zone au nord de Téhéran jusqu'à la frontière afghane. Le Shah n'a alors plus à sa disposition que le 9e division d'infanterie qui reste seule en état de combattre et de défendre la capitale.

Le 28 août le commandement iranien comprend la futilité d'opposer une résistance face à un adversaire plus puissant. L'état-major décide même de dissoudre l'armée au moment où les 3e, 4e, 11e et 15e divisions sont hors de combats. Sous la pression de l'opposition, le 29 août, le Shah congédie le gouvernement d'Ali Mansour et le remplace par un nouveau gouvernement dirigé par Mohammad Ali Foroughi. Britanniques et Soviétiques occupent alors la plupart des grandes villes du pays à l'exception de Téhéran. Ali Foroughi signe un armistice avec les Britanniques le 29 puis avec les Soviétiques le 30. Ce jour là c'est à Sanandaj, dans le Kurdistan irakien, que les armées des deux puissances alliées font leur jonction. Elle se réalise ensuite à Qavzin au pied de l'Elbourz.

L'invasion a coûté aux Iranien la perte d'environ 800 soldats et de 200 civils. Deux navires ont été coulés et deux autres endommagés. L'armée rouge a perdu environ 40 hommes, une centaine de blessés et trois avions tandis que les Britanniques comptabilisent 22 morts et 50 blessés. Pour l'armée rouge qui ne connaît que des défaite sur le front allemand l'invasion est un succès opérationnel. A l'exception du débarquement sur la Caspienne les troupes soviétiques ont atteintes la totalité de leurs objectifs et cela sur un terrain particulièrement difficile. Les réussites des unités du génie et des pontonniers soviétiques est un facteur important de ce succès. Il est difficile d'affirmer que le succès en Iran a joué un rôle dans les combats en cours au cœur de la Russie. La plupart des forces soviétiques engagées en Iran sont il est vrai rapidement transférée sur le front allemand. Ainsi la 44e division de cavalerie qui a participé à la campagne d'Iran sera presque entièrement détruite prés de Volokolamsk lors de la défense de Moscou en décembre.

Le 8 septembre un accord est signé entre l'Iran et les Alliés qui entérine la création de deux zones d'occupation. Au nord-ouest la zone de Tabriz et les rives de la Caspienne sont occupées par l'armée rouge tandis que les Britanniques occupent les champs pétroliers d'Abadan et de Kermanshah. Téhéran accepte également d'expulser tous les ressortissants des pays de l'Axe et de faciliter le transit des cargaisons militaires britanniques vers l'URSS. Les concessions pétrolières à l'Anglo-Persian Oil Company sont renouvelés à des conditions plus avantageuses pour cette dernière.

Malgré l'acceptation par Reza Shah de toutes les conditions imposées par les Alliés, le 12 septembre, l'ambassadeur britannique à Moscou, Sir Cripps et Staline se mettent d'accord sur la nécessité de déposer le le souverain iranien et de le remplacer par son fils. Pour appuyer cette ultime exigence, qui prend comme prétexte le fait que le Shah refuse de remettre entre les mains des Alliés les ressortissants de l'Axe, le 15 septembre des troupes britanniques et soviétiques entrent dans Téhéran. Le 16, acculé, le Shah abdique et son fils, qui régnera sans partage jusqu'à la révolution islamique de 1979, lui succède. Ce dernier accepte la situation de son pays et renvoie les représentants diplomatiques de l'Allemagne, de l'Italie et de la Roumanie. Des discussions commencent alors en vue de la conclusion un traité d'alliance avec les Britanniques et les Soviétiques, traité qui est signé en janvier 1942. Finalement le 9 septembre 1943, l'Iran déclare la guerre à l'Allemagne.

 

Char soviétique dans Téhéran

Char soviétique dans Téhéran

Le résultat le plus important de la facile victoire militaire alliée est de permettre d'utiliser le territoire iranien pour acheminer en URSS les fournitures stratégiques livrées par les États-Unis dans le cadre de la loi du prêt-bail. L'Iran ouvre en effet ses ports aux cargos alliés et permet un accès libre par la route et la voie ferrée en direction du Caucase soviétique. Par ce biais c'est plus de 5 tonnes de matériels de guerre qui sont livré à l'URSS entre 1942 et 1945. Les Alliés peuvent également exploiter à leurs profits les immenses réserves pétrolières du Moyen-Orient et faire ainsi tourner à plein la formidable machine industrielle américaine, l'un des facteurs clefs du tournant du conflit en 1943.

L'invasion s’insère aussi dans des stratégies de plus longue durée propres à chaque partenaire. D'ailleurs les motifs officiels avancés pour justifier l'invasion prêtent largement à discussion. En effet il n'y a pas plus d'agents allemands en Iran que dans d'autres parties du monde. Et au sujet du transit de matériels de guerre à travers ce pays, ce trafic existe déjà en juillet 1941 et ne prendra une importance vraiment vitale qu'en 1942 après le drame dans l'océan Arctique du convoi britannique PQ-17. Pour la Grande-Bretagne, l'invasion répond à des considérations géostratégiques particulières à l'Empire de Sa Majesté puisque l'antique Perse fait le lien entre les Indes et la Birmanie d'une part et le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord d'autre part. Pour l'URSS des considérations identiques sont moins évidente. Si pour Staline l'Iran n'est pas une menace sérieuse, comme le montre le rapide effondrement de l'armée du Shah, l'invasion a des raisons essentiellement politiques : d'abord la volonté de renforcer l'alliance avec la Grande-Bretagne mais également la crainte d'une action unilatérale des Britanniques au sud du Caucase et la volonté de poursuivre la politique de retour aux anciennes frontières impériales.

L'occupation alliée qui débute à l'été 1941 n'est pas sans conséquence non plus sur l'Iran. Lors de la conférence de Téhéran en novembre 1943, les trois Grands remercient le pays pour sa contribution à l'effort de guerre allié et s'engagent à nouveau à respecter son intégrité territoriale. Au début de 1946, l'armée britannique évacue sa zone d'occupation. Mais les choses sont plus difficiles avec les Soviétiques qui ont des visées annexionnistes sur l'Azerbaïdjan iranien où ils forment des gouvernements fantoches. Ils n'acceptent, après un crise diplomatique qui réveille le nationalisme iranien, de quitter le pays qu'en mai 1946.

 

Bibliographie :

En russe:

Голуб Ю. Г, « Малоизвестная страница великой войны: советская оккупация Северного Ирана в августе-сентябре 1941 года », Военно-исторические исследования в Поволжье, Вып. 5. Саратов, 2003, (I Golub, « Un épisode peu connu de la Seconde Guerre mondiale : l'occupation soviétique du nord de l'Iran en aout-septembre 1941 », Recherche en histoire militaire de la région de la Volga, Saratov, 2003).

Плешаков К. В., « Вступление во Вторую Мировую войну СССР и США и начальный этап антифашистского сотрудничества (июнь 1941 — 1942) », Кризис и война: Международные отношения в центре и на периферии мировой системы в 30-40-х годах, МОНФ, Москва, 1998, (V. Plechakov, « L'entrée dans la Seconde Guerre mondiale de l'Union soviétique et des Etats-Unis et le début de l'alliance anti-nazie (juin 1941-1942) », Crise et guerre : relations internationales au centre et dans la périphérie du système mondial dans les années 30 et 40, Moscou, 1998).

En anglais:

Richard Stewart, Sunrise at Abadan: the British and Soviet invasion of Iran, 1941, Praeger, 1988.

F. Eshraghi, « Anglo-Soviet Occupation of Iran in August 1941 », Middle Eastern Studies, n° 1, janvier 1984, pp. 27-52.

Mohammad Goli Majd, August 1941 : The Anglo-Russian Occupation of Iran and Change of Shahs, University Press of America, 2012.

Miron Rezun, The Soviet Union and Iran : Soviet Policy in Iran from the Beginnings of the Pahlavi Dynasty until the Soviet Invasion in 1941, Westview Press, 1988.

Kaveh Farrokh, Iran at War, 1500-1988, Osprey Publishing, 2011.

 

Soldats soviétiques et britanniques en Iran

Soldats soviétiques et britanniques en Iran

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9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")