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26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 07:48

En août 1941, l'Europe est dominée par l'Allemagne hitlérienne. La Wehrmacht a envahi l'Union soviétique le 22 juin 1941. Après Minsk, Smolensk est tombée le 16 juillet et les unités allemandes avancent sur Kiev. A l'autre bout de l'Europe, la Grande-Bretagne est isolée dans son île qu'elle a transformé durant l'été 1940 en forteresse. L'armée de Sa Majesté est alors obligée d'affronter l'ennemi en Afrique du nord où le général Rommel, après avoir repris la Libye à la tête de son Afrika Korps, atteint à la mi-juin 1941 la frontière égyptienne. L'expansion allemande en URSS et en Afrique ressemble alors aux bras d'une tenaille dont les pointes sont destinées à se rejoindre au cœur du Moyen-Orient après avoir respectivement franchit le canal de Suez et les monts du Caucase. Les Britanniques, conscients de ce danger et de la fragilité de leur position en Palestine, décident alors de prendre de gré ou de force le contrôle du Proche et Moyen-Orient. En avril 1941, ils chassent donc d'Irak le gouvernement pro-allemand de Rachid Ali al Gillani. En juin 1941, conjointement avec les Forces françaises libres du général de Gaulle, l'armée britannique s'empare du Liban et de la Syrie. Reste le cas de l'Iran à l'heure où l'invasion de l'URSS bouleverse les grands équilibres internationaux et fait naître de nouvelles coalitions.

 

L'Iran est de nos jours une puissance de premier plan au Moyen-Orient, un pays qui en raison de son programme nucléaire défie la communauté internationale. Il n'en a pas toujours été ainsi et au début du XXe siècle, l'Iran, qui se nomme encore la Perse, est un État semi-féodal où la Russie et la Grande-Bretagne exerce une sorte de co-protectorat. La naissance de l'Union soviétique après 1917 ne change pas cette situation. Mais à partir des années 1930 l'influence allemande vient perturber cet état de fait alors que le régime du Shah semble vouloir s'inspirer du modèle fasciste pour fonder une Iran nouvelle.

Si au moment où éclate la Seconde Guerre mondiale, l'Iran proclame sa neutralité, elle est néanmoins la victime d'une invasion puis d'une occupation par les troupes soviétiques et britanniques durant l'été 1941. Churchill veut ainsi assurer la sécurité de l'approvisionnement en pétrole des Alliés tandis que Staline cherche à protéger sa frontière caucasienne et le champs pétrolifère de Bakou. Il s'agit aussi, à l'heure où la Wehrmacht déferle sur l'Union soviétique de sécuriser le corridor iranien, une des principales voies de communication permettant aux puissances anglo-saxonnes de ravitailler en armes l'URSS.

L'invasion de l'Iran en août 1941, connu également en anglais sous le nom d'Opération Countenance, est un épisode de la Seconde Guerre mondial largement ignoré alors qu'il revêt une grande importance pour les Alliés, notamment pour Staline. En effet au plus fort de la bataille de Kiev, quand Odessa et Léningrad sont assiégés, que l'Union soviétique mobilise toute ses forces pour une lutte vitale comment expliquer qu'elle détourne trois armées pour une opération militaire de grande échelle. Certainement parce que l'invasion de l'Iran est avant tout un acte éminemment politique : la première action militaire commune entre l'Union soviétique et la Grande-Bretagne alliés dans une coalition anti-hitlérienne.

1941, l'invasion de l'Iran (1ere partie)

L'Iran, une menace pour les Alliés ?

Au début de la Seconde Guerre mondiale, l'Iran, terme qui signifie le pays des Aryens, n'est déjà plus la Perse d'antan. Depuis son coup d’État de 1921, Reza Khan gouverne le pays. Ayant renverser la dynastie Kadjar, il songe d'abord à créer une République avant de se proclamer Shah en 1926 sous le nom de Reza Shah Pahlavi. Il s'inspire alors du modèle de la Turquie de Mustapha Kemal Ataturk pour moderniser son pays en menant une politique d'européanisation. Reza Shah est également fasciné par l'expérience fasciste puis par le nazisme. La volonté de s'inspirer de ces modèles européens se laisse voir dans les organisations de jeunesse qui de développent alors et où la mystique aryenne, directement inspirée des écrits d'Hitler et d'Albert Rosenberg, est propagée. Ce rapprochement idéologique se traduit également sur les terrains diplomatiques et économiques avec la bénédiction d'officier supérieurs dont le général pro-nazi Fazlollah Zahidi.

En 1933, la situation est propice pour que l'Iran se rapproche du III° Reich Outre l'idée aryenne, des intérêts économiques rapprochent les deux pays. L’Allemagne, dès l'époque de la république de Weimar, participe économiquement à la modernisation de l'Iran mais aussi à celle de son armée. En contrepartie avec des livraisons de près de 10 millions de tonne de pétrole en 1938, le Reich est le premier client de l'Iran. Des étudiants iraniens partent également se former dans les universités allemandes où ils sont soumis à la propagande nazie qui les appelle les « fils de Zoroastre ». Par décret spécial, le régime nazi affirme même que les Iraniens sont des purs aryens et ne sont donc pas soumis aux lois raciales de Nuremberg.

Mais la situation géopolitique de l'Iran est particulière et originale. Au début du XXe siècle, les faiblesses de la Perse ont en effet permis à la Russie et à la Grande-Bretagne de se partager des zones d'influence sur le pays. Les Russes s'imposent au nord et les Britanniques au sud à partir de l'actuel Pakistan alors partie de l'Empire des Indes. La Révolution de 1917 change peu les choses. Pourtant en 1920, un mouvement révolutionnaire se développe dans la province de Gilan au nord de la Perse. Les Jangalis dirigés par Mirza Kouchek Khan reçoivent l'aide de l'armée rouge et en mai 1920, une République socialiste soviétique de Perse voit le jour. Dans le sud du pays Reza Khan, à la tête de sa brigade de cosaque, remonte alors vers le nord et, avec le soutien de l'Angleterre, s'empare de Téhéran. Il signe alors un traité d'amitié avec les Soviétiques après que ces derniers ont passés un accord avec les Britanniques. Si L'URSS abandonne certains droits tsaristes, elle reçoit le droit d'intervenir militairement en Iran si elle estime que ses frontières méridionales sont menacés. A la suite de la signature de ce traité, les forces soviétiques se retirent laissant à Reza Khan la possibilité d'écraser les Jangalis, de mettre fin à la République soviétique de Perse et d'asseoir son pouvoir sur le pays.

La position géographique de l'Iran prend une importance nouvelle pour l'Union soviétique après le 22 juin 1941. Son contrôle apparaît en effet indispensable pour assurer la sécurité des champs pétrolifères de Bakou. Elle est aussi un passage obligé pour faire parvenir en URSS le matériel de guerre envoyé par les Occidentaux dans le cadre de la loi prêt-bail. Les autres voies de ravitaillement sont en effet soit trop éloignées du front comme celles à destination du port de Vladivostok ou trop dangereuse comme celles qui arrivent au port de Mourmansk pilonné par les bombardiers de la Luftwaffe tandis que les cargos britanniques sont les victimes des sous-marins de la Kriegsmarine.

La Grande-Bretagne ne peut quand à elle prendre le risque que les infrastructures de transports et l'industrie pétrolière iraniennes, qu'elle a largement financé, ne soient utilisés au profit du Reich. En mai 1939, Londres a signé un accord avec l'Iran qui stipule que les importations britanniques dans ce pays seront payées par un système de crédits reposant sur la livraison de pétroles. Mais la déclaration de la guerre puis la défaite de la France réduisent fortement les exportations britanniques vers l'Iran et déséquilibrent dangereusement les échanges entre les deux pays au détriment de l'Angleterre. Mais à l'heure où la guerre moderne s'appuie sur le binôme blindé-avion, le contrôle des ressources pétrolières est un atout stratégique essentiel. Et l'Iran est déjà un important producteur. En 1940 la seule raffinerie d'Abadan produit ainsi 8 millions de tonnes d'essences tandis que l'ensemble des bases de la RAF au Moyen-Orient sont alors approvisionnés à partir de Bakou et Abadan. L'enjeu pétrolier est donc d'importance pour l'effort de guerre allié. Ainsi la menace vichyste qui pèse sur le pipeline qui traverse la Syrie pour alimenter la flotte britannique en Méditerranée justifient l'invasion du Mandat. Après la Syrie, c'est l'Irak qui tombe sous le contrôle militaire britannique. Reste l'Iran mais la convention de 1921 signée entre ce pays et l'Union soviétique interdit à la Grande-Bretagne d'intervenir dans ce pays. Cette situation est bouleversée par l'opération Barbarossa.

Troupes iranienne

Troupes iranienne

Les préparatifs de l'invasion.

Le Shah a officiellement proclamé la neutralité de son pays le 4 septembre 1939, neutralité qui est réaffirmée par le souverain le 26 juin 1941. Pourtant dès le 22 juin, jour de l'attaque allemande contre l'URSS, l’ambassadeur britannique à Moscou, sir Stafford Cripps demande à Molotov que l'armée rouge pénètre en Iran. Le sujet est rapidement au centre de nombreuses consultations entre les des deux nouveaux alliés. Staline se range vite aux arguments des Britanniques concernant la menace que ferait peser la présence d'agents allemands sur le transit de matériel livrée dans le cadre du prêt-bail américain.

Quand le Shah conformément à son statut de neutre, refuse à Smirnov, l'ambassadeur de Staline à Téhéran, le transit de matériel militaire, il signe sa perte. Il ne donne en effet pas d'autre choix à Staline et Churchill que d'envahir un pays dont la position géostratégique est de première importance. Le 13 août, Britanniques et Soviétiques prennent donc la décision d'envahir l'Iran et de sceller par par la force leur fraîche alliance.

Du coté soviétique c'est une directive du NKVD du 8 juillet 1941 prescrivant de prendre des mesures en vue d’empêcher l'arrivée en Iran d'espions allemands qui est le point de départ pour la préparation de l'invasion de l'Iran. Cette planification est confiée au général Fiodor Tolboukhine qui dirige alors le district militaire de Transcaucasie. Pour les Britanniques, c'est au groupe de l'Iraq Force, qui devient alors le commandement persan et irakien, la Paiforce, sous la direction du lieutenant-général Sir Edward Quinan que revient la tache de préparer l'attaque. Pour cela la Paiforce peut compter sur les 8e et 10e divisions d'infanterie indienne du général William Slim, la 2e brigade blindée indienne du général John Aizlewood, la 4e brigade de cavalerie britannique du général James Kingstone et la 21e division d'infanterie indienne. Trois escadrons de la RAF, le 94e, composé de bombardiers Blenheim IV, le 261e avec des chasseurs Hurricane et le 244e formé de vieux biplans complètent le dispositif britannique.

Le plan anglais prévoit deux axes d'attaque contre l'Iran. Le premier, au sud, doit partir de Bassorah avec la 8ème division d’infanterie indienne en direction des champs pétroliers et du port d’Abadan. Pendant ce temps des navires britanniques et australiens ont pour mission de détruire la flotte iranienne qui mouille dans le port. Au nord les 2e et 9e brigades blindées ont pour tache de marcher sur Téhéran, depuis la frontière irakienne. Enfin, en soutien, venue de Syrie, la 10ème division d’infanterie indienne complète le dispositif britannique.

La conduite de l'invasion est confiée du coté soviétique aux troupes du district militaire de Transcaucasie. Les autorités forment alors sous le commandement du général Dimitri Kozlov, un front de Transcaucasie qui se compose des 44e, 45e, 46e et 47e armées soviétiques soit prés de 250 000 hommes. Pour l'opération contre l'Iran, l'aviation rouge est constituée des 36e et 265e régiments de chasse et du 336e régiment de bombardier. Cette force aérienne représente environ 500 appareils soit 225 chasseurs, 90 avions de reconnaissance et 207 bombardiers. [19].

Sur le Caucase une colonne doit partir de Tbilissi pour s'emparer de Tabriz et une autre de Bakou en direction de Bandar-e-Pahlavi (actuel Bandar-e-Anzali). De l'autre coté de la mer Caspienne, dans les plaines d'Asie centrale, la 53e armée commandée par le général Sergei Trofimenko participe également à l'opération. Cette armée, qui à été créé à partir des forces du district militaire d'Asie centrale et stationne à Achgabat au Turkménistan, doit avancer sur Téhéran par le nord-est.

Alors que les préparatifs militaires progressent, sur le plan diplomatique, Britanniques et Soviétiques accroissent leur pression sur le gouvernement iranien. Le 19 juillet puis le 16 août, les deux pays demandent à l'Iran l'expulsion immédiate de tous les ressortissants allemands. Selon l'ambassade soviétique à Téhéran il y aurait alors prés de 5 000 Allemands en Iran. Les autorités iraniennes répondent qu'en réalité le pays ne compte sur son territoire que 2 500 Britanniques, 390 Soviétiques et seulement 690 Allemands et 310 Italiens. Cette estimation, certainement plus proche de la réalité est de peu de poids face aux volontés conjointes des nouveaux alliés.

Le 19 août, le gouvernement du Shah annule les congés des militaires et mobilise 30 000 réservistes. Les journaux et la radio diffusent des discours patriotiques sur la nécessité de défendre la patrie. Les Iraniens disposent alors de 200 000 soldats, soit 9 divisions d'infanterie appuyées par une soixantaine de chars légers et moyens d'origine tchèque ainsi que d'une petite force aérienne de 80 avions. Cette armée a une faible capacité militaire qui lui permet certes de mettre au pas les tribus rebelles mais lui donne peu de chance face à un adversaire plus sérieux.

Le 21 août les Britanniques font savoir à leur allié russe qu'ils sont prêt passer à l'attaque. Le 25 août, le jour où les Iraniens annoncent enfin l'expulsion des ressortissants allemands, le premier ministre Ali Mansour reçoit une note soviétique qui l'informe que l'URSS s’apprête à prendre des mesures de protection en conformité avec le traité de 1921. Les Anglais font également parvenir une note qui dénonce les agissements des agents allemands en Iran et constatent que cette situation les oblige à agir préventivement.

Le Shah lance alors une appel désespéré au président des États-Unis, Franklin Roosevelt, afin que ce dernier prenne la défense d'un État neutre au nom de la justice internationale et du droit des peuples. La réponse de Roosevelt est décevante. Il indique au Shah que la progression nazie dans le monde ne peut être arrêtée que par la force et donc que les États-Unis accorde la priorité à la nécessité de sécuriser une voie de communication essentielle pour ravitailler l'URSS en guerre. Roosevelt rassure malgré tout le Shah en indiquant que les Alliés n'ont aucune revendication territoriale sur son pays. S'il est vrai que la Grande-Bretagne n'a pas de visées expansionnistes il n'en est pas de même de Staline qui soutient alors la politique annexionnistes menée par Bagirov Jafar, le premier secrétaire du PC de l'Azerbaïdjan, sur les provinces du nord de l'Iran.

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")