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7 juin 2013 5 07 /06 /juin /2013 08:00

Keith Lowe, L'Europe barbare, 1945-1950, Perrin, 2013.

 Un après-guerre de sang et de fureur

Le livre de Keith Lowe représente pour un lecteur français un choc. En effet dans nos imaginaire, 1945 est un moment joyeux, les foules sont en liesse à l'annonce de la capitulation allemande, les déportés et prisonniers rentrent d'Allemagne, la République reprend ses droits, le baby-boom annonce la promesse des Trentes glorieuses. Le cauchemar est passé, les forces de la vie reprennent leurs droits. Cette vision irénique s'effondre à la lecture de l'Europe barbare.

 

Lowe présente un continent dévasté sans repères économiques, sociaux ou mentaux, un continent livré à la criminalité, la brutalité, la misère et la vengeance. L'Europe est au sens propre en ruine. Les villes ne sont plus que des amas de gravats à l'image de Varsovie, Berlin ou Dresde. Des émeutes éclatent pour des colis alimentaires de la Croix-Rouge tandis que la prostitution explose dans le seul but de trouver de quoi acheter de la nourriture. Les femmes sont d'ailleurs les principales victimes de cet après-guerre tourmenté. Le sort des femmes allemandes victimes des exactions est bien connue. Il n'en est pas de même des viols commis par les troupes françaises en Bavière ou les prisonniers et travailleurs libérés.

 

Les massacres ne prennent pas fin avec la chute du Reich. Des Serbes assassinent des Croates, les Polonais de Juifs et des Ukrainiens, des Grecs des Bulgares. Dans les pays baltes, ce sont des partisans qui sont exécutés par milliers. Les camps de concentration nazis reprennent du service pour l'internement de militaires et civils allemands. A Prague, la population germanophone se voit dans l'obligation de porter comme signe distinctif sur les vêtements une croix gammée. L'épuration ethnique se donne libre cours tandis que des millions de réfugiés encombrent les routes tandis que les règlements de compte politiques, particulièrement nombreux en Italie, dégénère parfois en guerre civile comme en Grèce.

 

Plus paradoxal encore, la mort d'Hitler ne met pas fin au calvaire des Juifs qui sont victimes de pogroms en 1946-1947 en Europe orientale. Ces violences, autant que la Shoah, sont à l'origine du courant migratoire qui renforce le jeune État d'Israël.

 

Il ne s'agit pas pour l'auteur de relativiser les crimes nazis puisqu'il montre bien que les violences de l'après-guerre sont la conséquence directe de la politique d'Hitler. Le principal apport de l'ouvrage est de montrer que la Seconde Guerre mondiale s'inscrit dans une histoire de longue durée qui débute bien avant 1939, voire même 1933 et ne se clôt pas en 1945 mais plutot au début des années 1950, quelques années seulement avant la naissance de la Communauté européenne.

 

A lire et à méditer.


 

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9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")