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18 novembre 2013 1 18 /11 /novembre /2013 07:22
Étoile rouge sur la steppe: histoire de l'armée populaire mongole (1920-1990), 1ère partie

La renaissance de l'armée mongole.

La Mongolie a une tradition militaire ancienne. Sous la direction de Gengis Khan et de ses descendants, les tribus mongoles furent unifiées pour devenir un formidable instrument de conquête dominant des territoires allant de l'Océan Pacifique à l'Europe centrale. Quand la puissance des descendants de Gengis décline et que les veilles divisions tribales resurgissent, l'Empire mongol se désagrège peu à peu. L'efficacité de la cavalerie mongole est alors la victime de la puissance des armées à feu que les armées Mandchoues commencent à utiliser à la fin du 17e siècle.

 

A la fin du 16e siècle, des chefs mongols mais surtout les Chinois encouragent la diffusion du bouddhisme tibétain auprès des Mongols. Cette religion pacifiste doit, pour les Chinois, annihiler l'esprit guerrier mongol et encourager une large part de la population masculine à devenir moines. Pour affaiblir le danger mongol les Chinois encouragent également l'établissement d'une théocratie pour gouverner sur le pays et favorisent les divisions entre tribus. Pourtant les dirigeants chinois font toujours appel aux Mongols pour servir de cavalerie légère contre les révoltes et les invasions étrangères. Des unités mongoles participent ainsi à la guerre contre les Français et les Britanniques en 1860, contre les Japonais en 1894-1895 et contre les Boxers en 1900.

 

Dans le même temps le souvenir de Gengis et de sa domination sur l'Asie reste présent dans la mémoire populaire mongole et entretient une opposition contre les oppresseurs étrangers notamment chinois qui s'incarnent dans la figure des usuriers, des militaires et des collecteurs d'impôts.

 

L'histoire militaire contemporaine mongole commence en 1911 avec l'autonomie accordée à la Mongolie extérieure par les autorités de Pékin en pleine révolution et sous la pression russe. Après sa défaite contre le Japon en 1905, la Russie souhaite aider à la modernisation de l'armée chinoise mais également renforcer ses liens avec la Chine notamment par le développement de la ligne ferroviaire du Transsibérien. Mais la Russie, pour asseoir son influence sur la région, soutient également les efforts mongols pour se détacher du pouvoir chinois. Nicolas II reçoit donc une délégation mongole en août 1911 et accepte de fournir des armes à ce qui est toujours la province chinoise de Mongolie extérieure. Quand la révolution chinoise éclate renversant le régime impérial, les Mongols prennent aussitôt leur liberté avec le soutien russe. En 1912 une mission militaire russe arrive à Oulan-Bator (alors appelé Ourga) pour former l'armée mongole. Mais en novembre 1913 la Russie reconnaît la souveraineté chinoise sur la Mongolie provoquant en réaction la radicalisation de certains Mongols qui réclament désormais l'indépendance. Pourtant la Russie continue à former des troupes mongoles malgré les désertions et les mutineries.

 

La Première Guerre mondiale détourne la Russie de la Mongolie. En 1915 Moscou est néanmoins à l'initiative de l'accord entre Mongols et Chinois qui limite la présence militaire chinoise à seulement 200 soldats à Oulan-Bator. Mais quand la révolution éclate en Russie, les Chinois en profitent pour renforcer leur garnison à Oulan-Bator en violation du traité de 1915. Le gouvernement blanc de Sibérie, qui s'estime l'héritier du pouvoir tsariste, proteste, mais quand il s'effondre en 1919 sous les coups de l'armée rouge les Chinois envoient 3 000 soldats supplémentaires. En octobre 1919, le général Xu Sucheng fait son entrée dans la capitale mongole avec 4 000 soldats et supprime le gouvernement autonome. L'armée mongole est alors dispersée mais certains soldats démobilisés, formés par les Russes, aspirent à libérer la Mongolie de la domination chinoise. Parmi eux se trouve Sükhe Bator.

Sükhe Bator

Sükhe Bator

La naissance et le début de l'armée populaire mongole.

Sükhe Bator est issu d'une famille pauvre. Il est sans travail quant à l'age de 19 ans il entre en 1912 dans l'armée mongole. Il devient rapidement sous-officier dans une compagnie de mitrailleuses, une arme technique prestigieuse où il est en relation constante avec des instructeurs russes ce qui lui permet d'apprendre la langue. A la fin de 1918, anticipant le retour des Chinois, il rassemble autour de lui d'anciens militaires pour préparer une révolution et appelle les anciens soldats à le rejoindre. En novembre 1919, conseillé par des agents bolcheviks à Oulan Bator son groupe rejoint celui du révolutionnaire Horloogiyn Choybalsan. En 1920. Sükhe, Choybalsan et 15 militants partent en Sibérie pour recevoir une instruction militaire.

 

Avec les victoires de l'Armée rouge en Sibérie, des troupes blanches en retraite pénètrent en Mongolie avec le soutien des Japonais qui occupent alors la Mandchourie et la Sibérie orientale. La plus puissante, avec 5 000 hommes, est celle que commande le baron Roman von Ungern-Sternberg. Ce dernier attaque Oulan Bator pour en chasser les soldats chinois et proclamer l'indépendance de la Mongolie. En février 1921, Sükhe Bator, Choybalsan et leurs compagnons sont rejoints à Irkoutsk par une délégation mongole venant de Moscou. En mars, le groupe se rend à Kyakhta et forme le Parti populaire mongol et un gouvernement national provisoire dans lequel Sükhe est nommé ministre de la guerre. Les partisans mongols, environ 400 hommes, sont alors organisés en une armée révolutionnaire avec Sükhe comme commandant en chef et Choybalsan comme commissaire politique.

 

En mars 1921 la troupe de Sükhe s'empare de Altanbulag qui devient la capitale provisoire du mouvement. Le gouvernement révolutionnaire proclame la conscription de tous les hommes de plus de 19 ans et demande l'aide de l'armée rouge soviétique. L'armée d'Ungern marche à partir du 22 mai 1921 sur Altanbulag défendu par une division de la 5e armée rouge. La ville est attaquée le 6 juin mais résiste. L'armée révolutionnaire et les troupes soviétiques se divisent alors en deux colonnes pour passer à la contre-attaque. Le 6 juillet Oulan-Bator est prise et le 12 juillet le gouvernement révolutionnaire s'y installe. Ungern et les quelques soldats qui l'entourent ont néanmoins réussi à fuir. Ils sont vite capturés par des soldats mongols en août. Ungern est alors remis aux Soviétiques qui le fusille.

 

La victoire de l'armée révolutionnaire mongole s'inscrit dans la mémoire du peuple mongol comme un exploit. Son impact est renforcé par la mort subite de Sükhe Bator qui est vite transformé en héros national, le symbole de la fierté et de la valeur militaire retrouvée des Mongols. L'armée devient également un symbole patriotique et la campagne de 1921 le socle d'une nouvelle tradition militaire.

 

Depuis mars 1921 le gouvernement révolutionnaire a décrété la conscription étendant cette obligation aux moines, traditionnellement exemptés du service militaire. Un accord avec la Russie soviétique est également signé le 5 novembre. Les Soviétiques s'engagent à apporter leur assistance pour organiser et entraîner une armée régulière mongole. Rapidement des spécialistes soviétiques conseillent le gouvernement mongol en matière militaire et débute ainsi une collaboration qui dure jusqu'en 1989. Elle permet à la fois de moderniser la Mongolie et de fournir à Moscou un allié face au Japon et à la Chine.

 

Choybalsan dans les années 1920

Choybalsan dans les années 1920

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9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")