Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 juillet 2014 4 03 /07 /juillet /2014 07:41

Pierre Daix, Les combattants de l'impossible. La tragédie occultée des premiers résistants communistes, Robert Laffont, 2013.

L'Organisation spéciale et la mémoire communiste

Avec ce nouveau livre, Pierre Daix, poursuit une réflexion sur la mémoire communiste, réflexion commencée dans les années 1970 et dont le titre de son ouvrage précédent, paru en 2008, Dénis de mémoire, souligne les absences volontaires. L'auteur se penche particulièrement sur l'amnésie du PCF entourant l'Organisation spéciale (OS), cette structure clandestine de combat qui fut chargée de lancer la lutte armée en France à partir d’août 1941 avant la naissance des FTP au début de 1942. Si l'OS est au cœur du livre de Pierre Daix, c'est que l'auteur participa directement à ces activités.

 

Pierre Daix adhère au PC en 1939 alors que le Parti est déjà interdit par le gouvernement Daladier. Il intègre l'Union des étudiants communistes et participe aux premières actions de Résistance alors que la direction du PCF reste fidèle à l'esprit du pacte germano-soviétique. Il intègre ensuite l'OS sans toutefois participer aux actions armées. Il connaît donc tous ces premiers résistants communistes qui, pour la plupart, seront arrêtés et fusillés. Pierre Daix sera également arreté, mais la police n'ayant aucune preuve de sa participation à l'OS il est déporté à Mauthausen. A son retour de déportation il devient chef de cabinet du ministre Charles Tillon avant de prendre la direction du journal littéraire du PCF, Les Lettres françaises. Il prend par la suite, peu à peu ses distances avec le PCF, qu'il quitte en 1974.

 

Dans son livre, l'auteur raconte son expérience dans l'OS, notamment au coté de son ami Christian Rizo, et met en avant la volonté des jeunes communistes de s'engager dans la lutte contre l'occupant et cela bien avant l'invasion de l'URSS. C'est sur l'insistance du Komintern que Jacques Duclos, qui dirige le PC clandestin, pousse les jeunes à chercher l'affrontement avec l'occupant mais sans préparation. La manifestation à Paris, le 13 août 1941, organisée de manière improvisée, sans prendre soin de la sécurité des participants, débouche sur la condamnation à mort de deux jeunes manifestants mais également sur la rafle des Juifs du 11e arrondissement. Les opérations de sabotage de l'OS sont également mal préparées. Surtout la direction communiste n'assume pas les actions de l'OS qui sont dénoncées comme provocatrices par de nombreux militants. Pour Daix, il ne fait aucun doute que les membres de l'OS ont été sacrifié par une direction qui ne leur a fourni aucune préparation, ni encadrement, uniquement dans le but de montrer à Moscou que le PCF était dans la ligne dictée par le Komintern.

 

La réaction du PCF devant les attentats visant les Allemands semble confirmer l'hypothèse de Pierre Daix. Celui du 21 août à la station de métro Barbés n'est pas revendiqué par la presse communiste tandis que les 6 exécutions d'otage qui suit, dont celle de Jean Catelas, est ignorée. Après l'attentat de Nantes, commis par Gilbert Brustlein et Spartaco Guisco le 20 septembre 1941, la direction communiste est totalement affolée par l'ampleur des représailles allemandes et les réactions négatives qu'elles provoquent dans l'opinion, réactions partagées par des responsables communistes nourris à la sève de la lutte contre la guerre impérialiste. Les attentats ne sont pas revendiqués, ses auteurs sont dénoncés comme provocateurs. Quand Brustlein est identifié par la police, le PC envisage même de le faire exécuter . Si ce dernier parvient à rejoindre Londres, Guisco, qui est fusillé par les Allemands, est victime d'une campagne de calomnie, le dénonçant comme traître ayant trouvé refuge auprès de Franco. Si le PCF célèbre donc les otages fusillés à Chateaubriant, il occulte totalement l'engagement des premiers résistants de l'OS, allant jusqu'à le nier.

 

Ce déni de mémoire touche également le convoi de prisonniers, la plupart communistes, déportés à Auschwitz le 6 juillet 1942 et dont il a fallu attendre la thèse de Claudine Cardon-Hamet en 1997 pour qu'il sorte de l'oubli.

 

Pour Pierre Daix le principal responsable de ces occultations est Jacques Duclos. Ce dernier a ainsi cherché à effacer les traces des erreurs politiques commises à l'été 1940. Ces fautes ont en effet causé l'arrestation de nombreux dirigeants et cadres qui par la suite se sont retrouvés soit parmi les otages exécutés à la suite d'attentats, soit parmi les déportés du 6 juillet 1942. Cette réécriture de l'Histoire, reprise par Georges Marchais après la mort de Duclos en 1975, s'est donc faite au détriment des membres de l'OS et des déportés du 6 juillet 1942. Elle a particulièrement bien réussi puisqu'il a fallu attendre la fin des années 1990 et le début des années 2000 pour que des historiens redécouvrent la vérité.

 

A la fin du livre de Pierre Daix, le lecteur se plaît à imaginer ce que pourrait être un livre d'historien, une vaste synthèse, sur l'histoire de cette résistance communiste, dégagée des luttes mémorielles et s'appuyant sur les archives existantes.

Partager cet article

Repost 0

Présentation

  • : Communisme, violence, conflits
  • Communisme, violence, conflits
  • : Blog destiné à publier des articles et travaux historiques concernant les relations entre communisme et violence au XX°siècle. Ce blog est ouvert à ceux qui voudront publier articles, notes, annonces de publications, de colloques ou autres concernant ce champs d'étude historique.
  • Contact

L'autre coté de la colline

bannerfans 6509167

Rigueur historienne et clarté du propos. A ne pas manquer !

Recherche

Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")