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6 mars 2014 4 06 /03 /mars /2014 07:58

Richard Pipes, L'affaire Degaev, De Fallois, 2012.

Plongée au cœur du terrorisme populiste russe.

Richard Pipes, éminent spécialiste américain de l'histoire de la Russie, fait ici le récit d'un épisode peu connu de l'histoire du mouvement révolutionnaire russe, à travers le destin d'un homme qui fut d'abord un terroriste, puis avait trahi ses camarades avant de refaire sa vie, sous un nouveau nom, aux États-Unis en tant que respectable professeur d'université dans le Dakota du Sud.

 

A parti des années 1860, sous le règne du tsar Alexandre II, le terrorisme jouit de la sympathie de larges fractions de la société russe, y compris dans l'armée. Dostoïevski lui-même, qui dans son roman Les Possédés, dénonce la folie des révolutionnaires, avoue qu'il ne dénoncera jamais un terroriste. Serguei Degaev est issu d'une famille de la bourgeoisie qui partage cette sympathie pour l'action des terroristes de l'organisation de la Volonté du Peuple créé en 1880.

 

A 20 ans il adhère à ce groupe qui prépare alors fébrilement le meurtre du tsar. Plein d'ardeur il crée des cercles de révolutionnaires et espère par son activisme devenir membre de la direction de la Volonté du peuple. Mais Degaev n'a pas la trempe d'un martyr révolutionnaire, il a peur du sang et devient un militant de second rang pour qui la direction de l'organisation reste fermée. S'il se sent frustré et insulté par ce refus, il continue néanmoins sont action au sein de la Volonté du peuple. L'attentat réussi contre Alexandre II en mars 1881 provoque une large rafle policière dans les rangs révolutionnaires. Degaev est arrêté puis relâché. En 1882, la Volonté du peuple l'envoie à Odessa pour monter une imprimerie clandestine. Mais repéré par la police à la suite d'imprudences qu'il impute à Vera Figner, Degaev est arrêté en décembre.

 

C'est en prison qu'il fait la connaissance de Gueorgui Soudeïkin, le meilleur policier tsariste, un maître dans le retournement et l'infiltration des révolutionnaires. Degaev accepte de travailler pour la police, livrant des listes de noms et d'adresse. Une fausse évasion permet à Degaev de reprendre contact avec la Volonté du peuple. Cela permet surtout à la police de surveiller et d'arrêter les révolutionnaires dont Vera Figner. L'organisation est rapidement exsangue. Bientôt, Degaev est soupçonné par ses camarades d'être un indicateur. Il avoue et accepte pour se racheter de tuer Soudeïkin. Le maitre policier est tué en décembre 1883. Traqué par la police, abandonné par les révolutionnaires qui ne lui pardonne pas sa trahison, Degaev erre en Europe puis en Amérique du Nord où il s'installe finalement.

 

Jusqu'à la fin de sa vie, cet homme, qui est devenu professeur d'université respecté par ses collègues et apprécié par ses élèves vivra dans la crainte d'une possible vengeance de ses anciens amis révolutionnaires.

 

Pipes, fait revivre d'une manière claire et vivante la lutte souterraine que se livrèrent la police tsariste et les terroristes révolutionnaires, une lutte impitoyable où se devinent déjà les méthodes et les tragédies des combats clandestins du siècle suivant.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie Terrorisme

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")