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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 07:36
Le maréchal Malinovski et Choybalsan à Oulan-Bator, le 12 juin 1946.

Le maréchal Malinovski et Choybalsan à Oulan-Bator, le 12 juin 1946.

Face au danger chinois.

Au début de 1946, le traité d'amitié et d'assistance mutuelle avec l'URSS est reconduit pour 10 ans. Il s'agit là surtout d'un avertissement adressé à la Chine nationaliste qui revendique toujours sa souveraineté sur la Mongolie au moment où les troupes du Kuomintang s'approchent de zones frontalières disputées dans la région de l'Altaï. Les Soviétiques exploitent en effet des mines d'or et de tungstène dans un territoire que la Chine considère comme faisant partie de la province du Xinjiang. Des rebelles kazakhs ont, avec le soutien soviétique, proclamé l'autonomie de cette région en 1944 mais en 1946 les Chinois rétablissent leur autorité sur ce territoire. La situation reste tendue. En 1947 au cours de l'incident de Pei-ta-shan des cavaliers chinois musulmans, à l'instigation du Kuomintang, attaquent les troupes mongoles. En juin 1947 la cavalerie mongole appuyée par des blindés et l'aviation attaquent les troupes chinoises pour s'emparer des territoires disputés. L'URSS et la Mongolie nient être les agresseurs et prétendent que les Chinois sont entrés en Mongolie. Ces derniers répondent que ce sont les Mongols qui ont pénétrés de 200 km à l'intérieur du Xinjiang. Mais la guerre civile détourne rapidement les nationalistes chinois de ce théâtre d'opération.

La signature du traité d'amitié entre la Mongolie et l'URSS le 27 février 1946.

La signature du traité d'amitié entre la Mongolie et l'URSS le 27 février 1946.

La victoire communiste en Chine en 1949 élimine la menace sur la frontière méridionale de la Mongolie pour une décennie. Cette situation nouvelle permet au pays de réduire son effort militaire. Les effectifs de l'armée diminuent ainsi que le budget de la défense tandis que Choybalsan meurt en 1952. Il est remplacé par Yumjaagiyn Tsedenbal, un économiste moins enclin à garder une armée pléthorique qu'à développer l'économie mongole. L'armée est alors mise au service de ce développement. Les unités sont instruites par des techniciens et des ouvriers soviétiques pour former des équipes de travail. A la fin des années 1950, l'administration militaire des constructions a à son actif la réalisation d'immeubles publics et d'habitations et participe largement à la construction du complexe industriel de Darhan.

 

L'armée mongole continue à se développer et à se moderniser durant les années 1950. Le service militaire de deux ans permet d'inculquer à la jeunesse les fondements du marxisme-léninisme, de l'alphabétiser et de lui donner un enseignement technique. L'armée est modernisée et s'équipe en chars, en canons autoportés, en chasseurs modernes et en missiles sol-air. Les troupes soviétiques continuent à stationner dans le pays jusqu'à 1956. Les conseillers soviétiques sont toujours présents mais de plus en plus l'armée mongole acquiert son autonomie à l'exception de ce qui concerne la production d'armes lourdes.

 

Le conflit sino-soviétique qui débute en 1960 s'accompagne d'une politique de plus en plus hostile de la Chine populaire envers la Mongolie. Cette menace ne fait que renforcer les liens entre les Mongols et les Soviétiques. La présence de troupes l'armée rouge se fait à nouveau plus importante. Les cérémonies officielles deviennent l'occasion de la venue de délégations militaires soviétiques en Mongolie pour des échanges en matière de défense. Ainsi le 18 mars 1961, le maréchal Rodion Malinovski se rend à Oulan-Bator à l'occasion de la journée de l'armée populaire. A cette occasion les militaires soviétiques reçoivent les plus hautes décorations mongoles tandis que les généraux chinois présents n'en reçoivent aucune.

 

Dans cette ambiance de montée des tensions, les autorités, pour mobiliser la population, mettent en avant la figure de Gengis Khan. Pour les 800 ans de sa naissance de grandes cérémonies ont lieu et un monument est inauguré le 31 mai 1962. Mais les Soviétiques désapprouvent ce regain de nationalisme et sa tonalité pan-mongole. La presse de l'URSS ne manque pas alors de condamner Gengis qui est présenté comme un réactionnaire. Rapidement, une purge s'abat sur les responsables militaires mongols. Le commandant militaire d'Oulan-Bator, le ministre de la sécurité publique, le commandant de l'État-Major et le commandant en chef de l'armée en sont les principales victimes. Mais le général Jamyangiyn Lhagbasuren, longtemps ministre des affaires militaires et commandant en chef échappe à la purge dont les victimes sont accusées de nationalisme ou bien d'être favorable à la Chine. Il s'agit également de rappeler que la tradition militaire mongole ne doit pas être celle des guerriers de Gengis mais plutôt chercher ses modèles dans la révolution de 1921 ou dans la lutte contre les Japonais dans les années 1930 et 1940.

 

Les incidents à la frontière avec les Chinois continuent tout au long des années 1960 et s'accompagnent d'une augmentation de la présence des troupes mongoles dans les zones frontalières. En 1966 le traité d'amitié et d'assistance mutuelle avec l'URSS est prolongé pour 20 ans avec une clause permettant le stationnement de troupes soviétiques supplémentaires en Mongolie. Ces étroites relations militaires avec l'URSS montrent le degré de l'influence soviétique et la position subordonnée qu'occupe la Mongolie dans le système de défense du « camp socialiste ».

Tsedenbal le successeur de Choybalsan en 1952.

Tsedenbal le successeur de Choybalsan en 1952.

La fin de l'armée populaire mongole.

En 1988, l'armée mongole compte 24 500 soldats d'actives, dont 3 500 dans l'armée de l'air. Plus de 70% des militaires sont alors membres du Parti révolutionnaire du peuple mongol ou des Jeunesses révolutionnaires. L'armée est renforcée par 200 000 réservistes ainsi que les effectifs de différentes organisations paramilitaires comme la milice qui comprend à la fois les troupes de sécurité intérieure et les gardes-frontières. L'armée est divisée en quatre divisions d'infanterie motorisée équipées avec des armes soviétiques. L'aviation comprend un régiment de chasse, deux escadrons de transport et un escadron d'hélicoptères.

 

Les régimes communistes ont toujours cherché à organiser la population à travers de vastes réseaux d'organisations aux objectifs variés, notamment militaires. Dans les premiers jours de la République populaire mongole, les membres du parti et des jeunesses révolutionnaires reçoivent un entraînement militaire, y compris les femmes. En 1929 est créé, sur décision du comité central du Parti révolutionnaire, la Ligue d'assistance à la défense de l'État mongol. En 1942 cette ligue est réorganisée en Détachements populaires des volontaires pour l'autodéfense dont la tache est d'assurer la défense intérieure contre une éventuelle attaque des Japonais. En 1945 ces détachements sont réorganisés au sein de l'Organisation auxiliaire de défense. Un décret de 1975 du bureau politique lui donne pour mission de stimuler le patriotisme et de soutenir l'armée notamment en organisant des compétitions sportives militaires. Dans les années 1980 l'organisation est également chargée d'organiser des exercices militaires dans les établissements scolaires. Pour faire face à une éventuelle attaque nucléaire l'ensemble de la population est obligée de participer à des exercices de défense civile; en 1982 prés de 600 unités de défense civile existent.

 

Au début des années 1980 malgré l'amélioration des relations sino-soviétiques, la Mongolie conserve sa traditionnelle méfiance envers la Chine. Elle refuse donc de réduire les effectifs de ses forces armées ainsi que celles des troupes soviétiques stationnées dans le pays. En 1985 prés de 75 000 soldats soviétiques se trouvent donc toujours en Mongolie dont deux divisions blindées et trois divisions d'infanterie motorisée. Pékin demande le retrait de ses troupes afin de normaliser ses relations avec Moscou. En juillet 1986, Mikhaïl Gorbatchev propose le retrait et reçoit deux semaines plus tard l'accord du gouvernement mongol. Entre avril et juin 1987, l'URSS retire ainsi une division d'infanterie motorisée ainsi que d'autres unités pour ramener sa présence militaire à environ 55 000 hommes.   

 

Dirigeants soviétiques et mongols se rencontrent au Kremlin le 13 mars 1985.

Dirigeants soviétiques et mongols se rencontrent au Kremlin le 13 mars 1985.

Les relations entre la Mongolie et la Chine s'améliorent peu à peu et conduisent à la signature d'un traité définissant les frontières entre les deux pays en novembre 1988. Peu après les autorités soviétiques font savoir qu'elles retirent la totalité de leurs troupes dans les deux ans tandis que le gouvernement mongol annonce en février 1989 la réduction des effectifs de l'armée. A la fin de l'année 1989 des manifestations populaires demandent la fin du régime du parti unique tandis que de nouveaux partis sont créés. Des élections libres ont lieu en juillet 1990 qui sont remportées par les communistes. Des réformes libérales sont mises en œuvre pour aboutir à la Constitution démocratique en 1992: un régime démocratique et libéral voit le jour. Il faut néanmoins attendre 1993 pour que les dernières troupes russes quittent la Mongolie et 1996 pour que, suite aux élections législatives, le Parti révolutionnaire du peuple mongol perde le pouvoir sur le pays.


 

Bibliographie :

Ivor Montagu, Mongolie rouge, pays du ciel bleu, Julliard, 1958.

Robert A. Rupen, Mongols of the Twentieth Century, Indiana University Press, 1964.

Andrew Forbes, Warlords and Muslims in Chinese Central Asia: A Political History of Republican Sinkiang, 1911-1949, Cambridge university Press,1986

Xiaoyuan Liu, Reins of Liberation: An Entangled History of Mongolian Independence, Chinese Territoriality, and Great Power Hegemony, 1911-1950, Stanford University Press, 2006.

Irina Morozova, Socialist Revolutions in Asia: The Social History of Mongolia in the 20th Century, Routledge, 2009.

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")