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20 novembre 2013 3 20 /11 /novembre /2013 07:24
Sükhe Bator, héros de la Mongolie communiste

Sükhe Bator, héros de la Mongolie communiste

La construction de l'armée populaire mongole.

Au début des années 1920 la frontière mongole reste menacée par les débris de l'armée blanche, des bandes de brigands et les troupes des Seigneurs de la guerre chinois. Pour sécuriser le territoire des détachements de l'armée rouge restent dans le pays jusqu'en 1925. Ensuite jusqu'à la révolte de 1930 et la montée de la menace japonaise, le nombre de militaires soviétiques en Mongolie ne dépasse pas celui des instructeurs et des gardes pour les bâtiments diplomatiques de l'URSS.

 

Le développement et la politisation de l'armée populaire mongole deviennent vite un élément central de la politique soviétique en Mongolie. En août 1921 est établi une administration politique de l'armée chargée de superviser le travail des commissaires politiques et des cellules communistes dans l'armée mais surtout de renforcer les liens entre l'armée et le Parti du peuple mongol. Prés d'un tiers des soldats sont membres du Parti, qui devient en 1924 le Parti révolutionnaire du peuple mongol, et de nombreux autres sont membres des Jeunesses révolutionnaires mongoles. Les membres les plus à gauche du gouvernement, qui sont aussi les dirigeants du Parti, sont étroitement lié à l'armée qui devient ainsi une force politique de poids durant les années 1920. L'armée reçoit alors prés de 60% du budget de l'État et voit ses effectifs passer de 2 500 hommes en 1923, à 4 000 en 1924, puis 17 000 en 1927.

 

Les révolutionnaires et les militaires qui ont combattu les armées blanches sont en réalité plus des nationalistes que de véritables communistes à l'exception de Choybalsan et de ses proches. Ce dernier apparaît beaucoup plus Russe que Mongol par son éducation et sa proximité avec les bolcheviks. Au début des années 1920, au milieu des purges qui touchent ceux qui ne veulent pas devenir communiste, sa collaboration avec les Soviétiques lui permet de gravir les échelons du pouvoir. Mais c'est Horloogiyn Dandzan qui succède en 1923 à Sükhe Bator comme ministre de la guerre et commandant en chef. Alors que les effectifs de l'armée augmentent et que la présence militaire soviétique décroit, Dandzan pense avoir les moyens de mener une politique nationaliste. Mais les remarques anti-soviétiques qu'il tient lors du 3e congrès du Parti en 1924 conduisent à son arrestation par des militants des Jeunesses révolutionnaires conduits par Choybalsan. En moins de 24 heures il est jugé et exécuté. Choybalsan devient alors commandant en chef de l'armée tandis que Sandagdargiyn Majsarjeb, un héros de la révolution de 1921, est nommé ministre de la guerre. Mais la réalité du pouvoir sur l'armée n'est pas entre les mains des commandants mongols mais plutôt des Soviétiques d'origines bouriates qui servent comme conseillers ou administrateurs. Pour diriger la politique de défense un conseil militaire est créé, dirigé par un Bouriate et dont les membres sont proches des Soviétiques, tandis le chef de l'état-major est un général soviétique. Cette mainmise russe sur la direction militaire mongole est contestée par Majsarjeb qui est bientôt exécuté tandis que Choybalsan fait toujours allégeance aux Soviétiques. Il devient donc ministre de la guerre et, en 1926, membre du comité central et du présidium du Parti révolutionnaire du peuple.

 

Malgré l'aide soviétique, la construction d'une armée mongole reste difficile. Si les soldats sont d'excellents cavaliers et tireurs, la grande majorité est illettrée, les maladies sont endémiques tout comme les désertions. Les jeunes nomades sont également rétifs à la discipline militaire et restent influencés par des moines hostiles au service militaire. En 1929 un exercice de mobilisation est organisé qui doit permettre de rassembler 30 000 soldats mais seulement 2 000 hommes se présentent à l'appel. La construction de l'armée se poursuit néanmoins, une armée qui réprime les révoltes dans l'ouest du pays en 1922-1923 et 1925-1926, tout en gardant les frontières contre les bandits chinois et les armées des Seigneurs de la guerre. En mars 1925 une aviation militaire voit le jour avec 4 appareils. L'armée mongole est alors composée exclusivement de 17 000 cavaliers organisés en régiments de 2 000 hommes divisés chacun en 3 escadrons. L'armée comprend également 200 mitrailleuses lourdes, 50 obusiers de montagne, 30 canons de campagne et 2 véhicules blindés. Sa caractéristique première est sa mobilité: de petites unités sont ainsi capables de couvrir plus de 160 km en une journée.

 

Au tournant des années 1920 et des années 1930 l'armée est donc régulièrement appelée pour mater les révoltes populaires menées par des nobles et des moines. Ces soulèvements mêlent sentiments nationalistes, opposition à la politique pro-soviétique et hostilités aux mesures gouvernementales sur la collectivisation et la persécution des moines. Ces révoltes culminent avec le soulèvement de 13 détachements de l'armée, soit environ 3 000 hommes, en avril 1932. Il est écrasé par l'armée avec l'aide de troupes soviétiques. Au milieu des années 1930 les différents foyers d'opposition sont donc réduits.  

Cavaliers de l'armée populaire mongole

Cavaliers de l'armée populaire mongole

La lutte contre les Japonais.

La nécessité d'une armée plus sûre apparaît néanmoins, à la fois pour assurer la sécurité intérieure et faire face à une éventuelle invasion japonaise. Le nombre de recrues augmente tandis que l'armée devient un facteur d'unification de la population. Les soldats apprennent en effet à lire et écrire et reçoivent une éducation politique. L'armement est fourni par les Soviétiques dont des officiers agissent toujours comme instructeurs ou commandants. En novembre 1934 un accord est conclu entre l'URSS et la Mongolie qui prévoit une assistance mutuelle en cas d'attaque contre l'une des parties.

 

L'occupation par le Japon de la Mandchourie en 1931 laisse alors peu de doute sur les intentions nippones sur l'Asie du Nord-Est. Des agents japonais développent l'agitation en Mongolie en s'appuyant sur le sentiment pan-mongol. Entre 1932 et 1934 l'armée japonaise recense 152 incidents mineurs sur la frontière de la Mandchourie. Des escarmouches le long de la frontière avec la Mandchourie éclatent en 1934 et prennent plus d'ampleur en 1935 avec 150 incidents cette année là. Ainsi en janvier 1935 des unités de cavalerie mongoles engagent le combat contre une patrouille de l'armée du Mandchoukuo prés du temple bouddhiste de Halhamiao. Il n'y a que des blessés légers dont un conseiller militaire japonais. Entre décembre et mars 1936 éclatent les incidents d'Orahodoga et de Tauran où les Japonais et les Mongols engagent des véhicules blindés ainsi que des avions militaires. Une conférence débute néanmoins en juin entre Japonais et Mongols mais les négociations échouent. Le 1er mars 1936, Staline doit déclarer publiquement qu'en cas d'attaque contre la Mongolie, l'URSS viendra à son aide. Deux semaines plus tard l'accord d'assistance mutuelle de 1934 est reconduit pour 10 ans. Les troupes soviétiques en Mongolie, c'est à dire principalement le 57e corps d'infanterie, en Mongolie sont renforcées.

 

En 1937, le Japon envahit le nord de la Chine dont les provinces qui bordent la Mongolie. La zone de contact entre les troupes mongoles et japonaises augmentent considérablement ce qui ne fait qu’accroître le nombre d'incidents frontaliers. En juillet 1938 l'armée japonaise du Kwantung organise une infructueuse opération militaire à la frontière soviétique prés de Vladivostok. Frustrés en Sibérie, les Japonais se décident à tourner leurs efforts sur la Mongolie.

 

La partie orientale du territoire mongol forme un saillant dans la Mandchourie. Cette région est le théâtre d'affrontements dès 1935 mais qui deviennent quotidiens à partir de 1938. Début mai 1939, Molotov prévient le Japon de l'intention de l'URSS de défendre par les armes la Mongolie. Le 11 mai 1939, le Japon occupe une partie de la Mongolie entre la frontière et la rivière Khalkin-Gol. Une force soviéto-mongole contre-attaque et réussis à établir une tête de pont sur la rive orientale du Khalkin-Gol. Début juillet, 38 000 Japonais attaquent le flanc nord de cette tête de pont, rejettent les Mongoles et les Soviétiques et parviennent à former une tête de pont sur la rive ouest. Le 5 juillet, une opération soviétique réduit cette tête de pont. De chaque coté de la rivière les adversaires accumulent désormais des forces.

Le général Joukov et Choybalsan en 1939

Le général Joukov et Choybalsan en 1939

En juillet 1939 les forces mongoles et soviétiques sont réorganisées. Un district militaire de Transbaïkalie est formé ainsi qu'un groupe d'armés sous la direction du général Georgi Joukov. Les forces soviétiques se concentrent dans l'est de la Mongolie tandis que 80 000 soldats mongols sont mobilisés. Le 20 août 1939, l'armée japonaise passe à l'attaque. Mais les Soviétiques ont anticipé l'assaut. L'aviation rouge bombarde les positions japonaises tandis qu'une attaque au sol sur les ailes sud et nord perce les lignes japonaises puis se entame un mouvement d'encerclement tandis que la cavalerie mongole protège les flancs extérieurs. Les Japonais se défendent vaillamment mais le 23 août ils sont encerclés. Pendant cinq jours, Mongols et Soviétiques repoussent les assauts des forces de secours japonaises et brisent les tentatives des forces encerclées pour s'échapper. Les poches de résistance sont progressivement réduites et les efforts des forces de secours cessent. Le 31 août les troupes mongoles et soviétiques progressent vers la frontière. Les Japonais reconnaissent alors leur défaite et signent un cessez-le-feu qui prend effet le 16 septembre. Les Soviétiques ont perdu dans ce conflit prés de 10 000 hommes, les Mongols 1 130 et les Japonais plus de 18 000.

Soldats mongols en 1939.

Soldats mongols en 1939.

Le 9 juin 1940 un accord est signé à Moscou fixant les frontières entre la Mandchourie et la Mongolie. Le 13 avril 1941 un pacte de neutralité entre l'URSS et le Japon est conclu qui stipule que les Soviétiques reconnaissant l'intégrité du Mandchoukuo. Les Japonais font de même concernant la Mongolie et tournent alors leur regard vers le sud et le Pacifique.

 

Avec l'invasion de l'URSS par l'Allemagne en juin 1941, la Mongolie reste mobilisée avec 80 000 hommes pour garder ses frontières et décourager d'éventuelles incursions japonaises. La Mongolie, au nom du traité d'assistance mutuelle avec Moscou, approvisionne largement l'URSS en vêtements d'hiver, en laine, nourritures et chevaux. La population se mobilise également pour récolter des fonds qui permettent de mettre sur pied une brigade de chars, la brigade blindée révolutionnaire mongole et un escadron de chasse qui se battent aux cotés des Soviétiques contre les Allemands. En août 1945, une fois l'Allemagne vaincue, les forces mongoles participent à l'invasion de la Mandchourie par les Soviétiques et écartent définitivement le péril japonais.

Choybalsan en 1943 devant un char offert par la Mongolie à l'URSS en guerre

Choybalsan en 1943 devant un char offert par la Mongolie à l'URSS en guerre

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Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")