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1 novembre 2013 5 01 /11 /novembre /2013 07:49

Les Polonais dans l'armée du Tsar.

En 1914, quand la Première Guerre mondiale éclate, la Pologne subit toujours les conséquences de son partage de 1795 entre la Russie, la Prusse et l'Autriche. Les Polonais sont donc appelés à se combattre au sein des armées de chacun des empires en lice. Afin de les mobiliser et de stimuler le volontariat chaque camp promet d'accorder aux territoires polonais qu'il contrôle plus d'autonomie après la guerre. Des unités spécifiquement polonaises voient alors le jour.

 

Au sein de l'armée russe, des volontaires polonais se réunissent entre octobre et novembre 1914 et forment au début de 1915 la Legion Pulawy sous l'égide du comité national polonais, un organisme qui soutient l'Entente. La Légion, qui compte environ un millier d'hommes, forme un bataillon de l'armée tsariste et combat contre les Allemands de mars à septembre. La légion est alors retirée du front afin de reconstituer ses effectifs. En octobre 1915 elle disparaît finalement pour devenir la brigade des fusiliers polonais.

 

Cette brigade, commandé par le général Piotr Szymanowski, comprend environ 8 000 hommes au moment où elle rejoint le front en mars 1916. En janvier 1917 elle devient la division des fusiliers polonais sous les ordres du général Tadeuz Bylewsky et se trouve stationnée sur le front de Galicie.

 

Au sein de la division le régiment de réserve qui stationne à Belgorod en Ukraine se montre particulièrement réceptif à l’enthousiasme révolutionnaire qui balaie la Russie au printemps 1917. Au moment de l'élection des soviets de soldats, les hommes du régiment élisent en majorité des sous-officiers de tendances révolutionnaires qui prennent donc la direction du soviet régimentaire. Ce comité organise les soldats afin qu'ils résistent aux tentatives de recrutement au sein du 1° Corps polonais et pour qu'ils refusent également de reconnaître l'autorité suprême des généraux nationalistes Dowbor-Musnicki et Naczpol. Au moment de se choisir un commandant, les hommes du régiment de réserve élisent le lieutenant Mieczyslaw Jackiewicz. Le 20 août 1917, les 16 000 soldats et 35 officiers du régiment de réserve approuvent une proclamation révolutionnaire, sorte de manifeste idéologique, imprimée à 80 0000 exemplaires et distribuée aux autres soldats polonais servant dans l'armée russe.

 

Le 29 septembre 1917, le commandement du régiment se tourne vers le ministre de la Guerre du gouvernement de Kerenski pour lui demander de l'aider à reformer le régiment de réserve. Mais cette initiative ne reçoit le soutien ni du comité central des associations de militaires polonais, ni de la direction du SDKPiL (la Social-démocratie du royaume de Pologne et de Lithuanie) qui s'oppose à la création d'unités militaires nationales distinctes qu'elle assimile à une forme de séparatisme national incompatible avec l'internationalisme prolétarien.

 

Le 3 octobre 1917, le régiment de réserve est finalement libéré de son obéissance au général Dowbor-Musnicki et passe sous la direction du district militaire de Moscou. Fortement influencés par les soviets locaux, les soldats du régiment déclarent soutenir le comité militaire révolutionnaire de Moscou, un organisme dirigé par les bolcheviks.

 

En parallèle le régiment de réserve demande qu'on lui donne des armes, qu'il reçoit dans la seconde moitié de novembre 1917 après la prise du pouvoir par les bolcheviks. Le régiment devient alors officiellement le 1° régiment polonais révolutionnaire. A la fin de l'automne si cette unité prend part à des combats sporadiques contre des forces contre-révolutionnaires, elle refuse néanmoins d'affronter les nationalistes du Conseil central ukrainien. Ce refus entraine le désarmement du régiment le 30 décembre, action durant laquelle le lieutenant Jackiewicz est tué. Il est remplacé à la tête de l'unité par Henryk Paczkowski. De nombreux soldats ainsi désarmés partent alors pour Moscou dans l'espoir de créer de nouvelles unités polonaises révolutionnaires.

 

De nombreux Polonais vivent alors en Russie. Parmi eux se trouvent de nombreux exilés politiques, militants du SDKPiL, du PPS de gauche ou de la fraction révolutionnaire du PPS. De nombreux Polonais sont aussi des ouvriers que le gouvernement tsariste a fait déplacer en Russie afin qu'ils continuent à travailler pour l'effort de guerre russe. Parmi ces derniers se trouve le jeune Karol Swierczewski, le futur général Walter. Des Polonais se sont également engagés dans l'armée russe comme Konstantin Rokossovski ou ont été échangés par les Soviétiques avec des prisonniers de guerre allemands avant novembre 1918 à l'instar de Julian Marchlewski.

Le régiment révolutionnaire de Varsovie à Moscou

Le régiment révolutionnaire de Varsovie à Moscou

Le régiment révolutionnaire de Varsovie.

Le 23 décembre 1917 à Minsk en Biélorussie, à la suite d'une réunion de l'Union socialiste polonaise une résolution est votée qui conduit à la formation d'un bataillon révolutionnaire polonais aussi appelé le Conseil des ouvriers et soldats de Minsk. Parmi les unités révolutionnaires polonaises qui voient alors le jour se trouve un détachement d'artillerie de Vitebsk. Ce dernier est nait de la formation le 1er janvier 1918 d'une unité de Garde rouge à l'initiative de Stefan Weychert. Les hommes sont issus de la batterie d'artillerie lourde de Wysoczanach et sont parvenu à s'emparer de la formation d'artillerie du général Dowbor pour former la batterie d'artillerie lourde révolutionnaire polonaise aussi appelé 1° janvier ou Lodz. Elle est dirigée par Stefan Czernicki, un membre de la gauche du Parti socialiste polonais.

 

De décembre 1917 à avril 1918 le commissariat polonais du Commissariat du peuple aux Nationalités essaye de créer des unités polonaises dans différentes villes de Russie et au sein des quelques formations militaires russes existante. Le commissariat focalise son attention sur la 8° armée russe qui se trouve sur le front roumain. Il choisit un militant du SDKPiL, Henryk Bitner, qui en février 1918 a formé la batterie rouge polonaise de Mohilov sur le Dniestr, pour essayer de former une troupe polonaise au sein de la 8° armée. Les efforts de Bitner s'effondrent lorsque les armées austro-hongroises et allemandes envahissent l'Ukraine.

 

A Moscou se retrouvent les soldats de l'ancien régiment de réserve et la capitale russe devient alors le centre de formation des troupes révolutionnaires polonaises. Un projet de constitution d'une brigade révolutionnaire polonaise, nommée Thaddeus Kosciuzko, semble aboutir le 10 janvier 1918 mais la formation de cette unité est interrompue en raison des nécessités de la guerre. Le jeune pouvoir soviétique est en effet obligé d'utiliser toutes les forces dont il dispose, y compris des unités incomplètes, pour les envoyer sur les différents fronts de la Révolution. Ainsi un détachement de 120 Polonais dirigé par Jan Neumann est envoyé à Kronstadt tandis qu'un détachement de cavalerie sous les ordres de Peter Borewicz part pour Kharkov.

 

Mais, outre les nécessités de la guerre, un autre obstacle empêche la formation d'une organisation militaire polonaise: le refus du SDKPiL d'organiser une formation purement polonaise. Pourtant la position du SDKPiL évolue rapidement ce qui permet la formation du régiment révolutionnaire rouge de Varsovie. La première réunion des soldats polonais du régiment révolutionnaire a lieu le 24 février. Les soldats adoptent une résolution qui appelle les ouvriers de Pologne à soutenir la Révolution puis ils prêtent serment à la Révolution le 11 mai 1918 à l'usine Michelson en présence de Lénine et des dirigeants polonais Julian Marchlewski et Stanislaw Bobinski. Le régiment, qui comprend deux bataillons de tirailleurs, des détachements d'éclaireurs, de mitrailleuses et de sapeurs, est commandé par Stefan Zbikowski avec pour commissaire politique Stanislaw Bobinski et comme chef d'état-major Stanislaw Dziatkiewicz. Pour les responsables du SDKPiL, cette armée nationale doit par la suite s'intégrer au sein d'une Armée rouge internationale encore à construire. De nombreux volontaires se présentent dont un grand nombre viennent d'autres unités polonaises en particulier le II° Corps qui a refusé de désarmer après la signature du traité de Brest-Litovsk et affronte les Allemands à la bataille de Kaniow. Les Polonais sont vaincus le 11 mai et les soldats sont internés avant de partir en direction de Mourmansk pour rejoindre la France. Mais une partie des hommes internée à Yaroslav et Nijni-Novgorod décident de rejoindre les révolutionnaires et s'engagent dans le régiment rouge de Varsovie.

 

Avec l'aide de l'organisation du SDKPiL le régiment se développe en une unité complète sous la direction de Stefan Zbikowski. Ce dernier est né en 1891 à Swidnik prés de Lublin. Diplômé du lycée de Brest, il suit ensuite des cours de mathématiques à l'Université de Varsovie où il entre en contact avec l'organisation des SR de gauche. En 1914 il est enrôlé dans l'armée russe. Quand la révolution éclate il se trouve dans un régiment d'infanterie en Podolie. En décembre 1917, il rejoint le régiment de réserve à Moscou. Il est élu membre du soviet du régiment et établit des contacts avec le SDKPiL et le PPS de gauche. Le 25 février, à son initiative, les anciens du régiment de réserve décident de former le régiment révolutionnaire de Varsovie. Zbikowski est confirmé en septembre 1918 à la tête du régiment tandis que Stanislav Bobinski est commissaire politique.

 

En juillet 1918 Zbikowski demande au Conseil suprême militaire soviétique de transformer son régiment en une division. Il obtient satisfaction pour créer la division occidentale polonaise. En novembre 1918, après la chute des Empires centraux qui créé un vide politique en Pologne Zbikowski voit là l'occasion d'exporter la Révolution dans son pays natal. Il espère que le mécontentement populaire notamment chez les chômeurs peut déboucher sur un mouvement qui permettra de donner le pouvoir aux conseils ouvriers et de renverser le gouvernement Pilsudski. Zbikowski se rend alors à Minsk avec quelques camarades issus du régiment de Varsovie. Mais il est arrêté dés son arrivé le 14 mars 1919. Il est jugé et condamné à 5 ans de prison. Il est renvoyé en Russie soviétique après la fin de la guerre soviéto-polonaise. Il travaille ensuite à la mission diplomatique soviétique à Londres avant de rejoindre la Chine où il devient instructeur militaire auprès des communistes chinois. Devenu général, il enseigne à l'Académie militaire Frunze avant d'être arrêté comme ennemi du peuple par le NKVD en juin 1937 et exécuté en octobre.

 

A la même époque se forme à Moscou le bataillon indépendant des gardes composé d'anciens soldats du régiment de Belgorod et qui devaient à l'origine servir au siège du district militaire de Moscou. A l'été 1918 de nouvelles unités polonaises voient le jour : le 3° régiment polonais révolutionnaire de Lublin, le régiment de cavalerie rouge de Mazowiecki qui participe aux combats contre les anarchistes à Moscou puis à Yaroslav, l'escadron de lanciers de Borysogleb ou le détachement d'infanterie de Saratov. Ces formations reposent exclusivement sur le volontariat et les candidats s'engagent initialement pour une période de six mois. Malgré les difficultés liées à la guerre civile les unités polonaises se développent et participent de plus en plus aux combats. Ainsi à la mi-janvier 1918, le bataillon révolutionnaire polonais, organisé Minsk, se bat contre les nationalistes ukrainiens dans la région de Gomel près de Kiev tandis que les cavaliers du groupe Borewicz sont détachés de la brigade Koscuisko pour partir à Kharkov.

 

La première action militaire du 1° régiment révolutionnaire rouge de Varsovie a lieu contre la rébellion anarchiste à Moscou en avril 1918. Il a pour mission de s'emparer d'une maison que les libertaires ont transformés en forteresse. Une première attaque échoue. Un nouvel assaut est lancé avec l'aide d'un canon et des véhicules blindés. Les anarchistes se rendent. Ils ont perdu deux hommes contre 6 du coté polonais. Leurs funérailles sont l'occasion d'une grande manifestation et les soldats polonais tombés sont inhumés sous les murs du Kremlin. Le bataillon mixte Victor Filanowicz est détaché du régiment de Varsovie pour participer aux combats de rue qui touchent pendant une vingtaine de jours la ville de Yaroslav où les socialistes-révolutionnaires ont organisés un soulèvement. Deux escadrons de cavalerie dirigés par Peter Borewicz sont détachés du régiment de ulhan de Mazowiecki pour se diriger vers Kazan.

 

Dans les premiers jours d’août 1918 l'ensemble du régiment de Varsovie, environ un millier de soldats, est envoyé sur le front sud. Jusqu'à la fin septembre 1918 le régiment participe aux combats mais sans être encore une formation unifiée. L'amalgame n'a lieu qu'en octobre quand il est affecté au sud de Balashov. Il combat alors contre les troupes de Krasnov, puis l'armée des Volontaires de Denikine et enfin les troupes de Wrangel. Elle est envoyé à Makaszew puis Nikolaevsk. C'est là lors de violents combats notamment à Kupawa, Serbin et Krasnoye qu'il subit de lourdes pertes. Entre le 9 et le 29 décembre 1918, 800 soldats sont tués, morts de froid ou portés disparus. Fin janvier 1919, le reste du régiment est retiré du front sud pour se rendre en Biélorussie.

Stefan Zbikowski

Stefan Zbikowski

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communismeetconflits - dans Guerre civile russe. Armée rouge

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9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")