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8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 07:41

Roger Faligot, Tricontinentale. Quand Che Guevara,  Ben Barka, Cabral, Castro  et Hô Chi Minh préparaient  la révolution mondiale, Éditions la Découverte, 2013.

Le rêve brisé de Che Guevara

A travers l'histoire de la Tricontinentale, une conférence tenue à La Havane en janvier 1966 et réunissant des représentants de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique latine, Roger Faligot plonge le lecteur dans le tourbillon de la révolution tiers-mondiste des années 1960. Après la conférence de Bandung en 1955 puis la vague de décolonisation qui touche l'Asie puis l'Afrique au début des années 1960, le tiers-monde fait son entrée sur la scène internationale pour rapidement devenir un champ de lutte dans le cadre de la guerre froide. Surtout ce tiers-monde apparaît comme le domaine privilégié de la lutte révolutionnaire, prenant le flambeau des mains d'un prolétariat occidental assagi qui profite de la croissance économique.

 

Mais plus que la lutte contre le capitalisme, ce qui fédère ces mouvements révolutionnaires c'est le combat contre l'impérialisme, qui s'incarne de manière privilégiée dans la figure des États-Unis. Le symbole de ce combat est depuis 1959, la révolution cubaine avec les figures tutélaires de Fidel Castro et de Che Guevara. Mais Cuba ne veut pas simplement être un modèle, elle entend, au nom de l'internationalisme, apporter son aide aux mouvements révolutionnaires du tiers-monde. En racontant la préhistoire de la Tricontinentale, l'auteur s'attarde longuement sur les contacts qui se nouent dés le début des années 1960 entre les grandes figures du tiers-mondisme, Cuba jouant en l’occurrence un rôle moteur. Mehdi Ben Barka, Ahmed Ben Bella et Che Guevara apparaissent comme chevilles ouvrières dans la création de ces réseaux de solidarité et d'entraide et l'auteur retrace minutieusement leurs différents parcours d'autant qu'aucun des trois n'assistent à la formation de la Tricontinentale. Che Guevara, après l'échec de sa tentative de guérilla au Congo s’apprête à partir pour la Bolivie, Ben Bella a été déchu du pouvoir et emprisonnés par Boumedienne et Ben Barka disparaît corps et bien à Paris.

 

Le déroulement de la conférence de la Tricontinentale permet à Roger Faligot de livrer une impressionnante galerie de portraits de ces participants. Se presse à La Havane des écrivains comme Moravia, Vargas Llosa mais aussi la chanteuse Joséphine Baker. Se retrouve des représentants de l'URSS, de la Chine populaire, de l'Inde, de l'ANC sud-africaine, du Viet-Nam mais aussi Salvador Allende. Il y a surtout les dirigeants des mouvements révolutionnaires qui se sont lancés dans la lutte armée comme le vénézuélien Douglas Bravo mais surtout Amilcar Cabral qui dirige en Guinée-Bissau et au Cap-Vert la lutte contre le colonisateur portugais. L'objectif des participants à la Tricontinentale est d'organiser la lutte du tiers-monde contre les États-Unis en prenant modèle sur le combat des Vietnamiens.

 

En parallèle de cette description foisonnante, Roger Faligot, décrit les efforts du gouvernement américain pour briser les mouvements révolutionnaires du Tiers-monde. Des tentatives d'assassinats de Fidel Castro à celui d'Amilcar Cabral en passant par l’enlèvement de Ben Barka, il montre les différents aspects cette guerre secrète pendant caché de la lutte ouverte menée contre le Viet-Cong et le Vietnam du Nord. Le coup le plus sévère est certainement la capture et l’exécution de Che Guevara en Bolivie en 1967.

 

La Tricontinentale ne survivra pas à ces coups portés par les États-Unis, secondés par les dictatures latino-américaines mais également par des régimes amis en Afrique comme le Zaïre de Mobutu, le Maroc d'Hassan II, le Portugal salazariste ou l'Afrique du Sud. Mais l'auteur insiste également sur l'hostilité qu'éprouvent Soviétiques et Chinois à l'égard de la Tricontinentale, cette sorte de troisième voie qui échappe à leur contrôle. D'ailleurs son échec oblige par la suite Cuba à choisir son camp dans la rivalité qui oppose depuis le début des années 1960 Moscou et Pékin.

 

Le livre de Roger Faligot, vaste fresque à dimension mondiale, se lit comme un roman, celui du dernier sursaut de l'internationalisme révolutionnaire, avant que les rêves de révolution mondiale se dissolvent progressivement dans les années 1970 avant de sombrer définitivement dans les années 1980.

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9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")