Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 07:53
Le sang coule à Paris: la fusillade de la rue Damrémont.

Le 23 avril 1925, un candidat de droite aux élections municipales de Paris, soutenu par les Jeunesses patriotes (JP), tient une réunion électorale rue Championnet. Pour les communistes, ce meeting au cœur d'un quartier ouvrier est une provocation. Les groupes de combats du PCF reçoivent l'ordre de se rendre à la réunion tandis que les JP sont mobilisées pour assurer sa sécurité. Dans le même temps, se tient au Cirque d'Hiver, un autre meeting à laquelle participent des Jeunesses patriotes. Une quarantaine d'entre eux se mettent en colonne pour rejoindre la réunion rue Championnet où les policiers leur demandent de s'éloigner. La colonne des Jeunesses patriotes s'engage alors rue Damrémont, suivie par une vingtaine de communistes. C'est alors que des coups de feu éclatent, quatre militants des JP sont tués et sept blessés.

 

La fusillade fait, le lendemain, la une de tous les journaux. La majorité de la presse accuse les communistes d'avoir organisé une véritable embuscade. Voilà des mois que le PCF dénonce une menace fasciste qu'incarne les JP et appelle à la combattre par la force à travers la création de groupes de combat.

 

Le PC se déclare innocent et présente la fusillade comme une réaction de défense des ouvriers contre les attaques des JP. Pourtant, la responsabilité des communistes apparaît certaine, puisque le bureau politique prescrit rapidement une enquête pour déterminer qui a donné aux militants l'ordre de tirer. Albert Treint quant à lui reconnaît implicitement cette responsabilité quand il indique que le service d'ordre a mal interprété les mots d'ordre contre le fascisme. L'arrestation sur place de deux militants parisiens, confirment également cette culpabilité.

 

Tout laisse donc à penser que le PC a été débordée par des militants activistes. La ligne politique du parti a provoqué l'effervescence chez certains qui blâment la modération de la direction et insistent sur la nécessité de combattre par la violence les groupes de droite. La direction a, en effet, par prudence donné pour consigne de ne pas utiliser des armes à feu contre les JP, mais seulement d'organiser des manifestations antifascistes. Il semble néanmoins que l'intention de la direction était d'infliger une correction aux Jeunesses patriotes, mais non de tuer. Mais, alors qu'elle avait dans un premier temps demandé à ses militants de ne pas être armés, elle a, selon la police, fait marche arrière. Ce revirement n'a pu que conforter les militants activistes dans leur volonté d'affrontement et leur apparaître comme une autorisation de passer à l'attaque.

 

Les événements du 23 avril provoquent une certaine inquiétude au sein du PC qui craint à la fois les foudres de l'opinion ouvrière et une possible répression gouvernementale. Surtout les Soviétiques sont particulièrement mécontents de cette affaire qui donne des arguments aux anticommunistes à la veille des élections.

 

Plus profondément la fusillade de la rue Damrémont donne l'occasion au PCF d'affirmer son refus d'utiliser la violence de manière offensive, voire terroriste.

 

Pour aller plus loin:

Frédéric Monier, Le complot dans la République, Paris, La Découverte, 1997.

David François, La violence dans le discours et les pratiques du PCF de 1920 à la Seconde guerre mondiale, thèse sous la direction de Serge Wolikow, Université de Bourgogne, 2 vol., 2012.

Partager cet article

Repost 0
communismeetconflits - dans Communisme français Violence urbaine

Présentation

  • : Communisme, violence, conflits
  • Communisme, violence, conflits
  • : Blog destiné à publier des articles et travaux historiques concernant les relations entre communisme et violence au XX°siècle. Ce blog est ouvert à ceux qui voudront publier articles, notes, annonces de publications, de colloques ou autres concernant ce champs d'étude historique.
  • Contact

L'autre coté de la colline

bannerfans 6509167

Rigueur historienne et clarté du propos. A ne pas manquer !

Recherche

Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")