Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 avril 2014 4 10 /04 /avril /2014 07:12

Frederick Taylor, Le mur de Berlin, Perrin, coll. Tempus, 2011

Le Mur de Berlin, point chaud de la Guerre froide en Europe

Le mur de Berlin reste toujours le symbole incontournable de la guerre froide en Europe. Il est surtout celui d'un drame qui affecta pendant prés de 30 ans une ville, séparant des habitants, des familles, des époux, des amis. Dans Berlin divisés c'est avec une clarté aveuglante que se laisse apercevoir les liens multiples qui se tissent entre tragédies personnelles et passions internationales et politiques.

 

Frédéric Taylor s'attache à raconter cette histoire en essayant de faire la part entre le mythe et l'histoire. Par sa présence physique et sa signification concrète, l'interdiction faite aux hommes et aux femmes de se déplacer librement, le Mur fut une abomination. Mais l'auteur montre que sur le plan géopolitique les choses furent plus ambiguës et que pour de nombreux dirigeants occidentaux le Mur apparaissait comme un élément de stabilisation de la situation. Comme les Berlinois, ils apprirent à vivre avec.

 

Dans le jeu compliqué que se livrèrent l'Est et l'Ouest, Berlin fut un pion sur un échiquier dont les joueurs se trouvaient à Moscou et à Washington. Si le Mur fut érigé en une nuit, son origine remonte à la partition de l'Allemagne en 1945 et au développement rapide de la guerre froide qui fait de la question allemande un potentiel déclencheur de conflit mais aussi un problème insoluble. Symbole de cette division, Berlin-Ouest, ilot capitaliste au milieu d'une république stalinienne, focalise les tensions et les crispations de la Guerre froide.

 

La tentative de Staline de déloger les Occidentaux de Berlin par l'instauration d'un blocus en 1948 est un échec qui ouvre une phase de coexistence dans l'ancienne capitale allemande. La population circule à peu prés librement entre les secteurs de la ville et des services publics sont communs à l'ensemble de Berlin. Mais cette situation est précaire notamment en raison des agissements des dirigeants communistes de l'Allemagne de l'Est. Walter Ulbricht réussi ainsi en janvier 1953 à faire accepter par les Soviétiques l'idée de créer une frontière fortifiée pour séparer la RDA de Berlin-Ouest. Mais la mort de Staline remet le projet en question.

 

La révolte des ouvriers de Berlin-Est en 1953, suivi par une vague d'émigration légale et illégale vers l'Ouest remet à nouveau à l'ordre du jour la question de la frontière puisque l'État est-allemand court le risque de se vider de sa population et de s'écrouler. Ce n'est qu'en 1961 que les Soviétiques donnent à nouveau leur accord pour fermer la frontière. La partie la plus intéressante du livre est justement la préparation de ce bouclage, qui reçoit le nom de code de projet Rose. Le plan est audacieux puisqu'il s'agit, dans le plus grand secret de couper toute possibilité de circulation entre Berlin-Est et Ouest. Le moment choisi est un week-end tranquille au cœur de l'été. Ce qui semblait impossible à beaucoup se réalise en quelques heures le 14 aout 1961.

 

Commence alors la période héroïque du Mur comme dit l'auteur. D'un côté les autorités est-allemandes essayent de rendre le Mur le plus étanche possible en remplaçant les premiers barbelés par des constructions en béton de plus en plus perfectionnées. De l'autre des habitants de la RDA tentent par tous les moyens possibles de s'enfuir vers l'Ouest. Pour cela ils peuvent compter sur l'aide de groupes de Berlinois de l'Ouest, souvent des étudiants, qui organisent des passages et construisent des tunnels sous le Mur.

 

Rapidement le Mur devient une barrière infranchissable et s'installe durablement dans le quotidien des Berlinois. Khrouchtchev et Kennedy ne veulent, pour différentes raisons, faire de Berlin le déclencheur d'un nouveau conflit. L'auteur retrace les drames qui émaillent l'existence du Mur mais aussi des moments plus légers comme la venue à Berlin du vice-président américain Lyndon Johnson. L'Occident reconnaît peu à peu l'existence du Mur à l'exemple de Willy Brandt qui se montra violemment opposé à la construction du Mur en 1961 alors qu'il était le maire de Berlin.

 

La situation semble figée dans les années 1980 dans une situation même de détente avec la visite d'Erich Honecker dans sa région natale de la Sarre en 1987. Dans le même temps le Mur devient un système perfectionné quasiment infranchissable et les tentatives d'évasion deviennent rarissimes. L'auteur décrit avec précision et d'une manière passionnante les semaines précédant la chute du Mur en novembre 1989. Événement inattendu, nait en partie lors d'un malentendu lors d'une conférence de presse et qui ouvre les vannes de la débâcle de la RDA.

 

L'auteur a eu la bonne idée de poursuivre son récit au-delà de 1989. Il montre ainsi la sous-estimation par le chancelier Kohl du coût de la réunification et les désillusions des Allemands de l'Est confrontés à un monde capitaliste inconnu. Ironie de l'histoire, dans une Allemagne dont la chancelière est née en RDA, Berlin est de nos jours dirigé par une coalition formée de communistes réformateurs et de sociaux-démocrates. Voici donc un livre précieux pour découvrir l'un des symboles les plus forts de la Guerre froide en Europe.

Partager cet article

Repost 0
communismeetconflits - dans Communisme allemand Guerre froide

Présentation

  • : Communisme, violence, conflits
  • Communisme, violence, conflits
  • : Blog destiné à publier des articles et travaux historiques concernant les relations entre communisme et violence au XX°siècle. Ce blog est ouvert à ceux qui voudront publier articles, notes, annonces de publications, de colloques ou autres concernant ce champs d'étude historique.
  • Contact

L'autre coté de la colline

bannerfans 6509167

Rigueur historienne et clarté du propos. A ne pas manquer !

Recherche

Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")