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17 décembre 2013 2 17 /12 /décembre /2013 07:22

Le 5 avril 1951, Julius et Ethel Rosenberg sont condamnés à mort pour complot et espionnage au profit de l'Union soviétique. Ils sont exécutés sur la chaise électrique en 1953, devenant ainsi les deux seuls civils américains exécutés pour espionnage lors de la guerre froide. Pour beaucoup les Rosenberg sont les victimes d'un climat d'hystérie collective qui s'empare des États-Unis au début des années 1950. Les Américains ont alors l'impression que l'avancée du communisme dans le monde est inexorable. En 1948, l'Europe de l'Est est totalement sous la domination soviétique, en 1949 Mao s'empare du pouvoir en Chine, en 1950 débute la guerre de Corée tandis que les Français sont malmenés en Indochine. Pour l'opinion américaine, ces succès sont à la fois angoissants et incompréhensibles. C'est alors que le sénateur Joseph McCarthy va donner une réponse à ces craintes: les succès communistes sont le résultat de l'infiltration soviétique dans tous les rouages de l'administration et des secteurs clefs américains. Pour de nombreux Américains, le cas des Rosenberg illustre parfaitement ce travail de subversion communiste qui gangrène des États-Unis qui ne cessent de reculer dans le monde face à la marée rouge.

1949, la première bombe atomique soviétique explose

1949, la première bombe atomique soviétique explose

Julius et Ethel Rosenberg sont accusés d'avoir organiser et diriger un réseau d'espionnage pendant la Seconde Guerre mondiale permettant de fournir aux Soviétiques d'obtenir des informations sur le développement de la bombe atomique aux États-Unis. Ces informations auraient permis à l'URSS de se doter de l'arme atomique en 1949.

 

L'affaire débute quand, en décodant les câbles soviétiques dans le cadre du projet Venona, les autorités américaines découvrent que des secrets nucléaires sont transmis aux Soviétiques. L'enquête conduit en février 1950 à l'arrestation par les Britanniques de Klaus Fuchs, un scientifique antinazi exilé d'Allemagne, qui a participé au projet Manhattan. Fuchs avoue avoir remis des informations à un chimiste de Philadelphie, Harry Gold. Ce dernier déclare aux agents du FBI qu'il a également reçu des secrets par un mécanicien stationné à Los Alamos au centre du Projet Manhattan. Ce soldat, David Greenglass, implique à son tour sa femme Ruth ainsi que le mari de sa sœur Ethel, Julius Rosenberg qui est arrêté en juillet 1950.

 

Julius et Ethel Rosenberg, fils d'immigrants, ont grandi à New York. Dans les années 1930 ils adhèrent au Parti communiste américain. Le couple se marie en 1940 avant que Julius, ingénieur, n'entre comme civil au service des transmissions de l'armée. Les Rosenberg continuent à militer au sein du mouvement communiste jusqu'à la naissance de leur premier enfant en 1943. En pleine guerre contre l'Allemagne nazie, l'Union soviétique est l'allié des États-Unis. Pourtant en 1944, le FBI découvre le passé communiste de Julius qui est renvoyé de son travail en 1945. C'est durant la guerre qu'il aurait recruté son beau-frère David Greenglass pour lui fournir des secrets en provenance de Los Alamos.

Les époux Rosenberg

Les époux Rosenberg

Interrogé par le FBI, Julius Rosenberg refuse d'avouer qu'il est un espion ainsi de de donner des informations. Il n'existe presque aucun élément qui puisse incriminer Ethel Rosenberg, l'épouse de Julius. Mais le FBI décide de l'arrêter afin de pouvoir faire pression sur son mari. C'est alors que pour se dédouaner les Greenglass accusent Ethel qui est inculpé, comme Julius, en vertu de la loi sur l'espionnage de 1917 qui interdit d'aider les ennemis des États-Unis en temps de guerre.

 

Le procès des Rosenberg et de Morton Sobell, lui aussi inculpé de conspiration pour espionnage, débute le 6 mars 1951. L'accusation repose sur les témoignages des époux Greenglass et celui de Harry Gold. Les preuves de culpabilité sont faibles et le fait qu'au moment des faits reprochés les États-Unis et l'URSS étaient alliés interdit de parler de trahison. Les Rosenberg nient toujours avoir espionnés pour le compte des Soviétiques. Leur refus de répondre aux questions sur leur appartenance au Parti communiste, en invoquant le cinquième amendement de la Constitution américaine, dessert leur défense.

 

Le 29 mars, le jury déclare les trois inculpés coupables et le juge les condamne à la peine de mort une semaine plus tard. Pour l'accusation, cette peine doit pousser Julius a enfin avouer et à donner les noms de ses complices espions. Julius n'avoue rien. Les époux Rosenberg sont exécutés sur la chaise électrique le 19 juin 1953 à la prison de Sing Sing. Klaus Fuchs dont le rôle fut décisif pour transmettre les secrets atomiques américains aux Soviétiques, n'écope quand à lui que d'une peine de 14 ans de prison. Harry Gold est condamné à 10 ans de prison, David Greenglass a 15 ans et Sobell à 30 ans.

Klaus Fuchs, l'espion atomique

Klaus Fuchs, l'espion atomique

Le procès des Rosenberg a un retentissement mondial. Un Comité de Défense des Rosenberg voit le jour aux États-Unis mais le mouvement s'étend à de nombreux pays à partir de la fin 1952. L'agitation ne cesse de se développer jusqu'à l'exécution avec l'organisation de manifestations, l'envoi de télégrammes et de messages aux autorités américaines, la publication d'articles dans les médias. Les communistes dénoncent le fascisme et l'antisémitisme qui se développeraient aux États-Unis, mais plus généralement les défenseurs des Rosenberg se recrutent bien au-delà de la seule influence communiste. Ce vaste mouvement de protestation populaire ne sauve pas les époux Rosenberg même s'il détourne les regards du complot des blouses blanches qu'organise Staline en URSS.

 

La question de la culpabilité des Rosenberg a été l'objet d'âpres débats. Les défenseurs des Rosenberg avancent qu'ils furent les victimes de l'hystérie anticommuniste d'une Amérique en proie aux délires de McCarthy. Ils avancent également qu'ils ont été condamnés uniquement sur la base des témoignages égoïstes des autres inculpés d'espionnage qui ont sauvé leur vie en sacrifiant celles des Rosenberg.  

Manifestation en France en faveur des Rosenberg

Manifestation en France en faveur des Rosenberg

La chute du Mur de Berlin et la fin de l'URSS en 1991 permettent la publication de documents qui éclairent d'un jour nouveau l'affaire Rosenberg. En 1995, la déclassification par les autorités américaines des enregistrements Venona montre que Julius a participé au recrutement par les services de renseignements soviétiques de David Greenglass. En 1997, l'ancien agent soviétique Alexandre Feklissov révèle qu'il a été l'agent traitant de Julius Rosenberg. Ce dernier, recruté en 1942, dirige un groupe surtout chargé d'espionner dans le domaine de l'électronique. Il ajoute que les informations fournies n'ont donc guère été utiles pour le développement du programme atomique soviétique et ont surtout aidé à développer la technologie qui a permis d'abattre en 1960 l'avion espion U2. Pour Feklisov, les Rosenberg ne méritaient pas de mourir.

 

En 2001, c'est David Greenglass qui avoue avoir menti au sujet d'Ethel afin de protéger sa femme. Morton Sobell, en 2008, après avoir pendant des années affirmé que les Rosenberg étaient innocents, admet que lui et Julius furent bien des espions mais qu'Ethel ne fut que coupable d'être l'épouse de Julius.

 

Ils confirment ainsi que Julius Rosenberg se livra à des activités d'espionnage pour les Soviétiques. Mais ils montrent également qu'Ethel n'a fait que fermer les yeux sur les activités de son mari et n'y a pris aucune part.

 

L'affaire Rosenberg reste un symbole de la guerre froide. Si les Rosenberg ne furent pas aussi innocents que l'affirma une certaine vulgate, ils ne furent pas non plus les traîtres que présenta la propagande anticommuniste. Au final, alors que la guerre froide appartient depuis longtemps à l'Histoire, cette affaire reste le symbole des dérives qui peuvent frapper une démocratie quand elle est la proie d'une hystérie collective.  

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communismeetconflits - dans Guerre froide

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")