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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 07:51
Vladimir Copic en 1937

Vladimir Copic en 1937

Un jeune nationaliste croate.

Vladimir Copic voit le jour le 8 mars 1891 à Senj une ville de la côte Adriatique en Croatie d'un père orthodoxe et d'une mère catholique. Il grandit néanmoins dans la foi orthodoxe, alors que ses sœurs deviennent catholiques. Il développe alors des talents de chanteur dans la chorale de son église orthodoxe. Malgré ses origines mixtes catholiques et orthodoxes, Copic, jeune homme, devient un fervent nationaliste croate et adhère à l'aile radicale du mouvement, la Jeune Croatie. Parmi ses proches camarades nationalistes au lycée de Senj se retrouvent d'ailleurs de futurs dirigeants du mouvement fasciste des Oustachis et de l’État croate entre 1941 et 1945. Après ses études secondaires à Senj, Copic part étudier le droit à Zagreb.

 

Enrôlé dans l'armée austro-hongroise à la déclaration de la guerre en 1914, Copic est fait prisonnier en 1915 dans les Carpates par les Russes et se retrouve dans un camps de prisonniers. Quand le gouvernement tsariste cherche à mettre sur pied la division des volontaires serbes en y incorporant des prisonniers de guerre venant de Croatie et de Bosnie, Copic, toujours nationaliste, refuse de prêter serment au roi Pierre 1er et retourne en captivité.

 

En 1917 après la Révolution d'Octobre, Copic voit dans le bolchevisme le meilleur moyen d'assurer la libération de sa patrie. Il devient alors membre du groupe communiste yougoslave du Parti communiste russe où il milite comme agitateur, journaliste et traducteur. Quand, en mai 1918, en Russie, est fondé le Parti communiste des Serbes, Croates et Slovène il en devient le secrétaire.

 

 

Un dirigeant communiste.

Copic rentre en novembre 1918 à Zagreb dans la nouvelle Yougoslavie. Il y fonde la première section communiste illégale et pousse à la radicalisation du mouvement social-démocrate. Lors du 1er congrès du Parti communiste yougoslave (PCY) qui se tient à Belgrade en avril 1919 il est élu à son comité exécutif. Il se fait ensuite élire en novembre 1920 à l'Assemblée constituante yougoslave comme député de Rijeka et devient le leader du groupe parlementaire communiste.

 

Après l'interdiction du PCY par le gouvernement yougoslace, Copic passe plusieurs fois devant les tribunaux, notamment en 1919 et 1921, en raison de ses activités politiques. Son dernier procès a lieu en 1925 alors qu'il rentre juste de Moscou où il a assisté au 5e congrès du Komintern. Condamné à de la prison, il obtient un transfert à l'hôpital d'où il parvient à s'évader pour retourner en URSS. Après un passage par l'Ecole léniniste internationale, le Komintern l'envoie à Prague pour le représenter auprès du Parti communiste tchécoslovaque en 1931 et 1932.

 

De retour à Moscou, il devient membre du bureau politique du Parti yougoslave en 1932. Il enseigne également au sein de l'Université communiste des minorités nationales d'Occident. En 1934 il représente son parti au sein de la direction du Komintern et participe à ce titre au 7e congrès de l'Internationale en 1935. Il aurait également durant cette période travaillé au sein de la section des cadres du Komintern. Mais Copic entre alors en conflit avec Milan Gorkic le secrétaire du PCY qui parvient à l'évincer du bureau politique et du comité central à la fin de 1936. 

Milan Gorkic

Milan Gorkic

Le commandant de la 15e Brigade internationale.

En janvier 1937, Copic, dirigeant communiste confirmé, polyglotte et ayant servi dans l'armée austro-hongroise, est envoyé en Espagne pour devenir le commissaire politique de la 15e Brigade internationale qui monte en ligne pour la première fois le 12 février 1937 sur le front de la Jarama. La Brigade est composée de 4 bataillons, le 6-Février composé de Français et de Belges commandés par Gabriel Fort, un bataillon britannique, le bataillon Dimitrov formé de volontaires des Balkans et le bataillon Abraham Lincoln où se retrouvent des Américains, des Irlandais, des Canadiens et des Sud-Américains. Par le suite est adjoint à la Brigade deux bataillons espagnols. La brigade est alors commandé par le général Gal alias Janos Galicz un communiste hongrois naturalisé Soviétique. Au moment où s'engage la bataille de la Jarama, Gal prend la tête d'une division qui regroupe les 11e et 15e Brigades internationales et deux brigades espagnoles. Il est alors remplacé par Copic à la direction de la 15e Brigade le 27 février 1937 avec comme commissaire politique le Français Jean Chaintron. Sous les ordres de Copic la brigade participe donc à la bataille de la Jarama à partir de février 1937 et reste en ligne jusqu'au 29 avril, sans un jour de repos.

 

Copic entre alors en conflit avec les volontaires américains qui lui reprochent d'avoir ordonné une attaque inutile à la Jarama alors qu'il n'a fait qu'obéir aux ordres de Galicz. Il semble qu'à l'origine de ce conflit se trouve plutôt la déception qu'éprouvent les Américains que ce ne soit pas l'un de leurs compatriotes qui commande la brigade. Les reproches contre Copic sont appuyés par Ernest Hemingway qui le rend responsable des pertes subies par les Américains. Il entre ensuite en conflit avec le bataillon franco-belge qu'il considère comme une unité indisciplinée. En mai 1937, de Paris, Gorkic fait part à Moscou du manque de popularité de Copic au sein de la Brigade et envoie un rapport de Balgoje Parovic, le représentant du PCY en Espagne, pour appuyer ses accusations. La position de Copic est rendue plus difficile en raison de son autorité sur le bataillon Dimitrov où se retrouvent de nombreux volontaires yougoslaves. Gorkic prétend en effet que Copic, mécontent de son éviction du bureau politique, essaye de former une fraction au sein de ce bataillon. Prudent, Copic évite le plus possible les contacts avec ses compatriotes au point que certains d'entre eux pensent qu'il est Tchécoslovaque. Vlajko Begovic, un Serbe de Bosnie, qui sert dans son état-major note néanmoins que Copic est un bon organisateur, qu'il inspecte régulièrement les tranchées et prend même le risque d'installer son poste de commandement le plus près du front. Il est d'ailleurs légèrement blessé en juillet 1937 lors de la bataille de Brunete.

 

Dans les combats, Copic dirige avec succès la 15e brigade mais il est néanmoins blâmé pour l'échec de son unité devant Fuentes de Ebro en octobre 1937 lors de la bataille de Brunete. Il se défend avançant que l'échec est surtout le résultat d'une préparation insuffisante de l'opération par ses supérieurs. Au printemps 1938, la 15e Brigade est à nouveau durement éprouvée lors de la bataille de Gandesa qui permet néanmoins aux troupes républicaines en retraite de franchir l'Ebre.

 

 

Une victime des purges.

Copic reste à la tête de la 15e Brigade jusqu'en juin 1938 où il est rappelé à Moscou. S'il est possible que ce rappel soit le résultat de l'échec de Fuentes de Ebro, il semble qu'il réponde avant tout au bouleversement qui affecte alors la direction du PCY. A la mi-1937, Gorkic est démis de toutes ses responsabilités et disparaît dans la Goulag, victimes des purges staliniennes. Mais il ne reçoit pas de successeur. Si Josip Broz Tito se voit attribuer les responsabilités assumées jusque là par Gorkic, il n'est confirmé comme secrétaire générale du PCY qu'en 1939. Cette vacance du pouvoir peut laisser penser à Copic qu'il va pouvoir reprendre la tête du PCY. En 1937, Tito a d'ailleurs écrit à Georgi Dimitrov, le secrétaire du Komintern, pour demander le rappel d'urgence de Copic afin qu'il prenne des responsabilités au sein du PCY. Copic rentre donc à Moscou en passant par Paris en septembre 1938 et commence, en compagnie de Tito, une traduction en croate du Manuel d'histoire du Parti bolchevik. Mais il est bientôt arrêté et condamné à mort par un tribunal militaire soviétique le 19 avril 1939.

 

Peu après, de manière posthume, il est exclu du PCY ainsi que de nombreux autres dirigeants comme Gorkic. Vladimir Copic est réhabilité le 10 juin 1958 sur décision de la Cour suprême de l'URSS.

Copic (au centre) en Espagne

Copic (au centre) en Espagne

Sources:

John Kraljic, « From the ALBA Archives. New Material on Vladimir Copic, Commander of the Xvth Brigade », The Volunteer, Journal of the Veterans of the Abraham Lincoln Brigade, Vol. 21, n° 4, 1999.

Ivo Banac: « Nacionalno pitanje u Jugoslaviji: Porijeklo, povijest, politika », Durieux, Zagreb, 1995.

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communismeetconflits - dans Guerre d'Espagne

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9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")