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29 mai 2014 4 29 /05 /mai /2014 07:37

Fabrice Grenard, Une légende du maquis: Georges Guingouin, du mythe à l'histoire, Vendémiaire, 2014.

Vie et destin d'unhéros de la Résistance communiste

Georges Guingouin est depuis longtemps une figure mythique de la Résistance mais qui n'avait jamais été l'objet d'une biographie complète. C'est dorénavant chose faite et de belle manière avec la biographie scientifique que lui consacre Fabien Grenard. Ce dernier, s'appuyant sur de nombreuses archives, retrace le parcours de l'instituteur communiste, faisant voler au passage un certain nombre de mythes.

 

Il montre un Guingouin, jeune instituteur communiste, militant dévoué, qui ne cesse de progresser au sein de l'appareil de la fédération de la Haute-Vienne. Il est d'une fidélité sans failles envers le PCF dont il applique consciencieusement la ligne politique. Cette fidélité s'exprime dès la signature du pacte germano-soviétique et l'interdiction du PCF puisque Guingouin ne rompt pas et n'hésite pas à poursuivre ses activités militantes. Il devient à la fin 1940 le principal animateur des réseaux clandestins communistes de la Haute-Vienne. Repéré par la police il plonge dans la clandestinité dès février 1941. Après un passage par la Corrèze en 1941-1942 il revient en Haute-Vienne pour fonder un maquis au début 1943. Alors qu'il ne possède aucune formation militaire, Guingouin se montre rapidement un chef de guérilla particulièrement efficace. Il fait régner une discipline sévère parmi ses hommes, instaure une hiérarchie dont il est à la tête, parvient à faire armer ses hommes, réussit à tisser tout un ensemble de complicités dans la population civile.

 

Rapidement l'autorité de Guingouin supplante celle de Vichy dans partie de la Haute-Vienne où rayonne son maquis. L'action de la gendarmerie, des GMR et les ratissages organisés par l'armée allemande ne parviennent à l'affaiblir. Avec les combats de la Libération, notamment la bataille du mont Gargan, Guingouin entre dans la légende. Devenu commandant des FFI de son département il est le symbole du héros maquisard. Il profite de cette aura pour se faire élire maire de Limoges en 1945.

 

Si la geste résistante de Guingouin, il est fait Compagnon de la Libération, est cultivé par le héros lui-même, le début de la Guerre froide voit le développement d'une légende noire du maquisard prendre de l'ampleur. Elle le montre comme un chef de bande, un seigneur de guerre impitoyable n'hésitant pas à avoir recours aux détournements de fonds et à l'assassinat politique. Au début des années 1950, Guingouin se retrouve au centre d'une affaire qui tourne autour d'une affaire de droit commun, l'assassinat de deux paysans en 1945. Sans preuves, il est inculpé et emprisonné en 1954. En prison il est victime d'un passage à tabac en règle qui le laisse presque mort. L'épreuve est d'autant plus difficile que ses relations avec le PCF, déjà tendu durant l'Occupation, n'ont cessé de ce dégradé après la guerre jusqu'à son exclusion du Parti. Finalement innocenté, Guingouin reprend son travail d'instituteur dans l'Aube. Jusqu'à sa mort en 2005, il ne cesse de défendre la mémoire de son maquis et son honneur face aux calomnies dont il reste l'objet. Il meurt sans avoir perdu sa foi dans le communisme mais sans reprendre sa carte au PCF qui l'a finalement réhabilité en 1998.

 

Fabrice Grenard retrace avec force détails chaque étape de la vie de Guingouin en donnant néanmoins une place de choix aux années de guerre. Surtout il interroge de manière scientifique certains mythes qui entourent la figure de Guingouin. Il montre que ce dernier fut un militant fidèle du PCF, appliquant la ligne, notamment après la signature du pacte germano-soviétique, loin de l'image de dissident qu'il a voulu donner après la guerre. Fabrice Grenard montre également qu'il ne fut pas le premier maquisard de France puisqu'au moment où il fonde son maquis, ces derniers existent déjà en Corrèze mais également en Savoie. Il ne fut pas non plus le chef du maquis limousin puisque cette région compte des maquis qui ne dépendent pas de lui comme ceux de l'Armée secrète. La décision de ne pas attaquer Limoges après le débarquement de Normandie, évitant à la ville le sort de Tulle, n'est pas, comme cela est trop souvent présenté, une initiative de Guingouin mais une décision prise collectivement par l'état-major FFI.

 

Sur le plan militaire, Fabrice Grenard montre que Guingouin ne fut pas un Tito limousin. S'il fut un talentueux chef de guérilla, il évite les affrontements directs avec les Allemands, à l'exception de la bataille du mont Gargan. Il ne possède pas en effet la puissance militaire pour combattre frontalement et avec des chances de succès l'adversaire comme a pu le faire le chef yougoslave.

 

Nous ne pouvons que recommander la lecture de cette biographie stimulante qui redonne à Guingouin toute sa place dans l'histoire de la Résistance, faisant justice aussi bien de la légende dorée que de la légende noire qui l'entoure. Un appareil de notes, des documents d'archives, un index, une belle bibliographie complètent à merveille cet ouvrage qui apparaît déjà comme une référence. Souhaitons que des travaux de ce niveau voient encore le jour afin de donner l'image la plus juste de l'histoire de la Résistance, notamment communiste.

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9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")