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2 juin 2014 1 02 /06 /juin /2014 07:48

« D'une vie à l'autre », film allemand de Georg Maas, 2014.

D'un totalitarisme à l'autre

Il est bien connu que les procédés utilisés par la Stasi pour infiltrer et espionner les pays occidentaux ne s’embarrassaient guère de considérations morales ou éthiques. Le film de Georg Maas le démontre en révélant comment les services est-allemands utilisèrent l'un des héritages les plus sordides du 3e Reich pour envoyer des agents en Norvège.

 

Le film se situe dans cette période incertaine, l'année 1990, entre la chute du Mur et la réunification allemande. L’État est-allemand se désagrège lentement à l'image d'une Stasi qui n'a plus de raison d’être et se sait condamnée. C'est aussi le moment où ses agents, soldats d'un régime vaincu, doivent trouver leur place dans ce monde de l'après guerre froide, craignant par-dessus tout que leurs états de service au sein de la Stasi ne soient mis à jour.

 

L’héroïne du film, Katrin, une jeune grand-mère, femme d'un officier de la Marine norvégienne, voit son destin basculer quand un jeune avocat découvre qu'elle a passé ses premières années dans un Lebensborn. Fille des amours illégitimes d'une Norvégienne et d'un soldat allemand durant la Seconde Guerre mondiale, elle est placée dans un de ces orphelinats nazis où la SS veut faire grandir des enfants aryens capables de régénérer la race. A la fin de la guerre, les enfants des Lebensborn en Allemagne orientale se retrouvent rapidement citoyens de la nouvelle RDA.

 

Ces orphelins, à l'origine et à l'identité incertaine, vont constituer un vivier de choix pour le recrutement au sein de la Stasi. C'est le destin que connaît Katrin qui une fois devenue agent de la Stasi, simule sa fuite à l'Ouest pour retrouver sa mère en Norvège et réussir à trouver un emploi sur une base navale norvégienne, tout en continuant à travailler pour la Stasi. La chute du mur de Berlin et l'ouverture des archives en RDA mettent alors brutalement fin à ce quotidien fait à la fois d'espionnage et d'une banale normalité. La mère de famille espionne prend alors conscience que sa vie peut soudainement basculer. Elle renoue alors avec ses contacts de la Stasi, des hommes qui souhaitent également que leur passé n'émerge jamais au grand jour. Malgré les efforts de Katrin la vérité se dévoile peu à peu, brisant une famille aux fondations apparemment solides, mais qui repose sur un mensonge.

 

Le réalisateur en cherchant à condamner nazisme et communisme et à mettre en scène à la fois un thriller politique et un drame familial a certainement était trop ambitieux. Sur la forme, le film comporte des longueurs tandis qu'une recherche esthétique un peu trop poussée rend certaines séquences trop artificielles. Tombant parfois dans le mélo psychologique, le réalisateur ne parvient jamais à créer un vrai suspense, une intrigue prenante, de sorte que le dénouement du film est largement prévisible. Saluons malgré tout la qualité de la distribution et le jeu parfait des acteurs notamment du personnage principal incarné par Juliane Kohler.

 

Malgré ces imperfections la force et l’intérêt du film de Georg Maas résident dans le caractère historiquement authentique des faits qui sont mis en scène. Il parvient ainsi à mettre à nu les drames individuels provoqués par les deux grands totalitarismes du 20e siècle.

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communismeetconflits - dans Espionnage Communisme allemand RDA Stasi

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")