Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 janvier 2014 1 06 /01 /janvier /2014 07:30

Matthew Lenoe, The Kirov Murder and Soviet History, Yale University Press, 2010.

Le meurtre de Kirov

L'assassinat de Sergeï Kirov en décembre 1934 est un des grands meurtres mystérieux du 20e siècle et le sujet de nombreuses controverses. Kirov est alors un personnage important. Il dirige le Parti communiste de Léningrad et fait partie du cercle des proches de Staline. Son assassinat par un obscur membre du Parti, Leonid Nikolaev, est un événement majeur de l'histoire de l'URSS. Staline en profite pour accusés ses anciens opposants, Lev Kamenev et Grigori Zinoviev et affirmer que la conspiration qui a débouché sur ce meurtre a des racines profondes dans le PCUS ce qui nécessite une purge massive. Mais les opposants à Staline affirme que le meurtre de Kirov fut organisé par Staline pour à la fois se débarrasser d'un rival et avoir un prétexte pour lancer la Grande Terreur.

 

Cette dernière interprétation prédomina longtemps au sein de l'historiographie occidentale notamment à la suite des ouvrages de Robert Conquest. Malgré le fait que les enquêtes menées à l'époque de Krouchtchev et de Gorbatchev puis celle faites par des historiens russes et occidentaux en s'appuyant sur les archives mises à jour avec la chute de l'URSS n'apportent aucune preuve pour faire de Staline l'instigateur du meurtre, le sujet reste controversés certains accusant les chercheurs de croire un peu trop naïvement les rapports du NKVD.

 

L'auteur, qui a pris soin d'utiliser des documents déclassifier par le FSB, les services de renseignements russes, démontre qu'il n'y a pas eu de complot. Nikolaev a agit seul par désillusion personnelle et politique. Issu d'une famille pauvre, la révolution bolchevique lui offre la possibilité de sortir de sa condition. Il devient un communiste acharné et occupe différentes fonctions administratives. Mais il est querelleur et se trouve rapidement en butte à l'hostilité de ses collègues et de ses supérieurs ce qu'il considère comme une injustice. Quand il est finalement licencié de l'Institut d'Histoire de Léningrad, il songe d'abord à se suicider puis il décide de se venger.

 

L'auteur n'exonère néanmoins pas Staline et replace dans leur contexte les purges. Il rompt avec l'image traditionnelle de purges voulu par un dictateur omnipotent et machiavélique contre des adversaires imaginaires. L'auteur montre bien que Staline n'a pas inventé l'opposition dans une URSS en proie aux tensions sociales. Le meurtre de Kirov est l'occasion idéale pour salir les adversaires même si Lenoe prévient qu'aucune preuve ne démontre que Nikolaev a agit seul. Les interrogatoires du NKVD montre comment les témoins sont intimidés, voire torturés, afin d'impliquer les victimes choisis par Staline. Le cynisme lié à la peur de la sédition explique alors le comportement du chef de l'URSS.

 

Conduit comme un excellent polar historique, ce livre donne un fascinant aperçu de la tension, de la colère et de la peur qui agitent alors la population et les dirigeants. C'est une excellente entrée dans une époque extraordinaire.

Partager cet article

Repost 0
communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie URSS

Présentation

  • : Communisme, violence, conflits
  • Communisme, violence, conflits
  • : Blog destiné à publier des articles et travaux historiques concernant les relations entre communisme et violence au XX°siècle. Ce blog est ouvert à ceux qui voudront publier articles, notes, annonces de publications, de colloques ou autres concernant ce champs d'étude historique.
  • Contact

L'autre coté de la colline

bannerfans 6509167

Rigueur historienne et clarté du propos. A ne pas manquer !

Recherche

Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")