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23 décembre 2013 1 23 /12 /décembre /2013 07:35

Le 1er septembre 1983, le vol commercial Korean Airlines 007, après avoir décollé la veille de New-York, fait une escale à Anchorage en Alaska avec ses 240 passagers et 29 membres d'équipage. Puis il repart pour sa destination finale, Séoul en Corée du Sud. Mais peu à peu le Boing 747 s'écarte de sa trajectoire normale et se retrouve à près de 350 km à l'ouest. Il survole alors la pointe orientale de la Sibérie, la péninsule du Kamchatka où se trouvent des installations militaires secrètes soviétiques puis la mer d'Okhotsk en direction de l’île de Sakhaline. La situation est dangereuse car à cette époque les Soviétiques ont repéré la présence d'un avion de reconnaissance de l'US Air Force, un Boing RC-135 Cobra Ball, qui ressemble à un 747 et qui vole dans et hors de la portée de leur système de défense.

Le vol KAL-007

Le vol KAL-007

Surtout les Soviétiques ne se rendent pas compte que le vol KAL 007 est un avion civil et ils envoient deux chasseurs SU-15 de la base de Dolinsk-Sokol afin de l'intercepter. Les pilotes soviétiques essayent d'entrer en contact avec le Boing mais en vain. Finalement un Sukhoï-15, piloté par le colonel Osipovitch, tire deux missiles air-air à tête chercheuse thermique sur l'appareil. Celui-ci effectue alors une chute rapide en spirale et s'écrase dans la mer du Japon prés de l’île de Moneron. Tous les passagers trouvent la mort dont Lawrence McDonald, un membre du Congrès des États-Unis.

Un Sukhoï-15

Un Sukhoï-15

La destruction du Boing et la mort de ses passagers provoquent l'émoi dans le monde. La tension entre les États-Unis et l'Union soviétique, déjà forte, monte encore d'un cran. Le 5 septembre le président Ronald Reagan dénonce le geste de l'URSS qu'il qualifie de massacre. Le lendemain, l'URSS reconnaît avoir abattu le vol KAL 007 car il violait l'espace aérien soviétique et que les pilotes soviétiques n'ont pas reconnu en lui un vol civil. Le 15 septembre, les autorités américaines interdisent tous les vols d'Aeroflot au départ ou à destination d'un aéroport américain. Cette décision empêche Andreï Gromyko, le ministre des Affaires étrangères soviétique, de se rendre à une séance de l'ONU. Cette interdiction ne fut levée qu'en avril 1986. En pleine crise des euromissiles, la destruction du vol KAL 007 permet au président Reagan de justifier sa position intransigeante face à l'Union soviétique.

1983, l'affaire du KAL-007

Finalement les responsables américains et soviétiques concluent que l'événement est le résultat d'un malentendu tragique. Les pilotes ont dévié sans intentions malignes de leur trajectoire tandis que les Soviétiques avaient de bonnes raisons de croire qu'il s'agissait d'un avion espion et l'ont abattu sans savoir qu'il s'agissait d'un avion civil. Le responsable de la sécurité aérienne de la NASA explique que l'erreur des pilotes est avant tout technique. Fatigués après cinq jours de vol, ils ne se sont pas rendu compte que le système de navigation par inertie, le plus précis, n'était pas enclenché et que l'avion volait dans le cadre du système Cap, beaucoup moins précis. Les voyants dans le cockpit n'ont pas signalé cette anomalie et les pilotes n'ont pu s'apercevoir que l'avion avait dévié de son cap. Cette anomalie entraînera par la suite la modification des pilotes automatiques sur l'ensemble des Boing. Ces conclusions sont confirmées par une nouvelle enquête réalisée en 1991 après la remise des boites noires par les autorités russes.

Le déroulement du drame

Le déroulement du drame

Pourtant il existe de nombreuses théories qui rejettent la version officielle de l'erreure fatale. Pour certains, le gouvernement américain a intentionnellement fait voler le Boing au dessus de l'URSS pour tester les défenses soviétiques et surtout n'aurait rien fait pour empêcher la riposte russe. C'est la thèse défendue par les Soviétiques, notamment lors d'une conférence de presse tenus le 9 septembre 1983 par le maréchal Ogarkov, puis par Iouri Andropov. Elle permet d'accuser l'administration de Reagan d'être un repaire de provocateurs dangereux et bellicistes. Pour d'autres, le fait que les secours n'ont retrouvé que peu de restes humains sur les lieux du drame tend à montrer qu'il y eut des survivants et ces derniers auraient été capturés par les Soviétiques. Certains affirment que l'avion aurait été abattu par un missile américain dans un moment de confusion à la suite d'accrochage entre Américains et Soviétiques dans le ciel de Sakhaline, voir par un avion de chasse japonais. La découverte en 1996 que le président de la Corée du Sud au moment du drame a reçu 4 millions de dollars de la Korean Airlines pour s'assurer la protection du gouvernement durant l'enquête sur l'accident renforce bien entendu les différentes théories du complot.

 

La fin du vol KAL 007 reste encore un mystère, bien que l'URSS a disparu depuis plus de 20 ans. Les raisons de la tragédie demeurent obscures, notamment le rôle joué par les Américains dans ce drame. Un épisode de cette guerre discrète que se livrèrent Soviétiques et Occidentaux, une guerre froide, qui faillit par moments, comme en 1983, conduire à l'apocalypse, une guerre qui coûta la vie aux 269 innocents passagers du vol KAL 007 New-York-Séoul.

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communismeetconflits - dans Guerre froide

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9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")